Près de 30 000 incidents de violence dans les écoles québécoises

Le nombre de gestes de violence rapportés envers le personnel de soutien dans les écoles publiques québécoises a triplé depuis quatre ans, pour atteindre près de 30 000 incidents.
Dans plus de 80 % des cas, il s’agit de violence physique, comme des coups de pied ou des coups de poing, des morsures ou des égratignures. Ce sont surtout les éducatrices spécialisées qui en sont victimes, suivies par les éducatrices en services de garde et les préposés aux élèves handicapés.
Ce sont des problématiques importantes, il faut que le gouvernement s’en préoccupe
, affirme François Bowen, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal.
Ces données sont basées sur les rapports d’incidents remplis par le personnel scolaire lorsqu’un geste de violence est commis. Elles ont été obtenues par une demande d’accès à l’information réalisée par la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ) auprès de tous les centres de services scolaires de la province.
Les gestes de violence sont commis en très grande majorité par des élèves, à 96%. Dans de rares cas, ils proviennent de collègues, de supérieurs ou de parents.
Une situation inacceptable
C’est quand même hallucinant
, lance le président de la FPSS-CSQ, Éric Pronovost, qui a été surpris par l’ampleur de ces chiffres. C’est inacceptable ce qui se passe présentement dans nos écoles. Ce n’est pas normal de se faire frapper quand on est au travail
, ajoute celui qui présentera ces données lors d’un point de presse lundi avant-midi.

Éric Pronovost est le président de la Fédération du personnel de soutien scolaire, affiliée à la CSQ.
Photo : Radio-Canada / Alice Jacottin
Les 30 000 incidents rapportés en 2025-2026 ne représentent d’ailleurs qu’un portrait partiel, puisque seulement 47 des 72 centres de services ont fourni des informations à ce sujet. Au cours d’une même année scolaire, un même enfant peut faire l’objet de plusieurs rapports d’incidents.
La hausse est particulièrement marquée depuis deux ans. Le phénomène pourrait s’expliquer en partie par le fait que les employés dénoncent de plus en plus ce type de gestes.
Incidents de violence déclarés envers des employés de soutien scolaire
2022-2023: 9719 (dans 44 CSS)*
2023-2024: 13 759 (dans 45 CSS)
2024-2025: 15 178 (dans 35 CSS)
2025-2026: 29 772 (dans 47 CSS)
*Le nombre de centres de services scolaires (CSS) fait référence au nombre d’organisations qui ont fourni des données à ce sujet.
Source: données obtenues par la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ) à la suite d’une demande d’accès à l’information réalisée auprès des 72 centres de services scolaires
Oui, les gens dénoncent plus, parce qu’on se dit maintenant que c’est assez la banalisation
, affirme M. Pronovost.
Selon la FPSS-CSQ, environ le tiers de leurs membres ne remplissent jamais de rapports d’incidents. Les gens ont peur de dénoncer, mais de plus en plus, ils l’affrontent, cette peur-là
, ajoute-t-il.
La hausse de la violence des répercussions directes sur l'absentéisme du personnel scolaire, qui a monté en flèche au cours des dernières années, ajoute M. Pronovost.
Une augmentation bien réelle, selon les directions d’école
Même en tenant compte d’une hausse des dénonciations, l’augmentation de gestes de violence dans les écoles est bien réelle, indique-t-on du côté des directions d’école.
Il y en a plus
, particulièrement au primaire, affirme le président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, Francis Côté.
Depuis la pandémie, les élèves ont plus de difficulté à vivre en société
et à vivre avec des consignes
, ce qui entraîne davantage de crises qui peuvent mener à des insultes et des coups, explique M. Côté.
Même si ces gestes ne sont pas intentionnels, il n’en sont pas moins acceptables, ajoute-t-il.
Type d’incidents de violence rapportés en 2025-2026*
Physique : 21 731 (83%)
Psychologique : 3 947 (15%)
Harcèlement : 377 (1,4%)
Sexuelle : 64 (0,2%)
*Environ 3600 incidents ont été déclarés sans que le type de violence ne soit précisé.
Source: données obtenues par la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ) à la suite d’une demande d’accès à l’information réalisée auprès des 72 centres de services scolaires
François Bowen, dont l’équipe a été mandatée par Québec pour réaliser une vaste enquête sur la violence à l’école, reconnaît que la violence semble être en augmentation
dans certains établissements.
Il faut toutefois éviter de généraliser la situation à l’ensemble du réseau scolaire, prévient-il. Ce qu’on remarque dans nos recherches, c’est qu’il y a des milieux où il ne se passe pratiquement rien, où ça va bien, et d’autres milieux où ils se passent beaucoup de choses
, indique-t-il.

François Bowen est professeur au Département de psychopédagogie et d'andragogie de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal (UdeM).
Photo : Université de Montréal (UdeM)
De son côté, la FPSS-CSQ interpelle le nouveau gouvernement du Parti québécois afin qu’il fasse de la lutte contre la violence dans les écoles une priorité, au même titre que la lutte contre l’itinérance.
Il faut qu’on soit capable d’avoir des écoles qui sont des milieux sains et sécuritaires. Les gens sont exténués, ils sont fatigués
, lance Éric Pronovost.
En 2023, l’ancien ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, a mis en place un plan d’action pour lutter contre la violence et l’intimidation dans les écoles publiques québécoises, dont les résultats se font toujours attendre, selon plusieurs acteurs du réseau scolaire.
Avec la collaboration de Julie Marceau
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