Les règles de (l’IA dans) l’art
En cette saison culturelle où les questions sur l’intelligence artificielle (IA) dans l’art affluent, Le Devoir se tourne vers les institutions qui financent la création et la production des œuvres de notre culture. Le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) et le Conseil des arts du Canada (CAC) utilisent-ils eux-mêmes ces nouveaux outils ? Traquent-ils son usage dans les demandes de bourses ? Et dans les œuvres ?
« L’impact de l’IA sur la création artistique est majeur », reconnaît le CALQ dans son Cadre interne pour une utilisation responsable de l’IA générative.
Apparaît « la possibilité pour les artistes et organismes financés par le CALQ de voir leurs pratiques se transformer radicalement dans les années à venir, à mesure que ces outils s’intègrent dans la chaîne création-production-diffusion ».
Le CAC reconnaît de son côté « que l’utilisation de l’intelligence artificielle est un enjeu en constante évolution qui suscite de nombreuses réflexions, y compris dans le secteur des arts », indique la directrice générale aux programmes de subventions aux arts, Lise Ann Johnson.
Les deux conseils ont adopté des principes fort semblables sur l’usage de l’IA à l’interne. Le CALQ l’a fait dès janvier 2025, le CAC en décembre dernier.
Au CALQ, un comité travaille actuellement à l’élaboration de lignes directrices et d’outils d’autodéclaration pour les organismes et les artistes qui utilisent l’IA — que ce soit pour leurs tâches administratives, en soutien à l’idéation ou lorsque l’IA est au cœur même de la démarche artistique, comme le signale Catherine Orer, directrice des communications. Le tout devrait être déployé d’ici quelques mois.
À l’heure actuelle, le CAC « n’a pas de mécanisme formel visant à dépister l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les œuvres ou les projets soumis dans le cadre de ses subventions, de ses services, de ses prix, de ses initiatives et de ses programmes ».
« Le CAC s’appuie sur la bonne foi des artistes, des organismes, notamment des éditeurs et d’autres parties prenantes », poursuit Mme Johnson. « Les demandes sont évaluées selon les critères et les exigences des programmes en vigueur. »
À l’interne
Et non, les agents du CALQ et du CAC ne demandent pas à l’IA de résumer en quelques lignes les demandes durement remplies par les artistes et compagnies, comme certains le murmurent dans les couloirs des studios de répétition.
« Il est strictement interdit d’utiliser des outils d’IA générative accessibles au public (par exemple, ChatGPT, DeepL, Grammarly, Google Gemini, Microsoft Copilot) pour évaluer, résumer, traduire, analyser et classer les demandes de subvention ou leur attribuer un pointage », lit-on sur le site du CAC.
Pourquoi ? Par respect de la confidentialité et de la protection de la vie privée et pour éviter les risques liés à la perte de propriété intellectuelle.
« L’évaluation par les pairs demeure un processus humain, fondé sur une évaluation effectuée en fonction de critères d’évaluation publiés », écrit le CAC dans ses Lignes directrices sur le recours à l’intelligence artificielle dans les demandes de subvention.
Au CALQ, même barème, même interdiction. On y pose aussi la « primauté de l’expertise humaine » comme premier principe directeur du Cadre interne.
L’IA y est aussi interdite pour toute « intervention dans la prise de décision sur l’allocation des fonds à des demandeurs de financement ».
À la SODEC
Et pour les entreprises culturelles ? « À ce stade, la SODEC n’impose pas de balises particulières concernant l’utilisation de l’IA par les entreprises qu’elle soutient, que ce soit dans leurs activités administratives, de gestion, de création ou de production », répond Johanne Morissette, directrice des communications.
« La SODEC considère que l’IA peut soutenir ces différentes activités, mais les entreprises demeurent responsables de leurs choix technologiques et doivent respecter les lois en vigueur, y compris en matière de droit d’auteur et de protection des renseignements personnels », continue la porte-parole de la SODEC.
Mme Morissette a toutefois confirmé au Devoir que « les décisions liées à l’administration des programmes demeurent sous la responsabilité du personnel de la SODEC et ne sont pas prises de façon automatisée ».
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.