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Friday, October 16, 2026

Quand l’éducation s’inspire des hôpitaux universitaires

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L'Université de Montréal (UdeM) peaufine l'initiative à l'école Vanguard de Montréal depuis trois ans. Les résultats sont si encourageants que le projet vient d'être élargi à quatre écoles du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) dans Côte-des-Neiges, a appris Radio-Canada.

L'UdeM espère qu'une vingtaine d'établissements scolaires deviendront dans les prochaines années des écoles associées ou écoles résidences, où les futurs enseignants viendront parfaire leur formation, à l’image des aspirants médecins qui terminent leur parcours en résidence dans le milieu hospitalier.

Premier élément distinctif de la résidence par rapport aux stages classiques offerts dans le cadre du baccalauréat en enseignement : la partie théorique (cours universitaire) et la partie pratique (stages) se font simultanément.

Au soccer, on ne pourrait pas imaginer qu'un coach explique une technique sans permettre tout de suite à ses joueurs de la pratiquer. Après un match, on va se demander ce qui a marché et moins bien marché, puis on va essayer de faire des corrections. Il y a tout de suite de la rétroaction. C'est tout aussi important en éducation, explique Robert David, professeur à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal.

Robert David enseigne aux futurs professeurs sur les bancs universitaires, mais aussi à l'intérieur même des murs de l'école Vanguard.

Autrement dit, l'université… se rend dans l'école.

Une résidente peut ainsi mettre à l'épreuve une approche novatrice d'apprentissage de la lecture et discuter de l'échec ou du succès de cette intervention quelques heures plus tard sur place avec Robert David.

Normalement, à l'université, on a nos cours et après [lors de la session suivante], on fait nos stages, mais là, c'est vraiment les deux simultanément. Donc, dès qu'on reçoit des nouvelles notions, on peut les appliquer en faisant des tests, explique Elena Romero, une participante du programme de l'an dernier, devenue depuis enseignante à l'école Vanguard.

Madame Béatrice aide des élèves dans la classe de Madame Martine.

Béatrice Liverge (à droite) est «résidente» dans la classe de Martine Jalette (à gauche) qui compte 17 ans d'expérience en enseignement.

Photo : Radio-Canada / Julie Marceau

Du coenseignement au profit de tous

Autre particularité de la résidence : le coenseignement, qui débute à l'automne.

Un étudiant ne vient pas juste trois mois dans ma classe à l'hiver, il commence [sa résidence] dès l'automne, explique Martine Jalette, une enseignante qui compte 17 ans d'expérience. Ça permet de comprendre c'est quoi la planification d'une année scolaire et [de s'immerger tout de suite dans] la gestion de classe.

Cette année, la résidente de Mme Martine est Béatrice Liverge.

Pourquoi Mme Béatrice est-elle dans la classe avec moi?, demande Mme Martine à un petit groupe d'élèves devant nous.

Pour t'aider?, répond Renaud.

Non pour que toi, tu l'aides!, s'empresse de préciser Jasmine.

Selon Martine Jalette, le résident devient une aide précieuse pour les élèves.

S'il y a des élèves qui sont en plus grande difficulté, on peut faire un sous-groupe. Puis Béatrice peut intervenir avec ces élèves-là, explique-t-elle.

La collaboration étroite entre l'université et l'école avantage également tout le monde, ajoute-t-elle.

Mme Martine peut, par exemple, s'approprier de nouvelles techniques testées par Béatrice.

Le fait que l'étudiante vérifie avec son enseignant universitaire si une technique d'apprentissage fonctionne bien, moi, ça me permet de dire : ''OK, je continue dans cette lancée-là!'' Tout ce qu'elle construit, on se le partage, explique l'enseignante-mentore.

Ça me donne du matériel que je peux réutiliser l'année suivante, donc ça [m'épargne] du temps.

Béatrice a, entre autres, choisi d'essayer les maths en trois temps.

Cette technique consiste à éveiller la curiosité des enfants avant d'effectuer un calcul. Il s'agit, par exemple, de présenter l'image d'une jarre remplie de jetons de couleur en demandant aux élèves : Quelle question mathématique pourriez-vous vous poser?

Je l'ai rapidement vu dans un cours de didactique des mathématiques à l'université, mais là, je vais le tester en classe, précise la résidente.

La classe d'élèves du primaire de Martine Jalette à l'école Vanguard.

Béatrice (à gauche) fait ses premiers pas dans la classe de Mme Martine à l'école Vanguard.

