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Monday, October 26, 2026

Guerre hybride et manifestations européennes

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L’Europe est en feu, le malaise social s’étend et s’exprime dans les rues, les manifestants pacifiques se font parfois doubler par les casseurs. Même si, heureusement, les manifestations du 24 octobre en France n’ont pas connu les mêmes débordements extrêmes que celles du 17 octobre.

La France est au cœur de la discussion, même si des événements semblables se déroulent depuis septembre dans plusieurs autres pays du continent : Espagne, Albanie, Grèce, Italie. Et demain en Allemagne, où de vastes mouvements de protestation sont annoncés pour le 31 octobre, avec une possible coloration antimilitariste.

Intéressant est le cas italien, où les violences du centre de Milan, exactement au même moment que celles de Paris, de Marseille et de Limoges, ont été intenses et destructrices.

Un membre du gouvernement a évoqué l’action d’acteurs extérieurs qui auraient provoqué ou inspiré ces violences. Le ministre de la Défense, Guido Crosetto, a explicitement lié ces événements à une ingérence étrangère. Le 18 octobre, il a déclaré que les affrontements et les pillages étaient « le fruit d’une guerre hybride que quelqu’un mène contre nos nations ». Il n’a pas nommé la Russie, mais tout le monde a compris de qui il parlait.

La première ministre Meloni a dit qu’elle attendait des preuves tangibles avant de pointer du doigt une puissance étrangère. Un autre membre du gouvernement, du petit parti de La Ligue, Matteo Salvini — prorusse notoire alors que Meloni, elle, ne l’est pas — a qualifié de « farfelue » l’hypothèse d’une piste russe.

Cette piste et cette hypothèse méritent certes des vérifications dans le détail, mais elles sont tout sauf farfelues.

Car on peut, oui, déceler les traces de la « guerre hybride » dans les violents troubles survenus sur la voie publique à Milan, mais aussi à Turin, avec de la casse sur des rues entières comme en France.

Qui a pu orchestrer une offensive aussi sophistiquée, simultanée, chronométrée ? Les faits qui corroborent l’existence d’un « plan » sont fragmentaires, la mosaïque est incomplète.

Quelques pièces au dossier… Dans ces violences italiennes, frappante était la forte présence de mineurs de 14, 15 et 16 ans, italiens de souche et issus de l’immigration, parmi les quelque 200 personnes interpellées dans la foulée des pillages.

Le Corriere della Sera rapporte que, dans la semaine du 19 octobre, de nombreux avocats au tribunal de Milan ont fait des déclarations comme « mon client a reçu un message sur les réseaux sociaux l’invitant à piller un magasin ; il est alors sorti de chez lui ».

Le quotidien La Repubblica, pour sa part, rapporte qu’un prétendu « Manifeste du 17 octobre » a largement circulé, faisant la promotion de la guérilla urbaine. À la suite des troubles ont circulé, presque simultanément, des courriels identiques annonçant de nouvelles violences.

La stratégie consiste à « semer le trouble » en utilisant le Web pour exacerber toutes sortes de conflits internes au sein des démocraties. Dès lors, « la guerre hybride déclenchée par des acteurs russes » (selon la formulation de l’OTAN) apparaît comme une action délibérée visant à aggraver des conflits préexistants dans les sociétés occidentales.

Moscou, Pékin et quelques autres consacrent des ressources considérables à étudier les sociétés occidentales, pour mieux connaître leurs faiblesses, leurs lignes de faille, leurs codes linguistiques. Le but est de mettre le doigt où ça fait mal, de semer la discorde comme le faisait Détritus, héros maléfique de La zizanie de Goscinny et Uderzo (1970)… mais sans qu’un Astérix européen ne vienne ensuite le contrer.

Mais « la zizanie » version 2026 utilise d’autres outils : bots, trolls, fake news et intelligence artificielle transforment les réseaux sociaux en véritables catapultes à haine. Ils incitent les jeunes à descendre dans les rues, exploitent habilement tout sujet, personnage, faction, dirigeant ou parti susceptible de polariser la société, de générer l’intolérance.

L’objectif est d’approfondir les fractures bien réelles au sein des sociétés démocratiques : inégalités, pauvreté, chômage, racisme, antisémitisme, hostilité envers les migrants, rejet des musulmans ou encore opposition aux vaccins. Peu importe le sujet : l’important est de semer la confusion et la division.

C’est au sein de quelques autocraties, en petit nombre, que prennent leur source ces vagues de poison numérique, qui exploitent avec une grande habileté des problèmes réels, des blessures existantes, des conflits latents.

La version contemporaine de cette stratégie a peut-être vu le jour en 2013, lorsque le chef d’état-major russe Valeri Guerassimov a publié un article théorique dans la revue militaro-industrielle VPK. Partant d’une dénonciation de ce que la Russie perçoit comme les méthodes occidentales de déstabilisation (par exemple les « révolutions de couleur » en Ukraine, en Géorgie), il y affirmait qu’il faut maintenant retourner ces méthodes contre l’Occident.

Selon Guerassimov, le seul moyen de l’emporter sur l’Occident, c’est de le faire imploser de l’intérieur, retournant contre lui sa plus grande force : la liberté d’opinion, la liberté de presse, les manifestations indépendantes… choses inexistantes à Moscou et à Pékin.

C’est pourquoi le ministre de la Défense, Guido Crosetto, évoque aujourd’hui un plan, une « guerre hybride » contre l’Occident, tandis que le sous-secrétaire italien à l’Édition, Alberto Barachini, pointe simultanément du doigt le « manque de coopération suspect » du réseau social TikTok, géré par la Chine et reposant sur une technologie impénétrable.

Il y a dans tout ça la question cruciale de l’image internationale de l’Europe, de sa cohésion, de son prestige et de son influence… Faire apparaître les grandes villes d’Europe sous une forme dystopique, comme des forteresses de l’élite assiégées par la foule en révolte, fait partie de ce plan.

Ces images outrancières et trompeuses, beaucoup de régimes étrangers prennent un malin plaisir à les diffuser. Trump, Poutine et Nétanyahou sont actifs et explicites dans leur haine de l’Europe. Mais d’autres, en retrait, encouragent silencieusement ce dénigrement systématique.

On pense à la Turquie et à la Chine, dont les médias officiels répercutent abondamment et avec délectation, depuis quelques jours, ces tristes images « de chaos et de décadence » en provenance des grandes villes du « vieux monde ».

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