Jamais sans mon chien (dangereux)

Nancy Capuano parle de la morsure infligée par son chien Zorro à un enfant du voisinage comme d’une fatalité.
Des dizaines d’enfants passent devant chez elle à pied chaque matin pour se rendre à l’école primaire Baril située au cœur d’Hochelaga.
« On leur avait dit qu’ils finiraient par être snappés », lance la mère de famille rencontrée devant un organisme communautaire de la rue Adam alors qu’elle grillait une cigarette.
Zorro a mordu l’écolier à travers son manteau. « La maman du p’tit gars était en colère. Elle m’a insultée », se plaint la propriétaire du chien en se posant en victime.
Elle ne montre pas d’empathie pour le gamin. Elle reproche même à ladite mère d’avoir signalé l’évènement à la Ville de Montréal. Et il est hors de question qu’elle se sépare de la bête malgré l’attaque.
Hochelaga-Maisonneuve a remporté la palme du plus grand nombre de chiens au comportement agressif l’an dernier avec 76 signalements.
Ce quartier compte également un nombre élevé de chiens étiquetés comme potentiellement dangereux.
C’est également ici qu’un chien a mordu les organes génitaux d’un homme en pleine rue en juin dernier.
PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE
Marie-Pierre peine à maîtriser son chien.
L’une des filles de Mme Capuano, Marie-Pierre, se joint à l’entrevue avec le fameux Zorro. La jeune femme de 20 ans le retient en laisse de peine et de misère. Le chien, beaucoup plus fort qu’elle, ne répond à aucun ordre. Il saute sur tous les passants qui croisent son chemin.
Comme beaucoup de propriétaires de chien rencontrés durant notre enquête, Mme Capuano montre du doigt… la victime de l’attaque.
Un propriétaire de chien qui blâme la personne mordue, même quand c’est un enfant, on voit cela souvent.
L’employeur de Gilbert nous demande de taire son nom de famille par crainte de représailles.
En tout temps, le gardien d’un animal doit pourtant le maîtriser, rappelle l’agent municipal. Son équipe – que nous avons accompagnée durant une journée1 – est chargée d’enquêter sur les chiens potentiellement dangereux de la métropole.
« Ce n’est pas parce que tu as une auto que tu connais la mécanique », illustre cet ancien éducateur canin qui précise être un « grand amoureux des chiens ». En d’autres mots, beaucoup de propriétaires ignorent comment s’occuper de leur animal.
Des chiens de protection
PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE
Benito est un mélange de boxer et de pitbull, selon son propriétaire, Dominic Bouchard, rencontré dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.
Ici, beaucoup de résidants disent posséder de gros chiens pour… leur protection.
Le commerce de réparation de vélos de Dominic Bouchard, situé dans un garage de la rue De Chambly, près de Sainte-Catherine Est, n’est pas accueillant.
PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE
Dominic Bouchard devant son commerce de réparation de vélos avec son chien, Benito
C’est voulu.
L’enclos aménagé pour son chien Benito – un mélange de boxer et de chien de type pitbull – donne sur la rue. Une femme itinérante s’est endormie non loin de là sur le trottoir. Les clients doivent la contourner ou carrément l’enjamber pour entrer.
PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE
Un commerce de réparation de vélos dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve prévient qu’un chien pas commode y réside.
Benito avertit de ne pas rentrer. C’est super. Je n’ai jamais de vols.
Le hic, c’est que Benito parvient à s’enfuir quand un client referme mal la clôture de fortune. « Oui, il se pousse souvent et les gens ont peur », concède le commerçant. Son chien a-t-il déjà attaqué quelqu’un ? Il n’en sait rien. « Quelqu’un me l’a dumpé ici. Je l’ai rescue », dit-il.
Assis sur leur terrasse, juste en face du réparateur de vélos, Stéphanie Monaghan et Jacky Dallaire possèdent deux chiens, dont un berger allemand de 150 livres qu’ils élèvent parmi leurs quatre enfants.
Quand il était encore un chiot, Bubbly a mordu quelqu’un dans la ruelle. « Il y a beaucoup de consommation dans la ruelle, alors il peut devenir stressé », raconte M. Dallaire.
Le temps de l’enquête de la Ville, Bubbly a dû porter une muselière. « On a cessé les marches. Ça a nui à sa sociabilisation », déplore Mme Monaghan qui a trouvé l’approche trop punitive.
PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE
Jacky Dallaire promène son chien, Bubbly.
Aux yeux du couple, tous les chiens sont « potentiellement dangereux », mais « récupérables ».
La responsabilité revient au maître.
Le père de famille nous prévient de ne pas nous approcher du berger allemand.
Dans ce secteur d’Hochelaga, les campements de gens en situation d’itinérance pullulent. Plusieurs y vivent avec leur animal.
Cela explique en partie le nombre élevé de signalements dans Hochelaga, croit le vétérinaire et directeur de médecine de refuge chez Proanima Vincent Paradis.
PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE
Le vétérinaire Vincent Paradis et la directrice générale de Proanima, Anny Kirouac, dans les installations ultramodernes du nouveau refuge pour animaux montréalais
Les enjeux animaliers qu’on voit sont calqués sur les enjeux socio-économiques. C’est sûr que là où les gens sont plus vulnérables, il y a plus d’enjeux avec les animaux.
Proanima offre aux propriétaires vulnérables, dont des sans-abri, des laisses, de la nourriture et même de l’hébergement temporaire pour leur animal.
PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE
Le refuge Proanima offre de l’hébergement temporaire aux chiens de propriétaires vulnérables.
Dans la grande majorité des cas problématiques, les gens n’ont pas de mauvaise intention, observe Anny Kirouac, directrice générale de Proanima.
« Les gens n’ont pas la bonne information, pas les bonnes ressources, pas de moyens, pas le bon accompagnement », énumère-t-elle, d’où l’importance d’offrir des services aux humains – pas juste aux bêtes – après un signalement. « Leur animal est leur bouée de sauvetage », illustre Mme Kirouac.
Pour Mme Capuano, Zorro et son chiot Zara font partie de la famille au même titre que ses quatre enfants. Au moment de l’entrevue, elle était sur le point de perdre son logement et n’arrivait pas à en trouver un autre qui accepte les chiens dans Hochelaga.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.