Le Roi du calypso, The Mighty Sparrow, s’est tu à 91 ans
Au jeu des comparaisons, The Mighty Sparrow pourrait être le Gilles Vigneault du calypso, un emblème, l’incarnation musicale de l’âme anglo-caribéenne. Surnommé le Roi du calypso depuis ses débuts au milieu des années 1950, il fut le plus grand ambassadeur musical que Trinité-et-Tobago ait connu, remportant du succès dans sa région, en Europe, en Amérique et même chez nous. L’immense auteur, compositeur et interprète qui fut témoin de la naissance du soca — pour « soul calypso » — est décédé dimanche dernier à New York, entouré de ses proches. Il avait 91 ans.
Auteur de centaines de chansons, le prolifique Sparrow, né Slinger Francisco en 1935, a mis en musique le quotidien des Trinidadiens avec sa plume spirituelle et son humour particulier. Sa discographie, plus d’une cinquantaine d’albums depuis son premier Calypso Carnival 58 (1957), s’écoute comme se lit le récit des développements sociaux et politiques de cette tropicale région du monde.
À la fois chroniqueur et caricaturiste, The Mighty Sparrow était reconnu pour sa voix ferme et mûre, son éloquence et son regard fin et comique, parfois grivois, sur le monde.
Ainsi, son premier grand succès, Jean and Dinah (1956), évoque avec humour la fermeture d’une base de l’armée américaine à Trinité, le désarroi des prostituées forcées au chômage… et la satisfaction du chanteur qui attend que baissent les tarifs ! Succès instantané, la chanson lui permet de remporter pour la première fois le titre de Calypso King (aujourd’hui Calypso Monarch) au carnaval de Trinité, compétition qu’il remportera à sept autres reprises. Jean and Dinah est également sacrée la chanson la plus populaire (Road March) du défilé.
Sur Kennedy&Khrushchev (1963), ce sont les tensions géopolitiques qui inspirent Sparrow. Plus tard, il chantera sur le décès de JFK, sur Martin Luther King, sur la politique trinidadienne, contrebalançant le grave et le sérieux avec la romance. C’est autant le chanteur que le conteur que le public appréciait chez The Mighty Sparrow : apparu au milieu du 19e siècle, le « calypsonian » retient quelque chose de l’héritage ouest-africain, celui des griots ou, plus précisément, des djèli mandingues, gardiens de l’histoire et de la tradition.
Écoutez-le «et vous entendrez notre histoire»
« Pendant des décennies, Sparrow a accompagné la vie de Trinité-et-Tobago en musique. Ses chansons nous ont fait rire, réfléchir et nous ont rendus fiers de ce que nous sommes », a déclaré la première ministre du pays, Kamla Persad Bissessar. « À travers sa musique, son esprit et sa contribution inégalée à la culture, il a porté l’âme et les récits de notre peuple aux quatre coins du monde. »
Son homologue de la Barbade, la première ministre Mia Mottley, a abondé dans ce sens en affirmant que « The Mighty Sparrow fait partie intégrante de notre civilisation caribéenne. Écoutez ses enregistrements et vous entendrez notre histoire. Le calypso a donné une voix au Caribéen ordinaire ; Sparrow l’a portée au monde entier avec un génie incomparable. Né à la Grenade et élevé à Trinité, il nous appartenait à tous. »
Dans les années 1960, la carrière de Sparrow a pris son envol international. Le musicien s’est produit une première fois à Montréal en 1966, et deux fois à la salle Wilfrid-Pelletier, à l’été 1969, dans la foulée de son premier album enregistré avec le compositeur et réalisateur jamaïcain Byron Lee (Sparrow Meets the Dragon, 1968).
Les années 1970 le voient mener sa carrière depuis New York, alors que le compositeur enregistrera des albums pour les étiquettes Warner et Trojan Records au Royaume-Uni. Durant la décennie suivante, l’aura de Sparrow n’a rien perdu de sa superbe alors qu’il s’illustre à nouveau aux compétitions musicales carnavalesques et qu’il embrasse la popularité croissante du soca.
Plus récemment, la légende fut à l’affiche du festival POP Montréal en septembre 2006, invité à se produire au Club Soda. Détenteur d’un doctorat honorifique en lettres de l’University of the West Indies, The Mighty Sparrow était également membre de l’Ordre de la République de Trinité et Tobago (ORTT), et officier de l’Ordre de l’Empire Britannique (OBE).
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