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Tuesday, November 3, 2026

Quintin Sargeant, ou comment est-ce encore possible de mourir au Douglas?

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Pour le reste de mes jours, quand un patient mourra à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, je recevrai des appels et des messages pour me dire que c’est encore arrivé.

C’est encore arrivé. Mon oncle m’écrit cette semaine et partage un article dans lequel intervient Marcella Sargeant. Son fils est décédé au pavillon Burgess, comme mon frère. On peut passer une vie à chercher des affinités avec des gens, moi, j’ai un point en commun très précis avec cette femme : un gars des plus importants dans notre vie est mort dans un institut de renommée mondiale en santé mentale. Et pour comprendre ce qui est véritablement arrivé, c’est ben, ben, ben, ben, ben compliqué.

Le fils de Mme Sargeant est décédé le 18 août dernier, et la mère ne sait toujours pas de quoi son fils est mort au 1er novembre. Elle n’a pas accès à son dossier médical. On lui dit qu’il faut attendre le rapport du coroner. Elle ne sait pas ce qui est arrivé à son gars ce jour-là. C’est tout simplement inhumain. Elle en a perdu l’aptitude à travailler — au CLSC de Verdun, juste à côté du Douglas —, à prendre simplement soin d’elle. Et elle pourrait en perdre la raison ou même le goût de vivre.

Pour moins, on lance une alerte Amber ou on déclenche une enquête policière. Comment se fait-il qu’on puisse mourir ainsi à 22 ans sans que personne ne sonne l’alarme d’une possible récurrence de la négligence dans les soins prodigués dans cet hôpital ? Pourquoi faut-il qu’on en parle que dans la presse à sensation ? Ces médias sont-ils les seuls courageux qui s’intéressent aux décès nébuleux dans les hôpitaux ?

Pour cette mère, je demande une intervention de l’État. Ceux qui diront qu’on ne meurt pas au Douglas sont des menteurs. Pour cette mère, et au nom de la jurisprudence que le cas de mon frère a permis d’établir, dans un procès que j’ai gagné l’an dernier contre le Douglas et son psychiatre qui avaient soin de mon frère, je demande des comptes : qu’en est-il de la surveillance déficiente dont le jugement exemplaire du juge Patrick Choquette faisait état ? De l’ergonomie des lieux mal adaptés à la condition d’un patient en crise ? Que penser de la transition entre le service des urgences du Douglas et la prise en charge par l’équipe du Burgess ? Le plan de traitement établi a-t-il été respecté ? Est-ce la médiocrité, voire l’absence de suivi rigoureux et l’administration de médicaments sans égard aux prescriptions antérieures ou l’absence de consultation du dossier antérieur qui pourraient être en cause dans la mort de Quintin Sargeant au Burgess ?

Au Bureau du coroner, j’ai envie de dire ceci : ne faites pas niaiser Mme Sargeant pendant deux ans avant de lui apporter des réponses, laissant fallacieusement s’écouler le délai de prescription. Ne produisez pas de rapport erroné, complaisant et décevant d’une page et demie. Considérez la nécessité d’un rapport fouillé et étoffé pour cette famille qui cherche désespérément des réponses, et ne faites pas qu’accepter béatement les « pages miettes » extraites du dossier médical par l’hôpital en guise de seule enquête !

Aux avocats « spécialisés en poursuites médicales » : ne faites pas niaiser Mme Sargeant en la prenant sous votre aile jusqu’au jour de la prescription pour lui dire qu’elle trouverait ça trop difficile de poursuivre et lui suggérer de laisser tomber l’affaire à minuit moins une.

À la banque de cerveaux du Douglas, je dis : ne vous appropriez pas le cerveau d’un patient qui n’a pas demandé à être un rat de laboratoire dans votre conflit d’intérêts juste parce que vous avez le droit de le faire sans l’assentiment du patient ou de sa famille, juste parce qu’il a signé sa carte de don d’organes. Aux médias francophones frileux de parler du Douglas et aux médias anglophones sourds face à une telle nouvelle recelant une injustice indicible, j’ajoute : n’ignorez pas cet événement tragique d’intérêt public qui mérite une attention immédiate et soutenue.

Personne ne devrait mourir dans un hôpital dans des circonstances nébuleuses. Aucune mère en deuil ne devrait avoir à mener un tel combat pour la vérité.

À toutes les Mmes Sargeant : je serai votre amie éternelle. Mon frère ne sera jamais mort pour rien. Tant que je vivrai, je vous aiderai. Et même après, grâce à la jurisprudence pour laquelle j’ai consacré mes meilleures énergies. Poursuivre un hôpital et un médecin, c’est non seulement possible, c’est un devoir de mémoire réparateur.

Je demande justice pour Quintin Sargeant et honte à tous ceux qui contribuent à faire souffrir sa mère par leur silence et leur manque de courage.

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