Environnement | Front commun contre le projet de loi C-39

(Ottawa) Trois des partis d’opposition font front commun avec des environnementalistes et des syndicalistes pour demander au gouvernement Carney d’abandonner le projet de loi C-39 sur l’accélération des projets de développement économique. Ils ont dénoncé encore une fois mercredi ce nouveau recul en environnement et pour les droits des travailleurs.
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« Le gouvernement Carney agit comme si les lois environnementales, les espèces menacées, les droits des Autochtones et ceux des travailleurs et travailleuses l’empêchaient de régler la crise tarifaire », a lancé le porte-parole du Bloc québécois en matière d’environnement et de changements climatiques, Patrick Bonin.
« La crise tarifaire, je vous le rappelle, elle ne sera pas permanente, mais C-39, ce projet de loi, lui, le sera », a-t-il poursuivi.
L’ancien responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada estime qu’il s’agit du « plus grand recul environnemental de l’histoire moderne du Canada ».
Le projet de loi omnibus réduit la durée des évaluations environnementales à un an, impose des balises pour le recours à l’arbitrage exécutoire en cas de conflit de travail et crée des corridors commerciaux à l’échelle du pays. L’objectif est de donner davantage de certitude aux investisseurs et d’éliminer les obstacles à l’acheminement des marchandises sur les marchés mondiaux afin de développer l’économie canadienne.
« Nous devrions légiférer dans l’intérêt des collectivités d’ici – en tenant compte des entreprises canadiennes, des travailleurs canadiens et de la protection de l’environnement au Canada – plutôt que de nous contenter de réaliser la liste des souhaits d’investisseurs internationaux », a dénoncé le porte-parole néo-démocrate en matière de travail, Don Davies.
PHOTO PATRICK DOYLE, LA PRESSE CANADIENNE
Le porte-parole néo-démocrate en matière de travail, Don Davies
L’élu de la Colombie-Britannique a fait le lien entre le voyage de Mark Carney aux Émirats arabes unis en novembre 2025 et le Sommet canadien de l’investissement en septembre dernier. Il était revenu du Moyen-Orient avec la promesse d’investissements de 70 milliards dans l’économie canadienne. Pour le Sommet, c’était 500 milliards.
Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) promet de faire obstacle au gouvernement Carney s’il adopte le projet de loi C-39 qui est perçu comme une atteinte au droit de grève. La veille, le Congrès du travail du Canada a demandé aux élus en comité de retirer les nouveaux pouvoirs entourant le recours à l’arbitrage exécutoire.
« On va faire entendre notre voix, mais qu’on soit bien clair si C-39 est adopté tel quel le SCFP n’abdiquera pas », a affirmé son vice-président général pour le Québec, Patrick Gloutney. Il a promis de « défier cette loi » en prenant tous les moyens à la disposition du syndicat, « y compris les tribunaux et nous ne serons pas seuls ».
Quatre ministres du gouvernement Carney ont défendu C-39 en comité lundi, lors d’une séance marathon de cinq heures. Il s’agit du le ministre responsable du Commerce Canada – États-Unis, des Affaires intergouvernementales et de l’Unité de l’économie canadienne, Dominic LeBlanc, du ministre des Transports, Steven MacKinnon, de la ministre de l’Environnement, du Changement climatique et de la Nature, Julie Dabrusin, et de la ministre de l’Emploi et des Familles, Patty Hajdu.
« Ce n’est pas un chèque en blanc », s’était défendu la ministre Dabrusin.
Le gouvernement se donne d’importants pouvoirs discrétionnaires en matière d’environnement, comme celui de préapprouver des projets dans des endroits désignés comme « région d’intérêt national ». Il pourrait ainsi contourner au moins 12 lois et 7 règlements environnementaux.
Bien qu’elle souhaiterait que le gouvernement Carney retire son projet de loi, Elizabeth May ne se fait pas d’illusion. Les libéraux majoritaires depuis avril sont déterminés à adopter ce projet de loi omnibus rapidement. Les travaux du comité législatif mis sur pied pour étudier C-39 se déroulent d’ailleurs à la vitesse grand V.
La cheffe du Parti vert compte donc suggérer des amendements pour empêcher le gouvernement de contourner des lois qui protègent l’environnement comme la Loi sur l’évaluation d’impact, la Loi sur les espèces en péril et la Loi sur les eaux navigables canadiennes.
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