Le transport collectif au coeur de la bataille du 450

La bataille électorale est particulièrement intense en banlieue de Montréal, aussi appelée le 450. Si la tendance se maintient, une quarantaine de circonscriptions pourraient contribuer à maintenir au pouvoir la Coalition avenir Québec (CAQ) ou à la faire tomber au profit du Parti québécois (PQ). Promettre un meilleur accès au transport collectif aiderait la population à choisir, selon les maires et les mairesses.
Je ne veux pas conduire à Montréal, il y a vraiment trop de circulation, c'est trop chaotique
, dit Sofia, une jeune étudiante croisée à la gare de Candiac, au bout de la ligne de train de banlieue d’exo en Montérégie.
Seulement quelques personnes attendent comme elle le train de 10 h 30 vers Montréal en ce mercredi maussade, mais cela pourrait changer.
En effet, il suffit d'observer l’immense chantier résidentiel en activité directement à côté de la gare.
Ce sont 4000 logements à terme qui vont se construire à cet endroit-là
, précise Normand Dyotte, maire de Candiac depuis 2011.
Le problème, souligne-t-il, c’est que le gouvernement du Québec est en train de se retirer du financement du transport collectif.
On ne peut pas attirer des gens autour d'une gare de train de banlieue en disant qu'on a quelque chose pour eux, puis après ça dire on va couper le service ou on ne pourra pas développer le service plus tard. C'est incohérent, ce qui se passe en ce moment
, déplore-t-il.
La population de Candiac a au moins accès à une gare de train et à un service d'autobus, mais des secteurs de la Montérégie sont toujours orphelins.

Marilyn Nadeau, mairesse de Saint-Jean-Baptiste, préfète de la MRC de La Vallée-du-Richelieu et présidente de la Table des préfets et élus de la couronne sud
Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine
Si je mets mon chapeau de mairesse de Saint-Jean-Baptiste, je n'ai aucun transport collectif
, dit Marilyn Nadeau, présidente de la Table des préfets et élus de la couronne sud. Nos étudiants s'en vont très tôt parce qu'ils doivent avoir un véhicule pour aller étudier. On a du mal à retenir nos aînés parce qu'ils veulent se rapprocher d'un milieu où il y a plus de services de santé
, explique-t-elle.
Mais si nous avions un transport plus structuré, on pourrait garder ces gens-là. Ils ont payé des taxes toute leur vie chez nous et ils ne peuvent pas rester
, regrette-t-elle.
Les maires et les mairesses de la Rive-Sud réclament davantage de liens en transport collectif, non pas seulement vers Montréal, mais entre leurs municipalités où la population augmente rapidement.
La situation est identique dans les régions de Lanaudière et des Laurentides, sur la Rive-Nord. La ville de Deux-Montagnes a beau disposer depuis bientôt un an de deux gares du REM sur son territoire, certains déplacements en transport collectif décourageraient les plus patients.
Je donne souvent cet exemple : de Deux-Montagnes à Mirabel, ça prend deux heures et quart. Alors, les gens automatiquement vont choisir leur voiture. Il faut régler le problème, c'est urgent.
On incite les gens par défaut à prendre leur voiture
, soutient la mairesse de Blainville et présidente de la Table des préfets et élus de la couronne nord, Liza Poulin. Et la congestion routière est insoutenable. C'est pour ça qu'on a décidé d'en faire un enjeu important.

