Alexandre Castagnetti présente une version «personnelle» et «moderne» du «Fantôme de l’Opéra»
Anastasia Marescu, une jeune ballerine, vient de quitter ses montagnes roumaines afin de s’installer à l’Opéra national de Paris. À la suite du désistement dramatique de la prima ballerina, Anastasia décroche le rôle principal dans Orpheus, cet opéra qu’on croyait perdu, mais qui a récemment été exhumé des sous-sols du vénérable établissement. Or, Orpheus est l’unique création d’Ernest Dupré, un compositeur maudit surnommé… le fantôme de l’Opéra. S’agirait-il du même jeune homme ténébreux, et mystérieux, de qui Anastasia s’est éprise ? En entrevue avec Le Devoir, Alexandre Castagnetti parle de sa modernisation du roman de Gaston Leroux, entre romance et épouvante.
De fait, à l’exception de quelques retours en arrière contant les malheurs d’Ernest Dupré, l’intrigue est campée de nos jours.
« Pour moi, Le fantôme de l’Opéra, c’est une histoire assez personnelle, puisque mon père était chanteur lyrique. Je suis né en Italie, j’ai grandi dans la musique lyrique. L’opéra, c’est quelque chose qui m’a toujours accompagné. Je rêvais, tout petit, de faire un jour du cinéma, et pourquoi pas d’adapter Le fantôme de l’Opéra, parce que pour moi, ça parlait un peu de mon papa. »
Quand l’occasion se présenta des années plus tard, le cinéaste était décidé à ne pas livrer une adaptation traditionnelle.
« Je tenais à ce que ce soit moderne, actuel, puisque, pour moi, l’opéra n’est pas un truc poussiéreux, ancien : c’est à l’image même du cinéma, c’est-à-dire un spectacle total où on raconte aux spectateurs des histoires un peu plus intenses que dans la vie de tous les jours ; des histoires un peu plus passionnées. Dans ce cas-ci, ça vient avec tout cet onirisme, toute cette musique, tout ce ballet… »
Justesse et glamour
Alexandre Castagnetti trouva particulièrement stimulant d’inventer ce compositeur fictif, Ernest Dupré, comme « figure historique » à l’origine du roman de Gaston Leroux (qui est explicitement mentionné par les personnages).
« Je voulais respecter l’œuvre de Leroux, qui a été maintes fois adaptée et qui est un grand classique. Et comme je savais que Leroux était aussi un journaliste enquêteur et qu’il s’était inspiré de plusieurs faits divers pour écrire son roman, j’ai voulu un peu faire comme lui. Et donc, j’ai pris ces mêmes faits divers, dont le plus important était que le fantôme était sans doute un pianiste-compositeur qui, plutôt que de mourir dans un incendie, s’était réfugié dans les sous-sols du chantier de l’Opéra, qui n’était pas encore fini à l’époque. En somme, j’ai tâché de suivre les pas de Gaston Leroux, tout en mettant beaucoup de ma vie personnelle dans les personnages. »
Des personnages incarnés par un mélange de vedettes établies, comme Romain Duris, et de nouveaux visages.
« Romain a été le premier à dire oui, et c’était merveilleux, parce que c’est un super acteur. Il est une légende en France. Il incarne parfaitement le chorégraphe déterminé à monter l’Orpheus. D’ailleurs, il est lui-même amoureux de danse, et sa maman était danseuse. Il s’est vraiment passionné pour le rôle. Pour ceux d’Anastasia et d’Ernest, le couple vedette, Deva Cassel et Julien de Saint Jean sont apparus comme les acteurs idéaux. Elle avait 21 ans et lui, 22 : l’âge des personnages. Ils sont à la fois très justes et, en même temps, ils possèdent ce glamour… »
Souci d’authenticité
Anastasia étant une ballerine, il va sans dire que Deva Cassel, fille de Vincent Cassel et de Monica Bellucci, dut s’astreindre à une intense préparation.
« Deva a énormément travaillé pour être crédible en danseuse, oui. Elle a eu une formation intensive de quatre mois. Elle avait une doublure, Georgina Hills, qui l’a accompagnée pendant tout son apprentissage de la danse et l’a aidée pour la précision dans les mouvements, les exigences dans la position du corps, etc. Deva a passé des heures avec la chorégraphe Marion Motin, son assistant Julien Ramade et sa doublure, avant d’être intégrée, dans un second temps, au corps de ballet dans la chorégraphie créée par Marion pour le film. Et à côté de ça, il y avait Dorothée Gilbert et Guillaume Diop, deux danseurs étoiles de l’Opéra de Paris parmi les meilleurs du monde, qui ont assisté aux répétitions [en plus d’apparaître dans le film] et nous ont aidés à être encore plus rigoureux et authentiques. »
Autre source « d’authenticité » pour la production : un tournage dans le vrai Opéra national de Paris, en particulier à l’Opéra Garnier, théâtre de l’action du roman.
« C’est la première fois dans toute l’histoire du Fantôme de l’Opéra qu’une adaptation est tournée à l’Opéra Garnier. Donc, notre plateau, c’était le lieu même où Gaston Leroux a jadis créé le mythe. C’était très important pour moi de faire découvrir ce bâtiment fabuleux. Dès qu’on y entre, c’est magique : on passe des portes et des escaliers successifs, et, petit à petit, on pénètre dans l’intemporel. On a l’impression que la frontière entre le rêve et la réalité se dissipe au fur et à mesure qu’on s’enfonce dans ce bâtiment où on peut se perdre. Je voulais absolument utiliser ce décor, y compris les dédales souterrain, comme un personnage du film. Je voulais une atmosphère très étrange. »
Mystérieux et grandiose
À cet égard, le travail sur la lumière s’avère particulièrement impressionnant dans le film. Aucune surprise là, puisque c’est le Québécois Nicolas Bolduc (la saga Les trois mousquetaires ; Le comte de Monte Cristo) qui a veillé à ce volet clé.
« Les premières discussions que j’ai eues ont été avec le chef décorateur, Clovis Weil, et avec le chef opérateur [ou directeur photo], Nicolas Bolduc. On a échangé beaucoup de références visuelles, de peintures et de tableaux, notamment ; on a regardé beaucoup de films. On a cherché à identifier les bonnes références et les bonnes couleurs. Avec Nicolas, on a passé un temps fou là-dessus. C’est un travail passionnant d’essayer de trouver la bonne optique et la bonne lumière pour les apparitions du fantôme. »
Alexandre Castagnetti se dit fier du résultat. « J’estime que c’est un très beau film. Je voulais créer quelque chose de mystérieux et de grandiose, et, en même temps, de moderne. Quelque chose qui transporte vers le monde du rêve, tout en restant dans le monde actuel. »
Cela, comme Anastasia, qui s’abandonne à une danse tour à tour amoureuse et funeste, un pied dans le réel, l’autre dans l’éther.
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