Qu’est-ce que le pipeline Keystone XL, que compte ressusciter Donald Trump?
En annonçant reporter de trois jours l’entrée en vigueur des droits de douane de 50 % sur plusieurs importations canadiennes mardi soir, le président américain, Donald Trump, a évoqué une entente avec le gouvernement canadien et le retour du projet de pipeline Keystone XL, qui a pourtant été enterré en 2021. Qu’est-ce que cet oléoduc qui devait augmenter le transport du pétrole de l’Alberta jusqu’au Nebraska et qui s’est retrouvé plus d’une fois sur le bureau du président ? Le Devoir fait le point.
Né en 2008, le projet de pipeline Keystone XL était envisagé comme une extension de l’existant pipeline Keystone — qui relie l’Alberta au Texas en passant par la Saskatchewan, le Manitoba et plusieurs États américains — dans le but d’augmenter le débit de pétrole transporté depuis les sables bitumineux albertains vers les raffineries américaines qui peuvent l’exporter à travers la planète.
Dès sa conception, le projet qui prévoyait plus de 2700 km de pipeline permettant le transit supplémentaire d’environ 510 000 barils de pétrole par jour a été la cible de nombreuses critiques sur la scène politique américaine, notamment par des acteurs du milieu environnemental qui y voyait un recul dans la lutte contre les changements climatiques.
Montagne russe pour le pipeline
En 2015, l’alors président des États-Unis, Barack Obama, a pris la décision de ne pas donner le permis permettant la construction de l’oléoduc en affirmant que le projet « ne servirait pas les intérêts nationaux des États-Unis » et qu’avec cette décision, son pays se positionne « à la pointe de la lutte contre les changements climatiques ».
À noter que la partie sud du projet de pipeline Keystone XL (de l’Oklahoma au Texas) fut construite en 2014. C’est donc la construction des quelque 2000 kilomètres reliant l’Alberta au Nebraska qui a été abandonné par M. Obama l’année d’après.
Il n’a toutefois pas fallu attendre longtemps pour entendre de nouveau parler du projet : le 24 janvier 2017, au quatrième jour de son premier mandat à la Maison-Blanche, Donald Trump a entamé des mesures pour permettre au projet de renaître de ses cendres. Un an plus tard, l’entreprise derrière le projet, TC Énergie (alors connue sous le nom de TransCanada), a confirmé se diriger vers une décision finale quant à la construction du pipeline en ayant obtenu assez d’intérêt de la part de pétrolières.
Or, bien que des travaux eussent commencé en 2019, Joe Biden a de nouveau révoqué le permis permettant la construction du pipeline lors de son premier jour en tant que président des États-Unis en janvier 2021. C’est pourquoi, dans son message annonçant le report des tarifs mardi, Donald Trump a écrit : « Le grand pipeline Keystone XL, tué il y a bien longtemps par Joe Biden l’Endormi, pourrait bien renaître de ses cendres. »
La décision de M. Biden avait toutefois tout l’air d’un coup fatal : en juin de cette même année, TC Énergie a confirmé avoir complètement abandonné le projet en ayant conclu un accord avec le gouvernement albertain.
Et maintenant ?
Les élus canadiens responsables des négociations avec les États-Unis sur les droits de douane ne confirment pas si ressusciter le projet de Keystone XL figure dans l’entente conclue avec les États-Unis.
En février 2025, la relance du projet de pipeline avait été évoquée par Donald Trump dans le cadre d’autres négociations au sujet de droits de douane visant des produits en provenance du Canada. En réponse à ce souhait, le gouvernement de Justin Trudeau, qui avait soutenu Keystone XL à l’époque, s’était dit prêt à avoir « une conversation productive » sur le sujet, mais le projet n’avait pas été ressuscité pour autant.
Le concept du pipeline, lui, a toutefois fait son retour au printemps dernier.
En mars, l’entreprise South Bow (en charge des activités pétrolières de TC Énergie depuis la scission de cette dernière en 2024) a proposé un nouveau projet privé de pipeline qui partage le même objectif que celui de Keystone XL : utiliser les infrastructures existantes du pipeline Keystone pour augmenter le transit pétrolier de l’Alberta vers les États-Unis. South Bow a aussi mentionné la possibilité d’utiliser la partie déjà construite du projet de Keystone XL pour son nouveau pipeline, nommé Prairie Connector.
Fin avril, Donald Trump a signé un permis présidentiel donnant l’autorisation à l’entreprise américaine Bridger d’effectuer le transport du pétrole à travers la frontière canado-américaine dans le cadre du projet Prairie Connector. South Bow est en partenariat avec Bridger pour ce projet.
Contrairement à Keystone XL, le tracé de Prairie Connectore devrait traverser le Montana pour terminer son parcours au Wyoming, couvrant plus de 1000 km. L’objectif est d’y faire transiter environ 550 000 barils de pétrole par jour. South Bow vise la mi-2027 pour déterminer si oui, ou non, l’entreprise va aller de l’avant et a évoqué qu’une assurance que le permis ne pourra être révoqué par une autre administration américaine serait une pièce centrale de sa décision.
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