La mairesse de Blainville, Liza Poulin, entourée de plusieurs maires et mairesses de la région le 24 août dernier pour réclamer plus de transport collectif
Photo : Radio-Canada / Stéphane Grégoire pour Mouvement mobilité couronne Nord
À son avis, il est temps que le gouvernement du Québec réalise que la région a changé, que la population augmente plus vite qu'ailleurs et que la circulation n'est pas seulement à destination ou en provenance de Montréal, ce qui amène de nouveaux défis et de nouveaux besoins.
Il faut déconstruire cette idée que les municipalités de la couronne nord sont des villes dortoirs. Notre population maintenant y travaille, y consomme, c'est ici qu'on vit. Trois déplacements sur quatre se font dans la couronne nord maintenant.
La mairesse donne l'exemple des parcs industriels : J'ai deux secteurs industriels à Blainville qui ne sont pas desservis par le transport collectif. Même chose pour Boisbriand, même chose pour Mirabel, même chose pour Bois-des-Filion.
Un pacte pour la mobilité
Les maires et les mairesses de 21 villes de la couronne nord – comme Terrebonne et Saint-Jérôme – ont signé le mois dernier un pacte pour la mobilité destiné au prochain gouvernement.
Ils demandent entre autres de prioriser le développement des déplacements est-ouest pour mieux connecter les villes, les établissements d'enseignement, les pôles d'emploi et les services.
De son côté, le maire de Laval, Stéphane Boyer, réclame depuis des années le prolongement de la ligne orange du métro de la station Côte-Vertu, à Montréal, vers le Carrefour Laval pour mieux desservir la population grandissante.

Le maire de Laval, Stéphane Boyer
Photo : Radio-Canada
À Longueuil, la mairesse Catherine Fournier demande entre autres au prochain gouvernement de confier rapidement à Mobilité Infra Québec l'étude du projet structurant dans l'axe du boulevard Taschereau.
Améliorer le transport collectif est loin d'être la seule demande des villes aux partis politiques en vue du scrutin d'octobre, mais elle revient constamment dans les conversations.
D'autres besoins ont également été définis par ces municipalités, comme les infrastructures routières et les réseaux vieillissants d'aqueduc et d'égout.
L'influence grandissante des couronnes sur le vote
Les couronnes bénéficient d'un atout pour se faire entendre des chefs de partis politiques : le vote de leurs citoyens a le pouvoir de faire ou de défaire le gouvernement, selon plusieurs analystes.
La quarantaine de circonscriptions qui entourent l'île de Montréal représentent presque le tiers des 127 sièges à l'Assemblée nationale.
Les données historiques démontrent que, sauf quelques exceptions comme la région de Vaudreuil-Dorion, les couronnes nord et sud votent souvent en faveur d'un même parti, selon le créateur de l'agrégateur de sondages Qc125, Philippe J. Fournier.

L'analyste Philippe J. Fournier
Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul
C'est très rare que ces circonscriptions soient divisées équitablement. Elles vont pencher d'un côté ou de l'autre, comme on l'a vu en 2018 et en 2022. La CAQ a passé la gratte, comme on dit en bon québécois, et elle a ramassé la vaste majorité des circonscriptions. Alors, le parti qui va gagner le 450 va être bien positionné pour gagner les élections.
Plusieurs circonscriptions des couronnes majoritairement francophones comptent ce que Philippe J. Fournier appelle des électeurs pivots
.
Il les décrit ainsi : Ils ont beaucoup voté pour Mark Carney et les libéraux fédéraux l'an dernier. Ce n'est pas comme s'il y avait beaucoup de fidélité avec des partis politiques. Et bien sûr, les partis politiques essaient toujours de s'arracher des électeurs pivots, des électeurs qui peuvent changer leur fusil d'épaule.
Il rappelle que, même si l'aiguille électorale bouge peu en ce moment, le printemps dernier, la CAQ était morte et enterrée et le 450 allait être presque balayé par le Parti québécois
.
Il ajoute : Le fait que la CAQ remonte à un point où elle n'est pas en position de gagner, mais de certainement brouiller les cartes, c'est assez inusité. On a rarement vu des remontées comme ça dans les sondages, mais bon, le vote caquiste n'est pas extrêmement solide, on sait qu'il est volatile. Va-t-il se présenter aux urnes dans moins de quatre semaines? Ça, c'est vraiment la grande question qu'on se pose.
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