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Friday, October 9, 2026

Fuite des nazis après la Seconde Guerre mondiale | La CIA aurait aidé 35 indésirables à se cacher au Canada

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Les autorités américaines auraient fourni des faux documents à au moins 35 de leurs collaborateurs qui souhaitaient fuir l’Europe et se cacher au Canada après la Seconde guerre mondiale, alors qu’ils étaient inadmissibles au pays pour divers motifs de sécurité, dont des liens présumés avec le régime nazi.

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C’est ce qui ressort de nouveaux passages d’un rapport de 1986 sur la fuite de présumés criminels de guerre Nazis au Canada, rendus publics jeudi à la suite des démarches judiciaires de l’organisme B’nai Brith Canada.

La majorité du rapport de la chercheuse Alti Rodal, une employée de la Commission d’enquête sur les criminels de guerre au Canada présidée par le juge québécois Jules Deschenes au milieu des années 1980, avait déjà été rendue publique. Des passages clés demeuraient toutefois censurés par crainte qu’ils ne causent du tort aux relations du Canada avec les États-Unis.

À la suite des démarches de B’nai Brith, la Cour fédérale du Canada a ordonné la publication des nouveaux passages le mois dernier.

Les portions du rapport rendues publiques relatent les propos d’anciens hauts responsables canadiens concernant 35 personnes indésirables entrées au Canada au cours des années 1950, avec l’aide des agences de renseignement américaines.

« Turpitude morale »

Un responsable américain avait confié à un haut gradé de la Gendarmerie royale du Canada que ces 35 personnes incluaient des individus qui fuyaient les régimes communistes d’Europe de l’Est ainsi que « d’anciens agents qui avaient travaillé pour les Américains ».

Selon le responsable américain, il fallait trouver un refuge à ces personnes, mais il n’était pas légalement possible de les installer aux États-Unis. Le responsable avait mentionné que certains avaient des antécédents criminels, parfois en lien avec des dossiers de « turpitude morale », la catégorie dans laquelle les criminels de guerre nazis étaient classés.

Le rapport canadien mentionne un programme créé par la CIA et d’autres agences de renseignement américaines pour organiser le déménagement de personnes qui leur avaient « rendus des services » en Europe. Plusieurs historiens et chercheurs ont déjà démontré qu’après la guerre, les États-Unis avaient recruté d’anciens membres du régime nazi en Allemagne afin d’obtenir leur aide dans la lutte qui se profilait contre l’Union soviétique.

Les nouveaux passages du rapport canadien qui viennent d’être dévoilés mentionnent que les 35 personnes entrées au Canada avec l’aide des autorités américaines auraient tous pu être déclarées inadmissibles au pays pour des motifs de « sécurité », selon la GRC.

Les personnes qui arrivaient au Canada à travers le programme de déménagement pour les collaborateurs américains avaient reçu de faux papiers d’identités pour la plupart, et il n’était pas possible de découvrir leur véritable historique, selon un haut gradé de la GRC cité dans le rapport.

La GRC avait tout de même réussi à bloquer l’entrée au Canada de 52 autres individus parrainés par ce programme américain, toujours selon le rapport Rodal.

Une bataille pour la transparence

L’historien Wesley Wark, professeur invité à l’université d’Ottawa qui a étudié en profondeur l’histoire des services de renseignement canadiens, croit que le décaviardage de nouveaux passages du rapport n’apporte pas grand-chose de neuf à la compréhension générale de ce chapitre controversé de l’histoire du Canada. Le rapport Rodal est document remarquable mais « il n’a plus de secrets à donner ».

Toute révélation potentielle sur le bénéfice potentiel que le gouvernement canadien aurait pu espérer obtenir en matière de renseignement à travers l’accueil d’anciens Nazis demeure « enterrée ailleurs, dans d’autres archives gouvernementales qui demeurent classées secrètes », mentionne le professeur dans son infolettre récemment publiée.

Pour Richard Robertson, responsable de la recherche chez B’nai Brith Canada, la bataille pour rendre public l’ensemble des documents valait tout de même la peine d’être menée.

« Nous ne savions pas quelle information était toujours caviardée. Nous n’avions aucun moyen de le savoir. Ce que nous savions, c’est que les Canadiens avaient le droit d’avoir accès à cette information », a-t-il martelé en entrevue avec La Presse.

L’organisme continue d’ailleurs ses démarches pour forcer la divulgation d’autres documents secrets liés à la commission d’enquête sur les criminels de guerre au Canada.

« Le fait que le gouvernement canadien a permi à des Nazis, et potentiellement à des criminels de guerre nazis, d’être relocalisés dans notre pays est une réalité difficile à admettre pour les Canadiens, surtout pour la communauté juive du Canada », souligne M. Robertson.

« Nous avons droit à la transparence, pour apprendre de cela et en guérir », dit-il.

Trois présumés nazis découverts au Canada

L’apiculteur

PHOTO RYAN REMIORZ, LA PRESSE

Vladimir Katriuk

Vladimir Katriuk, un apiculteur d’Ormstown, en Montérégie, était accusé d’avoir servi dans un bataillon de police auxiliaire du régime nazi et d’avoir participé à un massacre survenu en 1943 en Biélorussie. Il est mort à 93 ans en 2015 sans avoir été jugé. Il avait émigré au Canada dans les années 1950.

Le marchand d’art

PHOTO ARCHIVES REUTEURS

Laszlo Csatary

En 2012, l’un des criminels de guerre nazi les plus recherchés au monde, Laszlo Csatary, avait été arrêté en Hongrie, où il se cachait. Auparavant, il avait vécu près de 50 ans à Montréal, où il avait travaillé comme marchand d’art.

Le blogueur

PHOTO PATRICK DOYLE, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

L’ex-combattant nazi ukrainien Yaroslav Hunka, à droite

Yaroslav Hunka, un Ukrainien qui avait combattu du côté de l’Allemagne au sein d’une division de Waffen-SS pendant la Seconde guerre mondiale, a trouvé refuge au Canada après la guerre. De 2010 à 2011, il a publié plusieurs textes à ce sujet sur un blogue d’anciens combattants nazis. En 2023, il a reçu une ovation à la Chambre des communes du Canada, sans que les parlementaires aient vérifié son passé.

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