Photo : Radio-Canada / Julie Marceau

L'école Vanguard n'a pas été choisie au hasard. Sa clientèle est composée à 100 % d'élèves ayant des difficultés d'apprentissage. Tous les enseignants sont formés en adaptation scolaire, ce qui fait de cette école un haut lieu d'expertise, selon Robert David.

Ce qu'on veut, c'est que les futurs enseignants soient capables de mettre en œuvre les meilleures pratiques, parce que l'effet sur les élèves est colossal, explique Robert David.

C'est la réalité de tous les futurs professeurs, qu'ils travaillent dans une école spécialisée comme Vanguard ou non : un élève québécois sur quatre a des besoins particuliers, notamment des défis d'apprentissage.

Quand une école influence directement... l'université

Non seulement l'université se rend dans l'école… mais l'école se rend aussi à l'université, puisque si certaines pratiques dernier cri ne fonctionnent pas, les enseignants comme Robert David en sont tout de suite avisés. Et le milieu universitaire s'adapte rapidement.

L'idée s'inspire des Professional Development Schools (PDS) des États-Unis, issues de partenariats entre des universités et des écoles, qui ont porté leurs fruits.

Ce genre de partenariat a, par exemple, permis à une école d'un milieu très défavorisé en Pennsylvanie, où de nombreuses familles fréquentent les banques alimentaires, de vivre une véritable transformation.

Au début du partenariat avec l'Université Kutztown de la Pennsylvanie en 2012, les cours du quart des élèves de cette école (soit 200 enfants) étaient donnés par des remplaçants non qualifiés en raison du manque de professeurs. Or, quelques années plus tard, l'école comptait une liste d'attente d'enseignants désireux d'y travailler.

C'est ce qu'est venue raconter la doyenne de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Kutztown, Rebecca West Burns, lors d'un forum organisé ce printemps par l'UdeM.

Une centaine d'acteurs du milieu de l'éducation québécois et canadien, mais aussi de l'Europe et des États-Unis, ont participé en mai à un grand forum portant sur l'importance des partenariats entre les universités et les écoles à l'Université de Montréal. (Le Forum du Réseau des écoles associées).

Une centaine d'acteurs du milieu de l'éducation québécois et canadien, mais aussi de l'Europe et des États-Unis, ont participé en mai au Forum du Réseau des écoles associées, une grande rencontre portant sur l'importance des partenariats entre les universités et les écoles à l'Université de Montréal.

Photo : Université de Montréal / Cindy Boyce

C'est d'ailleurs lors d'une conférence aux États-Unis que la doyenne de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal, Ahlem Ammar, a eu l'idée de tenter la même chose au Québec.

C'était il y a 10 ans…

Ça dépasse toutes les attentes que j'avais en tête. Tout le monde est gagnant dans cette formule-là. Et je réalise l'ampleur des possibles, se réjouit la doyenne.

Pour moi, c'est un rêve qui se réalise.

On parle souvent ici, au Québec, d'un 25 % de professeurs qui vont quitter la profession, même si c'est difficile d'avoir des chiffres réels là-dessus. Et bien, si je prends, par exemple, le projet de résidence dans la région de Boston, [...] il y a une diminution d'environ 10 % du taux d'abandon dans les contextes de résidence, affirme Robert David.

Ahlem Ammar, doyenne de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal.

Ahlem Ammar, doyenne de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal.

Photo : Université de Montréal / Cindy Boyce

Pas d'intérêt de Québec pour l'instant

Pour l'instant, le ministère de l'Éducation (MEQ) n'est pas impliqué dans le projet. Le Réseau des écoles associées est financé entièrement par la philanthropie. La Fondation Famille Michel Fournelle, dédiée aux enfants défavorisés, a versé 5 millions $. Le chancelier de l’UdeM, Frantz Saintellemy, a ajouté 2 millions $.

Le projet vise à s'implanter en priorité dans les milieux défavorisés, comme le font les Professional Development Schools aux États-Unis. C'est la raison pour laquelle les écoles La Voie, Simonne-Monet, Iona et Notre-Dame-des-Neiges, dans le quartier multiculturel de Côte-des-Neiges, ont été choisies.

Ce projet est un vecteur d'espoir. [...] Je n'ai pas le moyen d'éradiquer la faim dans le monde, mais je peux prendre un quartier comme Côtes-des-Neiges, où il y a énormément de pauvreté, de misère, et puis créer une espèce de nouveau monde, explique avec enthousiasme le philanthrope Michel-Éric Fournelle, qui a lui-même grandi dans ce quartier.

