"J'étais un peu plus combatif lorsque j'étais plus jeune" : Gary Oldman et Coppola, un tournage sous tension pour un chef-d'oeuvre sorti il y a 33 ans

Récemment invité dans le podcast "Happy Sad Confused", Gary Oldman a évoqué l'un des rôles les plus forts et mémorables de sa carrière : celui du comte Dracula dans le chef-d'oeuvre de Francis Ford Coppola. Un tournage sous tensions aussi...

Par Olivier Pallaruelo
Immense acteur dont la réputation n'est depuis longtemps plus à faire, modèle absolu pour toute une génération et unanimement respecté par ses pairs, Gary Oldman a incarné de nombreux rôles mémorables, de Sid Vicious à True Romance en passant par JFK, Léon, Hannibal, le commissaire Gordon dans la trilogie du Dark Knight de Nolan, Les Heures sombres et son extraordinaire composition oscarisé sous les traits de Churchill... Pour n'en citer qu'une toute petite poignée.
Inoubliable comte Dracula
Et, bien entendu, le rôle, non moins extraordinaire, de Dracula dans le film de Francis Ford Coppola. Gravement plombé par une série d'échecs cuisants en salle depuis le douloureux tournage de son film Coup de coeur, dont il mettra vingt ans à éponger les dettes, c'est précisément avec ce film que le cinéaste se remettra en selle et remboursera ses créanciers, avec le gros succès du film.
La qualité des effets visuels et trucages, encore réalisés à l'ancienne, à une époque où le tout CGI n'avait pas envahi les écrans. La qualité de l'interprétation d'un casting à l'unisson. Les somptueux costumes signés par l'immense et regrettée Eiko Ishioka, dont le travail fut justement récompensé par un Oscar. Une fabuleuse bande originale signée par le compositeur Wojciech Kilar... Si le mythe increvable du comte vampire, né sous la plume de Bram Stoker, a été revisité plus de 200 fois à l'écran, la version livrée par Coppola est sans doute celle qui est la plus fidèle à l'oeuvre originelle.
"J'ai traversé les océans du temps pour te trouver..."
Invité dans le podcast Happy Sad Confused en 2025, Gary Oldman racontait justement son expérience créative lors du tournage du film Dracula. Il confie ainsi avoir été immédiatement séduit par la dimension romantique du scénario, et plus particulièrement par une réplique emblématique sur le passage du temps.
L'artiste explique avoir ressenti une intuition auditive précise pour la voix du vampire bien avant de pouvoir l'incarner physiquement. Pour atteindre ce registre grave et caverneux, il a suivi un entraînement rigoureux avec un chanteur d'opéra afin de baisser sa tessiture d'une octave. Cette recherche technique illustre son dévouement à transformer sa propre nature pour donner vie aux différentes facettes de ce monstre légendaire.
"Je me souviens exactement où j'étais quand j'ai lu le scénario : j'étais dans ma caravane pendant une pause déjeuner sur le tournage de JFK, et j'allais lire le script puis passer l'audition pour Francis [Ford Coppola]. Ce dont je me souviens le plus nettement, c'est : "J'ai traversé les océans du temps pour te trouver". Je me suis dit : mon Dieu, j'aimerais vraiment dire cette ligne... n'aimerais-tu pas dire ça à quelqu'un ?[...]
"J'avais un instinct, je pouvais entendre la voix [de Dracula dans ma tête], mais je ne pouvais pas encore la reproduire physiquement. J'ai entendu cette voix, puis je suis parti travailler dessus pour essayer d'obtenir le son que j'entendais dans ma tête. J'ai travaillé très longtemps avec un chanteur d'opéra sur le son pour réussir à baisser ma voix de près d'une octave" confesse Oldman, qui ajoute que, les années passant, il n'est désormais plus capable de reproduire cette voix aujourd'hui.
Columbia Pictures
"Avec l’âge, on apprend que la vie est trop courte"
Dans une intervention plus récente dans le podcast du même nom (c'est dire s'il est bon client !), enregistré d'ailleurs en marge du TIFF, le fameux festival international du film de Toronto, Gary Oldman est cette fois-ci revenu sur les parfois vives tensions entre lui et Coppola sur le tournage du film. Des propos parfaitement complémentaires d'ailleurs aux premiers.
Il admet ainsi avoir accepté le projet uniquement pour l'opportunité de collaborer avec ce cinéaste de renom. En repensant aux images des coulisses, il confie qu'il n'en est "pas très fier" des tensions qu'il y a eu entre lui et Coppola. Malgré ces frictions, il estime avec le recul que ce fut globalement une bonne expérience.
"Jouer le rôle de Dracula ne figurait pas sur ma liste de choses à faire avant de mourir, et cela ne m'avait jamais traversé l'esprit" commente l'acteur. [...] "J'adorais sa façon de diriger, car il te parlait tout au long de la prise comme si tu tournais un film muet. Il disait : "Tu l'aimes, tu n'as jamais aimé une femme comme ça, embrasse-la", pendant que la caméra tournait. Il disait : "OK, c'était bien, maintenant refais-le !"
Il faut savoir s'adapter au style de chaque réalisateur. La plupart des réalisateurs vous engagent en comptant sur vous pour faire votre travail ; sur un tournage de Christopher Nolan, par exemple, il vous engage en sachant que vous ferez vos devoirs, que vous connaîtrez votre texte et que vous serez prêt. Mais ils sont tous différents, et il faut vraiment trouver une façon de travailler avec eux, sinon cela risque de rendre la vie de tout le monde insupportable".
Et d'achever sa démonstration sur ces mots, avec le recul et le privilège de l'âge : "J’étais un peu plus combatif quand j’étais plus jeune, mais avec l’âge, on apprend que la vie est trop courte. On peut toujours se battre et s’investir dans son travail, mais il faut savoir s’entendre".
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.