RTBF-RTL : les journaux télévisés sont-ils des "copiés-collés" ?

Il faut remonter au vendredi 28 août pour trouver un premier titre identique sur les deux chaînes. Et encore : si le sujet est le même — le trafic de drogue à Bruxelles — l’angle diffère. La RTBF a centré son titre sur le constat du procureur du roi ; RTL a mis le projecteur sur une opération policière en cours. Une nuance qui illustre bien que deux rédactions peuvent traiter la même actualité sans pour autant produire le même journal.
Didier, lui, comprend que les deux chaînes couvrent les mêmes grands sujets, mais s’interroge sur les sujets moins essentiels qui se retrouvent régulièrement dans les deux éditions. Il se demande si cela relève d’une logique d’économie ou de rationalisation des moyens entre les deux rédactions.
La réponse est non. Les éditeurs de la RTBF et de RTL ne se consultent pas le matin, ni en cours de journée. Chaque rédaction ignore la conduite de l’autre. Il arrive, de manière très exceptionnelle, que les deux chaînes mutualisent des images sur un événement d’envergure — une grande visite royale, un procès majeur — mais c’est rarissime, et cela relève plus de contraintes pratiques que d’une stratégie d’économies.
Le patron du JT, Bruno Clément, défend une politique éditoriale différente.
Bruno Clément, référent info du JT de la RTBF, reconnaît que des sujets similaires peuvent apparaître sur les deux chaînes. "C’est inévitable quand on couvre la même actualité. L’affaire Timéo, la guerre en Ukraine, le détroit d’Ormuz sont sur les deux chaînes, et même en ce qui concerne les sujets internationaux, sur toutes les chaînes du monde."

Mais il souligne que la ligne éditoriale du JT de la RTBF est clairement orientée service public. "Nous sommes un service public, nous devons répondre à des objectifs différents que ceux d’une chaîne commerciale. Nous avons par exemple une proposition différente, en culture, nous serons plus orientés vers la découverte d’artistes belges francophones moins connus, nous aurons aussi plus de sujets internationaux dans nos JT, plus de place accordée au décryptage, avec des expertises internes. Ce n’est pas un jugement de valeur pour dire qu’on fait une meilleure information qu’eux, leur journal est aussi un très beau journal télévisé, mais nous proposons des angles différents chaque jour.
Les journaux du soir ne sont pas non plus en frontal, celui d'RTL démarre à 19.00, celui de de la RTBF à 19.30.
"C’est une volonté d’offrir autre chose que ce que propose RTL" explique encore Bruno Clément, "les opérations, comme "Parlons solutions" ou la séquence QR en sont un bel exemple. La rédaction veille aussi à ce qu’un même invité ne se retrouve pas le même jour sur les deux plateaux — d’autant que 30% des téléspectateurs regardent les deux journaux."
Les angles, la manière de traiter les sujets, leur durée, leur hiérarchisation et leur place dans le journal permettent de distinguer les lignes éditoriales des deux médias — même quand le sujet de départ est identique.
Voulez-vous vraiment fusionner les deux JT ?
Guy, lui, a le sentiment que la RTBF passe systématiquement les mêmes reportages que RTL le même jour, avec exactement les mêmes idées. Il propose carrément de fusionner les deux journaux en une émission d’une heure, sans doublons.
La diffusion des mêmes reportages est une perception, pas une réalité. La médiation a accès aux conduites des JT de la RTBF. Pour ce qui est des journaux d’RTL, il nous faut aller les revoir en " replay " En repassant en revue, les JT de cette semaine, on constate que les similitudes sont assez rares en fait. Exemple, le 1er septembre : seuls 3 titres étaient communs aux deux chaînes, et sur une quinzaine de sujets, 5 abordaient les mêmes thèmes — mais pas de la même manière.
© Quentin Van Hoof (RTBF)
Ensuite sur la proposition de fusion, disons-le d’emblée : elle n’est pas envisageable, et nous pensons sincèrement que c’est mieux ainsi. Les deux rédactions sont indépendantes, relèvent de missions différentes et poursuivent des objectifs éditoriaux distincts. La pluralité des médias est un pilier essentiel du paysage démocratique — et ce n’est pas un argument de façade.
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