La guerre des tuques (de Québec)

C’est une histoire de tuques qui pourrait faire l’objet d’un film. Tenez, La guerre des tuques de Québec. Un remake de La guerre des tuques, mais avec des grands.
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Ça commence avec le maire Bruno Marchand qui fait un point de presse en bordure d’une piste cyclable et là, un automobiliste s’arrête, assez loin pour que le son de sa voix soit étouffé, mais assez proche pour que les micros des journalistes captent sa phrase bien grasse :
« Va chier, Marchand ! »
La phrase devient virale. Le moment, même chose.
Un tenancier de bar local inspiré par ce cri du cœur fait sienne la remarque : il fait imprimer des VA CHIER MARCHAND sur des tuques de toutes sortes de couleurs.
La version en italique donne une tonalité poétique à l’insulte, surtout sur la tuque rose.
Le tenancier, un dénommé Richard Poulin, du Bar Sports Vegas, a expliqué cette idée lumineuse par sa déception générale face au maire Bruno Marchand au fil des années et en particulier par une piste cyclable qui supprime des places de stationnement de rue à proximité de son bar.
Coût des tuques : 20 $.
Mais le dénommé Poulin, s’il était dans le remake du film d’André Melançon, aurait ainsi vécu son « piège de renard… à ours » : il a eu l’air fou à la grandeur de la province, si on exclut cette minorité de nos concitoyens pour qui la phrase « Va chier » est une sorte d’argument massue qui confère à son auteur une sorte de pouvoir magique dans un débat…
M. Poulin aurait donc vendu pour 2000 $ de tuques.
On savait Bruno Marchand bon coureur, on lui a découvert des talents de judoka : « On me dit que plusieurs personnes veulent acheter une tuque, cette semaine, a-t-il fini par écrire sur les réseaux sociaux. J’ai une proposition : vous pouvez aussi texter VIE au 41010 et faire un don de 20 $ pour venir en aide aux personnes en situation d’itinérance à Québec. »
En moins de deux jours, l’appel du maire a déclenché une avalanche de dons : au moment d’écrire ces lignes, autour 60 000 $ ont été amassés pour Lauberivière.
Pour parler en judo, ce fut un magistral o-goshi de relations publiques, de politique et de charité de la part du maire !
Pour la ressource pour sans-abri Lauberivière, c’est un coup de pouce qui tombe à point.
Mais prenons un pas de recul, ici, ne laissons pas le banc de neige cacher le fort de glace dans lequel tout ce beau monde se lance des boules de neige métaphoriques…
Pour générer ce genre de fiel, il faut plusieurs ingrédients. Le plus épicé étant un centre de gravité politique très, très, très local.
Par local, je veux dire qu’il faut un milieu où tout est entremêlé et surtout un milieu où tous se connaissent, avec les petites haines intimes que cela suppose…
Québec, quoi !
Dans cette histoire, il y a ce dénommé Poulin qui est très proche de Respect Citoyens, le parti de l’opposition dirigé par Stéphane Lachance et qui ne compte que trois sièges au conseil : sa photo de profil Facebook le présentait avec M. Lachance, très anti-bécyk lui-même…
PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE RICHARD POULIN
Richard Poulin, propriétaire du Bar Sports Vegas, et Stéphane Lachance, élu de l’opposition à Québec
Et puis, il y a CHOI Radio X, jamais trop loin des latrines, qui donne des haut-parleurs à tout ce qui s’oppose au maire Marchand et qui croque du cycliste depuis bien avant Marchand : c’est la même station qui avait jadis invité les automobilistes à klaxonner des cyclistes osant rouler sur l’asphalte, avec une campagne menée par Dominic Maurais dans la langue de Trump : « Honk a cyclist ! »
Mélangez tout ça, l’hyper local et l’hyper personnel, et vous avez une Guerre des tuques made in Québec City avant la neige.
À regarder avec du popcorn.
Cette saga absurde a connu quelques rebondissements savoureux, notamment quand M. Poulin a fait amende honorable en reconnaissant la bonne prise de judo de son maire qui a fait jaillir les dollars sur Lauberivière : il a donc décidé de donner les 2000 $ récoltés par ses tuques VA CHIER MARCHAND à Lauberivière, lui aussi…
Et l’a invité à souper !
Est-ce que ce fut le moment « La guerre, la guerre, c’est pas une raison pour se faire mal ! » pour Richard Poulin, ou alors le moment « T’as d’la neige là » ?
Je laisse le cinéphile décider…
Se cherchant un rôle dans cette Guerre des tuques de Québec, l’animateur de CHOI Dominic Maurais s’est demandé comment surfer sur cette histoire de tuques. Il a eu cette idée de champion du monde : Maurais a créé un mauvais photomontage du maire de Lévis, Steven Blaney, avec les mots KISS ME I’M AN IDIOT (Embrassez-moi, je suis un idiot)…
CAPTURE D’ÉCRAN DU COMPTE X DE DOMINIC MAURAIS
La publication de Dominic Maurais, de CHOI Radio X
Là, à Québec, et ailleurs, des tas de gens ont soulevé un sourcil : de kessé, Dominic ?
Pourquoi s’en prendre au maire de Lévis ?
Le lapin est sorti bien assez vite de la tuque : c’est qu’un ami de M. Maurais, un dénommé Ian Sénéchal, retraité du commentariat ultralocal à Québec, est en concubinage avec une dénommée Anick Tremblay, elle-même échevine de la Ville de Lévis…
Or, ladite Mme Tremblay a été récemment dépouillée de certaines responsabilités par le maire Blaney – le genre de chose qui arrive et n’intéresse que les gens de la paroisse concernée.
Sauf que nous sommes à Québec : c’est le genre de non-évènement pour lequel un animateur local peut lancer une fatwa symbolique en invitant ses suiveux à « embrasser » un « idiot » en la personne d’un maire.
La fatwa est bien sûr prononcée par l’ayatollah Maurais en anglais… dans une région où seulement 1,3 % des habitants ont l’anglais comme langue maternelle. So badass !
M. Maurais s’est couvert de ridicule avec cette pirouette condamnée de toutes parts, il a donc mis un cadenas sur ses réseaux sociaux. On pensait qu’il avait perdu le NIP de son compte X, mais non, il était encore là : il a publié une lettre d’excuses dans une prose à laquelle il ne nous avait pas habitués… Une lettre pleine de tact, je dirais.
À l’échelle du film La guerre des tuques de Québec, ce fut le moment « Il est pas mort, il parle ! » de M. Maurais.
Bref, je sais bien que les gens de Québec n’aiment pas quand on parle de Québec comme d’un village…
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