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Friday, October 30, 2026

Dans les coulisses du sommet Canada-Union européenne | L’amour au temps de la guerre tarifaire

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L’Australie, la Nouvelle-Calédonie, la Pologne, la Belgique, la France et la Belgique de nouveau, et tout ça, en moins de huit jours. L’horaire (et le décalage horaire) de Stéphane Séjourné, numéro 2 de la Commission européenne, donnerait le tournis à n’importe qui.

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Pourtant, celui qui porte le titre de vice-président à la Prospérité et à la Stratégie industrielle au sein de l’organe exécutif de l’Union européenne a trouvé le temps de faire un crochet d’une douzaine d’heures à Montréal jeudi pour rencontrer Mélanie Joly, son homologue au sein du gouvernement de Mark Carney et ministre de l’Industrie. Tout ça dans le cadre du sommet Canada-Union européenne qui culminera ce vendredi.

« Je dois vous avouer que je suis un peu fatigué », me dit-il en quittant le chic Club Mont-Royal où une trentaine de gens d’affaires venaient d’exposer leurs idées aux deux dirigeants pour faciliter l’accroissement de la collaboration entre le Canada et l’Union européenne.

Fatigué, mais au pas de course, comme son homologue canadienne et le premier ministre canadien. Car dans la guerre tarifaire que mène Donald Trump, le président américain, contre ses alliés, un des fronts les plus actifs est celui de l’industrie. Et la priorité est de resserrer les liens et d’accélérer la coopération avec des alliés fiables, peu importe comment se nommera ce partenariat renforcé.

La numéro 1 de l’Union européenne, Ursula von der Leyen, a répété jeudi qu’elle veut faire du Canada un « membre associé » de l’Union européenne. Stéphane Séjourné, lui, préfère parler d’un club préférentiel.

« Il y a une envie pour l’Union européenne de créer un club de trusted partners [“partenaires fiables”] », dit le politicien français, ajoutant que le Canada est en haut d’une liste sur laquelle se trouvent aussi l’Australie, la Corée du Sud, le Japon et le Royaume-Uni. « On peut se permettre d’être complémentaires dans nos chaînes de valeur sans avoir peur un jour d’être soumis à un chantage comme on peut le voir en ce moment avec Trump ou avec la Chine », expose-t-il dans la voiture en route vers le deli Schwartz’s du boulevard Saint-Laurent, où il a pu échanger brièvement avec la ministre Mélanie Joly en croquant dans un sandwich à la viande fumée avec de la moutarde baseball.

Pour M. Séjouné et Mme Joly, la matinée a commencé avec une démonstration éloquente des torts que cause la guerre tarifaire de Washington à l’industrie canadienne, mais aussi, par la bande, à des entreprises européennes. La société française Nexans, qui fabrique des câbles en cuivre à Montréal-Est, s’est vu imposer des tarifs de 50 % par l’administration Trump l’été dernier après la rupture des négociations avec le Canada.

« Et quel a été l’impact sur vous ? », demande Mélanie Joly au vice-président et directeur général de Nexans Canada, Juan Carlos Sanchez, lors d’une visite conjointe de l’usine qui emploie 130 personnes.

« Vous allez tomber en bas de votre chaise ! On a perdu 75 % de nos ventes en août », répond-il, graphique à l’appui. Les ventes aux États-Unis, qui représentaient 83 % du chiffre d’affaires, sont tombées à 5 % du jour au lendemain après l’imposition de droits de douane. L’entreprise n’a mis aucun de ses employés à la porte, mais l’usine a été à l’arrêt pendant des semaines.

« Quand on parle de guerre tarifaire, ce n’est pas de la sémantique », lance Mélanie Joly.

Cela dit, l’histoire de Nexans est une histoire de résilience. L’entreprise a reçu un coup de pouce du gouvernement fédéral. Le marché canadien achète maintenant 47 % de la production de l’usine et l’Europe, qui était un client marginal, représente maintenant 14 % des ventes. « On utilise les ports de Bilbao, d’Anvers et de Rotterdam pour la distribution. C’est très efficace », raconte M. Sanchez.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Employé de l’usine de cuivre de Nexans de Montréal-Est

Mélanie Joly y voit bien plus qu’une affaire commerciale. « Tout ça, c’est fondamental pour notre souveraineté électrique dans l’éventualité d’un conflit », dit la ministre, tandis que Stéphane Séjourné acquiesce.

Les deux politiciens sont loin d’en être à leur première rencontre. Ancien conseiller d’Emmanuel Macron, M. Séjourné a été ministre des Affaires étrangères de la France en 2024, alors que Mélanie Joly occupait le même poste à Ottawa. Nommé à la Commission européenne en décembre 2024, il en est à sa troisième visite à Montréal en 18 mois.

Dans les coulisses des négociations entre l’Union européenne et le Canada, auxquelles j’ai eu accès pendant quelques heures jeudi, on sent un sentiment d’urgence partagée. Le Canada n’est pas dans le rôle du prétendant qui espère que l’Europe va « swiper vers la droite » sur le Tinder de la diplomatie mondiale. L’Europe est tout aussi pressée de passer à la prochaine étape des fréquentations.

Au niveau industriel, les réserves énergétiques du Canada et son accès à toute une gamme de minerais critiques en font un excellent parti pour l’Europe, qui veut elle aussi limiter son interdépendance avec les États-Unis comme avec la Chine. Pas question que les technologies chinoises, notamment en matière d’énergies vertes, deviennent le « nouveau gaz russe », a donné à titre d’exemple le vice-président Séjourné à un groupe de gens d’affaires canadiens.

Ces derniers invitent les deux partenaires à sauter les préliminaires pour faire tomber les barrières qui ralentissent les étreintes industrielles et commerciales. On parle de normes différentes, de réglementations concurrentes, de délais de douane, de programmes protectionnistes du genre « Buy European » et « Achetez canadien » qui imposent de nouvelles contraintes.

L’amour au temps de la guerre tarifaire, semble-t-il, n’est pas patient.

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