Le tracé des Mondiaux de cyclisme sur route mis à l’épreuve par «Le Devoir»
À quoi peut-on s’attendre des courses en ligne masculine et féminine, ces épreuves reines des Championnats du monde de cyclisme qui relieront la Montérégie au mont Royal les samedi 26 et dimanche 27 septembre dans un tracé présenté comme particulièrement relevé ? Trois porte-couleurs du Devoir ont enfourché leur monture pour en avoir le cœur net.
En 2024, les athlètes participant aux épreuves finales des Championnats du monde de cyclisme sur route se sont élancés à partir de petites bourgades millénaires aux alentours de Zurich, en Suisse. L’année suivante, le départ fut donné à Kigali, au cœur du Rwanda. Cette année, le parcours débutera dans un stationnement du quartier DIX30, à Brossard.
Le départ fictif (le moment où les cyclistes se mettent en mouvement à vitesse réduite) aura lieu en face du Cineplex Odeon, véritable point de repère dans cette Mecque du magasinage. Une fois en selle, les coureurs vont bifurquer en direction nord-est pour enjamber l’autoroute des Cantons-de-l’Est et longer le Solar Uniquartier, une petite enclave de condos neufs au nom qui semble avoir été créé de toutes pièces par une agence de marketing.
Un virage à droite sur Grande Allée mène aux choses sérieuses : le départ « réel », là où la course commence vraiment. Les athlètes s’élanceront à plein régime sur un chemin bordé d’arbres et de champs, quoique pas des plus bucoliques. Le même segment se poursuit jusqu’à Carignan, où il traverse un secteur résidentiel, et fera un virage serré à gauche pour rejoindre le chemin Bellerive. La route devient plus sinueuse, le décor, plus charmant.
Qu’à cela ne tienne, un nouveau virage à droite nous amène à Chambly, sur la route 112. En bordure de la route de quatre à six voies se succèdent alors concessionnaires automobiles, stations-service, garages et divers chaînes de restauration rapide. Le peloton devrait pouvoir s’émanciper en largeur dans ce tronçon ouvert et plat susceptible de décourager les échappées. C’est ici que s’amorce la boucle spécifique à la course masculine.
Le faux plat ascendant des ponts traversant le canal de Chambly et la rivière Richelieu vient réveiller les jambes, et une vitesse élevée est promise dans la descente vers la municipalité du même nom. Après un virage sur asphalte capricieux sur le chemin du Cordon s’amorce l’un des plus beaux segments montérégiens à Saint-Mathias-sur-Richelieu. À gauche : le mont Saint-Bruno. Droit devant : le mont Saint-Hilaire. De quoi offrir aux grimpeurs colombiens, espagnols et français une illusion de familiarité en ce pays plutôt plat.
Les champs de maïs, quoique bien fournis, ne suffisent pas à couper les vents latéraux de la plaine, et les coureurs de nations côtières, comme la Belgique, les Pays-Bas et le Danemark, habitués à former des éventails pour se protéger, devraient se trouver en terrain connu.
Au passage du Devoir, trois semaines avant la course, des lézardes transversales et des trous impressionnants dans la chaussée du chemin de la Rivière-des-Hurons étaient toujours bien présents. La municipalité de Saint-Mathias-sur-Richelieu confirmera une semaine plus tard que ses équipes ont terminé les travaux nécessaires de colmatage.
Après un bref passage dans Saint-Jean-Baptiste, où les campings se succèdent, on gagne le chemin de la Montagne et on amorce un kilomètre bien connu des cyclistes locaux qui offre la principale ascension dans la portion montérégienne de l’itinéraire, culminant autour des 8 % de pente. En haut, le chemin offre une vue imprenable sur les vergers avec à l’horizon un mont Royal aux allures inoffensives, un véritable mirage quand on pense au théâtre douloureux qui s’y déploiera plus tard. Lors de notre reconnaissance, la chaussée est tigrée par des coulées de bitume toujours chaud sur lequel les ouvriers apposent du papier hygiénique à épaisseur unique.
Si le passage du Devoir sur le faux plat descendant du chemin Ozias-Leduc laisse les Hilairemontais de glace, la vive allure des professionnels sur ce segment résidentiel dense devrait offrir un spectacle impressionnant. La fin de cette première boucle comporte de longs segments exposés au vent, qui obligent à un positionnement judicieux pour éviter une dépense inutile de ses forces et offrira aux télédiffuseurs des prises de vue impressionnantes aux abords du bassin de Chambly. Puis, retour sur la 112 vers Chambly, où les itinéraires hommes et femmes se retrouvent.
