«On ne fait que déplacer le problème»: à Marseille, après les violences urbaines, le couvre-feu divise

À Marseille, un couvre-feu visant les mineurs est entré en vigueur mardi 20 octobre, de 22h à 5h, dans plusieurs secteurs de la ville, après les violences et les pillages survenus lors de la mobilisation du 17 octobre. La mesure, décidée par le préfet Jacques Witkowski, suscite des réactions partagées parmi les habitants. De son côté, le maire Benoît Payan réclame davantage de forces de l'ordre et des explications sur la gestion des violences du week-end.
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Autour du centre commercial Centre Bourse, en plein cœur de Marseille (Bouches-du-Rhône), les habitants se montrent sceptiques face à l'instauration du couvre-feu pour les mineurs. Mustafa, gérant d'un taxiphone, approuve cette décision. « Il faut qu'ils rentrent chez eux, les mineurs. Ils n'ont pas le droit de rester dehors », estime-t-il au micro de Sophie Bourlet pour RFI. Pour autant, le commerçant soutient les revendications portées par les manifestants samedi 17 octobre : « La vie coûte cher. C'est à cause de tout ça, à cause de la pauvreté. Ils ont manifesté parce que les gens n'ont pas de quoi manger. »
Lucia, 28 ans, habite à Marseille. Elle se questionne quant à elle de l’efficacité de cette mesure. « Je ne sais pas ce qu'apporterait un couvre-feu. Les gens veulent juste s'exprimer. Et au lieu d'écouter, on réprime n'importe quel acte de liberté : sortir de chez soi, jeter une poubelle... », déplore-t-elle.
Sarah, qui a participé à la manifestation du week-end, critique également la décision. Habituée à ces « Ces petites mesurettes post-manif, on commence à en avoir l'habitude. Ça ne fait que déplacer le problème ou retarder l'échéance d'une réponse à une colère qui se manifeste », confie-t-elle, assise à la terrasse d'un café de la Canebière.
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Des désaccords sur la gestion des violences
Le couvre-feu, instauré mardi soir et prévu au moins jusqu'à vendredi inclus, interdit la présence des mineurs de 22h à 5h dans plusieurs rues du centre-ville de Marseille et aux abords des centres commerciaux. La mesure concerne également certains secteurs d'Aubagne et la zone commerciale de Plan de Campagne, où une tentative de pillage a eu lieu samedi. L'objectif affiché par la préfecture des Bouches-du-Rhône est d'éviter de nouvelles violences après celles du 17 octobre.
Le maire divers gauche de Marseille, Benoît Payan, s'interroge sur l'utilité de cette décision. Sur X, il estime que « cette décision, si elle peut soulager les commerces et faciliter le travail des forces de l'ordre, doit être accompagnée d'un déploiement suffisant de forces de police sur l'ensemble de la ville, afin que Marseille ne subisse plus les actes de violence, de casse et de vandalisme que l'on a connus ».
Après les violences et les pillages du 17 octobre, l'édile avait déjà mis en cause la gestion des opérations de maintien de l'ordre et questionné la nature des consignes données aux policiers, dont il avait jugé les effectifs insuffisants. Il avait alors réclamé « des comptes ».
Selon le parquet, les forces de l'ordre ont procédé à 101 interpellations à Marseille, dont 74 majeurs et 27 mineurs. De son côté, la préfecture de police a estimé que jusqu'à 30 000 pilleurs, dont 8 000 « émeutiers », avaient agi samedi au plus fort des violences. Des chiffres qualifiés de « farfelus » par Benoît Payan. Le maire a reçu, mardi 20 octobre dans la soirée, la visite du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez. Celui-ci lui a promis un renforcement des effectifs policiers samedi 24 octobre, à l'occasion d'une nouvelle manifestation prévue.
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