Robert David, professeur à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal (à gauche) est venu expliquer le projet de résidence à l'école Vanguard à une délégation incluant des invités tels que Davide Ruscelli, représentant de l’UNESCO (à droite).

Davide Ruscelli, représentant de l’UNESCO (à droite), et Robert David, professeur à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal (à gauche), à l'école Vanguard.

Photo : Université de Montréal / Cindy Boyce

Quand l'Europe s'intéresse à une solution québécoise

L'initiative attire l'attention à l'étranger.

L'UNESCO y voit une piste de solution pour atténuer la pénurie de 44 millions de professeurs dans le monde (nouvelle fenêtre), une situation qui affecte tout particulièrement la France.

Une délégation, incluant un représentant de l'UNESCO basé à Paris, est venue visiter l'école Vanguard en mai, au lendemain du forum de l'UdeM.

C'est un excellent exemple de collaboration entre les universités et les écoles. C'est aussi un cas d'études extrêmement intéressant afin de voir comment les étudiants peuvent avoir une introduction à la profession, obtenir l'accès au mentorat, indique Davide Ruscelli, coordonnateur d'un groupe de l'UNESCO chargé de réfléchir à l’avenir des enseignants (Task Force on Teachers for Education 2030).

Cela peut nous donner des indices sur comment la profession enseignante peut être transformée au Québec, mais aussi ailleurs [dans le monde].

Rémunérer la résidence en éducation?

L'UdeM rêve non seulement d'un projet de résidence structuré à l'échelle du Québec, mais aussi qu'il soit rémunéré, comme c'est le cas en médecine.

Cela nécessiterait toutefois de rouvrir les conventions collectives.

Les syndicats doivent déposer cet automne leurs propositions au nouveau gouvernement péquiste de Paul St-Pierre Plamondon. La nouvelle ronde de négociations débutera à l'hiver 2027.

Lors de la campagne électorale, le Parti québécois s'est dit favorable à la rémunération des stages en éducation, à l'instar du Parti libéral et de Québec solidaire.

Il s'adresse aux médias lors d'un point de presse.

Le premier ministre désigné, Paul St-Pierre Plamondon.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Les associations étudiantes réclament depuis longtemps que les stages soient payés.

La Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), le plus important syndicat de professeurs au Québec, appuie l'idée d'une année de résidence rémunérée à la 4e année du baccalauréat. Un sondage interne démontre qu'une majorité de ses membres y sont d'ailleurs favorables.

La Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ–CSN) dit elle aussi voir cette mesure d'un bon œil.

Contactée par Radio-Canada, la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), le deuxième syndicat de profs en importance au Québec, a répondu ne pas avoir de position sur le sujet.

Un projet précipité, selon un syndicat de professeurs

L'implantation du réseau des écoles associées dans quatre écoles de Côte-des-Neiges n'est pas chose faite encore…

Dans un avis de huit pages, l'Alliance des professeures et professeurs de Montréal (affiliée à la FAE) mentionne que, malgré des bénéfices indéniables pour les élèves et leurs professeurs, le projet est préoccupant et précipité.

L'APPM s'inquiète de la charge de travail des enseignants qui accueillent ces résidents, de l'impact sur leur marge de manœuvre individuelle et d'un manque de transparence quant aux informations transmises au Comité de participation des enseignantes et des enseignants aux politiques de l'école (CPEPE) dans chaque établissement.

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Enfin, le syndicat se dit inquiet de l'arrivée de fonds privés (dons) dans des écoles publiques, ce qui pourrait contrer partiellement les effets du sous-financement récurrent du réseau scolaire québécois, peut-on lire.

Cet avis, écrit à l'été 2025, reflète la position actuelle de l'Alliance, nous a-t-on indiqué.

À l'école Vanguard, l'ambiance est tout autre.

Il faut dire que, depuis trois ans, le projet a eu le temps de faire ses preuves.

Tant les étudiants (résidents) que les profs et leur syndicat, la FNEEQ–CSN, sont emballés par l'initiative.

L'UdeM espère que cet engouement apaisera les inquiétudes que le projet pourrait susciter chez d'autres syndiqués.

C'est un projet qui permet de réduire la pénurie d'enseignants, surtout dans des milieux qui sont plus difficiles. Ça permet aussi d'avoir un effet sur l'apprentissage des élèves, donc d'augmenter le taux de réussite et de réduire l'abandon dans la profession, conclut Robert David.

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