Cap vers le sud, sur le boulevard Fréchette. Avec un dénivelé inexistant, cette portion de la course en secteur résidentiel permet d’entamer la deuxième boucle du parcours chez les hommes (la première chez les femmes).
Le boulevard prend fin à l’intersection des autoroutes 10 et 35, où se trouve l’emblématique bar d’effeuilleuses qui soulève immanquablement la curiosité des Montréalais en route vers l’Estrie. Au pied de ce décor insolite, d’impressionnants cratères sur la chaussée ont fait vaciller l’auteur de ces lignes. Depuis, cette section a eu droit à des travaux de « resurfaçage », affirme la Ville de Carignan.
Les coureurs rejoindront ensuite les chemins de la Grande Ligne et de Saint-André, deux beaux passages aux accents agricoles, pour ensuite atteindre la route 104. On rejoint vite l’avenue des Pins et le chemin Salaberry, qui serpentent jusqu’à Grande Allée, laquelle nous fera revenir à notre point de départ.
Section Montréal
La dernière section du parcours est la plus éprouvante. Les coureurs reviendront au quartier DIX30, iront traverser le pont Samuel-De Champlain et grimperont vers le mont Royal par l’avenue Atwater et le chemin de la Côte-des-Neiges. Ils feront ensuite 12 fois (8 fois pour les femmes) le circuit du mont Royal, une épreuve redoutée même par les plus grands champions. Plus de la moitié du parcours total (de 273,7 kilomètres chez les hommes et de 180,4 km chez les femmes) se fera sur la montagne et dans les rues tout en pente des alentours.
Les cyclistes rouleront sur une chaussée en grande partie remise à neuf, mais feront connaissance avec le bon vieux « patchage » bien connu des Montréalais, sur plusieurs sections du circuit. Cette rencontre peut d’ailleurs s’avérer fort déplaisante. Parlez-en à l’Italien Filippo Ganna, qui a vivement critiqué le bitume montréalais après avoir terminé au 2e rang de la course élite de contre-la-monde chez les hommes, dimanche dernier.
La traversée du pont Champlain, avec sa pente douce, donne un répit aux coureurs avant leur affrontement avec les flancs du mont Royal. En empruntant la montée parfois abrupte de l’avenue Atwater, on constate que la montagne s’étend bien au-delà des quartiers adjacents au sommet. On arrive à bout de souffle au chemin de la Côte-des-Neiges.
Il faut encore grimper vers la gauche avant de redescendre, de faire un détour en ville et d’attaquer l’impressionnante côte de Polytechnique. Cette célèbre montée relativement courte met à l’épreuve les jambes et le cœur, avec une pente moyenne de 6 % et un passage à 11 %.
Aussitôt arrivé au sommet, on entreprend la descente en zigzags de l’autre versant, vers le boulevard Édouard-Montpetit. Tout en bas, un virage serré vers la droite risque de donner du fil à retordre aux coureurs.
On roule paisiblement quelques minutes en descendant le chemin de la Côte-Sainte-Catherine vers la chic avenue Pagnuelo — qui nous fait expérimenter à nouveau la signification du mot souffrance avec sa montée en ligne droite. Puis on redescend vers la gauche sur le boulevard du Mont-Royal jalonné de bosses, vestiges de crevasses et de nids-de-poule qui ont été colmatés.
Nous voici au pied de la montée Camillien-Houde, que tous les cyclistes sportifs de Montréal connaissent par cœur. Un dénivelé de plus de 122 mètres sur une distance de 1,6 kilomètre. Un cycliste très amateur, disons au hasard un journaliste du Devoir, fait cette montée mythique en une douzaine de minutes, un jour de grande forme.
Les champions grimpent quatre fois plus vite. Le Québécois Robin Plamondon a profité de l’asphalte refait à neuf en vue des Championnats UCI, il y a deux mois, pour s’emparer du record avec une montée de 3 minutes 25 secondes, à une vitesse moyenne de 28,8 km/h. Il a battu par deux secondes le record établi par Tadej Pogačar à sa 16e ascension du mont Royal au Grand Prix cycliste de 2024. Celui-ci venait de rouler près de 200 kilomètres.
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