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Monday, September 28, 2026

Une nouvelle patronne pour l’Agence du Commerce extérieur : les dessous d’un vote très politique

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Bernard Marchant a tenu un discours offensif au Parlement wallon devant des politiques et des journalistes.
Bernard Marchant a tenu un discours offensif au Parlement wallon devant des politiques et des journalistes. - L’Avenir/Jacques Duchateau
Rédacteur en chef adjoint de Sudinfo

Le monde médiatique est à l’aube d’un bouleversement majeur. Il y a le côté pile. Celui dont on parle beaucoup et qui suscite son lot de commentaires, à savoir le rachat du groupe IPM (La Libre, La DH, Paris Match et L’Avenir) par Rossel (Sudinfo, Le Soir et de nombreux titres en France). Le feu vert du Conseil de la concurrence a été donné, le processus est sur les rails pour mettre en place de fortes synergies tout en conservant une identité forte pour chacun des titres.

Et puis, il y a le côté face, que très peu connaissent et qui est pourtant vital pour l’avenir du monde de l’information en Wallonie et à Bruxelles : assurer la distribution des journaux auprès des abonnés des différents titres. « La fin de la concession à Bpost et le crédit d’impôt accordé pour une durée déterminée sont évidemment des enjeux fondamentaux pour notre presse locale et j’espère qu’une solution pourra être trouvée à ce sujet », ne s’y est pas trompé Willy Borsus, le président du Parlement wallon, à l’occasion du traditionnel cocktail de rentrée de L’Avenir dans la verrière de l’institution.

Le crédit d’impôt

L’administrateur délégué du groupe Rossel, Bernard Marchant, est allé plus loin et a tenu à faire passer des messages clés aux édiles politiques. Car, en l’absence de décision, ce sont les citoyens lambda qui seront directement impactés dans leur accès à une information fiable, vérifiée et financièrement abordable. Celui qui est encore CEO d’IPM pour quelques semaines, François Le Hodey, avait donné le ton : « Sans crédit d’impôt, notre modèle risque une crise cataclysmique. » Exagéré ? Pas du tout.

« Nous n’allons pas mendier l’argent, on déteste les subsides, notre indépendance doit venir de notre force économique », appuie Bernard Marchant. Qui rappelle l’origine de la crise : « Bpost distribuait nos journaux de façon efficace pour que chaque Belge ait accès à l’information de manière abordable, peu importe qu’il habite dans une ville comme Liège ou Anvers, ou dans les Ardennes ou au fin fond du Limbourg. 175 millions €, c’est ce que le fédéral payait pour ça chaque année à Bpost. Le mécanisme a pris fin, il y a eu un crédit d’impôt pour compenser et nous donner un délai qui n’est pas suffisamment long pour nous réorganiser. Si ce crédit d’impôt s’arrête, dans trois ans, on ne fera plus de journaux papier ! Si on ne sait plus les distribuer, on arrêtera. Pour la Wallonie, le crédit d’impôt, c’est 11 millions. Mesure-t-on le désastre vers lequel on se dirige ? On ne peut pas inventer l’argent avec lequel on fait fonctionner nos entreprises. »

« Sans crédit d’impôt, un abonnement dans une zone rurale va demain coûter plus cher que dans une zone urbaine ! Ce n’est pas notre décision, on la subit ! Mais on travaillera avec la réalité économique »
Bernard Marchant

Avec des conséquences directes assez énormes sur l’emploi. « On a deux centres d’impression à Nivelles et à Beauraing. C’est 200 emplois (directs et indirects, hors distribution et transport, NDLR) en moins ! » Sans parler des impacts dans toutes les rédactions des différents titres.

Pour les gens, les lecteurs, cela se traduirait par « l’augmentation de nos abonnements, à hauteur de 150 € de plus par an », prévient Bernard Marchant. Pire, « un abonnement dans une zone rurale va demain coûter plus cher que dans une zone urbaine ! Ce n’est pas notre décision, on la subit ! Mais on travaillera avec la réalité économique. »

Ce dossier du crédit d’impôt (en gros, il s’agit d’un avantage fiscal qui permet de réduire l’impôt que l’entreprise doit à l’État, NDLR) est actuellement entre les mains du ministre fédéral de l’Économie et de l’Emploi, le libéral David Clarinval.

Impératif économique

En outre, Bernard Marchant s’est épanché sur les raisons pour lesquelles ce rachat d’IPM par Rossel était important, notamment face à de nombreux journalistes de L’Avenir, mais aussi des ministres et députés. « Cette opération nous a été imposée par la question économique sur notre métier et sur notre industrie. Nous avons pris des engagements pour assurer le pluralisme dans les titres et dans la manière dont nous allons les gérer. On ne peut toucher toutes les communautés avec un seul titre de presse. On veut toucher le plus de gens possible en Wallonie et à Bruxelles. Et il faut une diversité pour cela. »

« On ne peut toucher toutes les communautés avec un seul titre de presse. On veut toucher le plus de gens possible en Wallonie et à Bruxelles. Et il faut une diversité pour cela »

Avant d’envoyer quelques scuds en direction des concurrents : les Gafam, « qui n’ont aucune responsabilité éditoriale, qui nous pillent, qui ne paient aucun impôt ». Mais aussi le secteur public, qui représente « plus que tout Rossel plus IPM plus RTL ». « 450 millions (dont 360 de dotation, NDLR) ! Ils faisaient de l’audiovisuel, aujourd’hui ils font de la presse écrite gratuite. Comment faire payer notre information si on a en face un opérateur public qui fait ça gratuitement ? On dit toujours qu’en Fédération Wallonie-Bruxelles, on est à l’os partout. Ce n’est pas compliqué : que la RTBF fasse payer ses contenus alors. L’argent public n’a pas à payer la F1, la Coupe du monde de foot ou le Tour de France, en plus de mettre une information gratuite en face de nous. »

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