Les 7 clés du succès
Le 5 octobre dernier, Paul St-Pierre Plamondon a perdu deux députés ayant fait leurs preuves, à qui il avait déjà réservé une place dans son Conseil des ministres. Et il devra en sacrifier un autre afin de pourvoir le poste de président de l’Assemblée nationale.
En 2012, le libéral Jacques Chagnon, qui occupait cette fonction depuis un peu plus d’un an, s’était fait un plaisir de la conserver. Le gouvernement minoritaire de Pauline Marois avait donc pu conserver tous ses effectifs. Cette fois-ci, les partis d’opposition ne feront pas cette faveur au nouveau premier ministre. La collaboration montre déjà ses limites.
Théoriquement, rien n’interdit de confier le poste à un néophyte, comme René Lévesque l’avait fait en 1976 en désignant Clément Richard (qui s’en serait bien passé). En rétrospective, cette nomination apparaît presque renversante. Arbitrer les débats est loin d’être une sinécure, de sorte qu’un minimum d’expérience parlementaire constitue pratiquement un prérequis.
La situation actuelle n’est pas sans rappeler celle de 1976. Des 71 élus péquistes d’alors, seuls 11 avaient déjà siégé à l’Assemblée nationale, et M. Lévesque était le seul à avoir occupé des fonctions ministérielles. Manifestement, il voulait réserver toute l’expérience disponible à son cabinet.
Même en comptant ceux qui ont fait leurs classes à la Chambre des communes, la cuvée 2026 est à peine plus aguerrie : il y a seulement 12 « anciens » sur 59 élus. Pascal Bérubé et Nicolas Marceau sont aussi les seuls à avoir siégé au Conseil des ministres, et ce, pendant tout juste 20 mois. En 2012, Pauline Marois et François Gendron étaient aussi les deux seuls anciens ministres, mais son cabinet était composé aux deux tiers de députés qui n’en étaient pas à leur premier mandat.
Le nouveau premier ministre n’a pas d’autre choix que de laisser une large place à la relève.
Paul St-Pierre Plamondon a expliqué à ses nouveaux députés que, même si on a du talent, la « compréhension de la complexité de la politique » ne vient pas du jour au lendemain, que cela peut prendre des années avant de penser accéder à l’excellence. Et ce, malgré les bons conseils que pourront leur prodiguer Mme Marois et Jean Royer, l’ancien chef de cabinet de Jacques Parizeau. Les exemples de ceux qui se pensaient trop bons ne manquent pas.
Compte tenu de la durée de vie moyenne d’un gouvernement minoritaire, le temps est précisément ce qui risque de manquer. Heureusement, tous n’auront pas à faire des miracles. Dans bien des cas, une performance honnête suffira : les erreurs sont inévitables et l’important est qu’elles ne soient pas irréparables.
La première ligne devra toutefois se surpasser pour « remettre le Québec sur les rails » avant de reprendre la marche vers la terre promise. Cela pourrait nécessiter un détour par d’autres élections, qui n’assureront une majorité au Parti québécois que s’il démontre sa capacité à offrir un « bon gouvernement ».
Au-delà de la répartition géographique et de la parité, des ingrédients indispensables dans la composition d’un Conseil des ministres, on peut dresser la liste des sept postes qui constituent les clés du succès. Le choix de leurs titulaires sera déterminant.
Dans une récente entrevue, Pauline Marois a dit regretter de ne pas avoir suffisamment recherché la collaboration de l’opposition et a recommandé au nouveau gouvernement St-Pierre Plamondon d’éviter les blocages inutiles. Le prochain leader parlementaire du PQ devra donc connaître le tabac et faire preuve de diplomatie. Joël Arseneau a sans doute les qualités requises. À moins qu’il ne soit le malheureux élu à la présidence de l’Assemblée.
Le retour de Nicolas Marceau aux Finances semble faire consensus. Ses débuts avaient été laborieux en 2012, lorsqu’il avait eu la mauvaise idée de chercher à imposer une hausse d’impôt rétroactive. Il en a sûrement tiré des leçons, mais vouloir revenir au déficit zéro dès l’année 2028-2029 est pour le moins téméraire.
La rumeur destine Stéphane Paquet, ex-p.-d.g. de Montréal International, à l’Économie. Peu importe sa réputation, confier des responsabilités importantes à une recrue comporte toujours des risques. Comme d’autres, l’exemple de Pierre Fitzgibbon a démontré qu’être une vedette du milieu des affaires n’est pas un gage de succès.
Le portefeuille de Santé est un véritable casse-gueule. Pour le ministre qui en hérite, le sens politique constitue souvent un meilleur atout que l’expertise médicale. Qu’il s’agisse d’abolir Santé Québec, de trouver un nouvel emballage à cette société d’État ou de convaincre son chef de reculer sur son engagement, Pascal Bérubé apparaît tout désigné pour le poste. En réalité, ce généraliste pourrait être efficace à bien des endroits — la question est de savoir où il sera le plus utile.
En revanche, une spécialiste comme Julie Guyot, nouvellement élue dans Chambly et dotée d’une longue expérience du milieu de l’enseignement, serait peut-être plus apte à faire déboucher sur des résultats concrets des États généraux sur l’éducation, notamment sur la question de l’école à trois vitesses.
L’ancien président du Conseil du trésor du gouvernement Couillard, Martin Coiteux, pourrait témoigner de la couenne dure qui est nécessaire à l’administration d’une cure d’austérité à l’État. Alain Therrien était l’un de ses plus féroces critiques, mais il semble aussi avoir la carapace requise pour ce rôle.
Et s’il compte toujours nommer un ministre responsable de la préparation du référendum, Paul St-Pierre Plamondon devra le choisir avec grand soin. À l’époque, Jacques Parizeau avait cruellement regretté d’avoir jeté son dévolu sur Richard Le Hir. Non, Pascal Bérubé ne peut pas tout faire.
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