"Pas juste nommer les choses, on doit les changer" : Pomme ouvre les portes de son nouvel album "La Forteresse", entre contes fantastiques et prises de position

Pour son nouvel album, Pomme s’est inspirée d’un univers médiéval et fantastique. La forteresse (nom de l’album) au cœur de ce projet, représente pour elle une image à double sens : "C’est une belle image parce que c’est à la fois un endroit de protection, mais aussi un endroit d’enfermement".
La chanteuse puise aussi dans les œuvres qui ont marqué son enfance. C’est notamment le cas de Princesse Mononoké, le film d’animation de Hayao Miyazaki, qui lui a inspiré l’un des morceaux de l’album. "C’est un film qui m’a vraiment forgée, que j’ai regardé beaucoup en étant petite fille avec mes deux sœurs et mon petit frère. Ça a été un élément très important dans ma construction mentale de jeune fille", raconte-t-elle.
Cette inspiration prend vie et tout son sens lorsque Pomme interprète Mononoke en direct sur le plateau de Culture en Prime.
Au-delà de son univers fantastique, l’œuvre du réalisateur japonais nourrit aussi sa sensibilité écologique. La chanteuse est particulièrement touchée par sa manière d’interroger le rapport des humains à leur environnement : "Je pense qu’il est obsédé par l’écologie, par ce qu’on fait à la Terre, par comment les humains habitent la Terre et détruisent la Terre". Un sujet qui fait écho à son propre besoin de reconnexion avec la nature, et notamment la forêt, très présente dans son album.
Une collaboration reconnue avec Stroame
Côté belge, Pomme revient sur sa collaboration avec Stromae pour Ma meilleure ennemie, morceau sorti pour la série primée Arcane. Une chanson qui explore les frontières parfois floues entre amitié et amour. Pour la chanteuse, une rupture amicale peut être aussi douloureuse qu’une séparation amoureuse, voire plus difficile à comprendre. "Ce qui est beau avec l’amitié, c’est qu’il n’y a pas toujours un contrat, alors que parfois, dans les relations amoureuses, il y a plus une forme de contrat, souvent un contrat d’exclusivité", observe-t-elle.
La collaboration avec Stromae s’est construite naturellement : "Je pense que Stromae et moi, on a beaucoup de points communs et on a une façon d’envisager l’art et la musique qui est quand même similaire". Une rencontre qui leur a également permis de s’exprimer à travers des personnages animés, à un moment où aucun des deux ne souhaitait particulièrement être exposé.
Des chansons et des convictions
L’engagement fait aussi partie de l’univers de Pomme. Avec Le Village, une chanson finalement écartée de l’album, elle entendait dénoncer la culture du viol. Si elle reconnaît que le mouvement #MeToo a permis des avancées dans la manière d’aborder les violences sexuelles, elle estime que les changements restent insuffisants. "On ne doit pas juste nommer les choses, on doit aussi les changer profondément", insiste-t-elle.
Parmi les artistes qui l’inspirent dans cette démarche figure Joan Baez. La chanteuse américaine, connue pour ses engagements en faveur de la paix et des droits des femmes, représente un modèle important à ses yeux. Pomme l’a découverte à l’adolescence et a eu l’occasion de la voir en concert à Lyon. "J’aime son minimalisme, j’aime sa poésie, j’aime sa voix. J’aime à quel point elle est alignée avec ses valeurs. C’est vraiment une militante", explique-t-elle.
Cette sensibilité politique se retrouve dans son regard sur l’actualité. Interrogée sur ce qui l’inquiète le plus aujourd’hui, la chanteuse cite spontanément, et sans détour, la situation politique française : "La montée de l’extrême droite m’inquiète beaucoup". Alors que sur une note plus positive, elle cite la victoire de la gauche lors des élections au Brésil.
Côté coup de cœur littéraire, Pomme recommande "Peut-être le hasard", d’Agathe Charnay, un récit consacré à une jeune femme qui accompagne sa mère atteinte d’une forme précoce de la maladie d’Alzheimer : "C’est à la fois décrit d’une façon très réelle, qui n’embellit pas la réalité et qui parle vraiment de la maladie, mais avec une immense poésie".
Une passion pour la culture partagée par François qui partage comme à son habitude ses choix culturels de la semaine : un livre de Jacques Mercier consacré à ses premières années à la RTBF, un ouvrage sur l’histoire du jazz écrit par le fils de ce dernier, ainsi qu’une exposition photographique consacrée aux coulisses du spectacle et aux professionnels qui rendent les concerts possibles, à Andenne.
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