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Thursday, October 15, 2026

Vu d'Europe : l'Espagne ouvre un cycle électoral aux enjeux décisifs pour l'équilibre politique de l'Union européenne

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Les Espagnols ne sont pas les seuls à avoir suivi attentivement l'annonce par Pedro Sánchez de la tenue d'élections anticipées le 29 novembre prochain. Partout en Europe, les regards se tournent désormais vers la péninsule ibérique, tant l'issue de ce scrutin pourrait peser sur les équilibres politiques au sein de l'Union européenne.

Actuellement, le gouvernement de Sánchez fait partie de l'infime minorité de gouvernements progressistes au sein de l'UE, aux côtés du Danemark. Si Alberto Núñez Feijóo, le chef du Parti populaire, accède à la Moncloa (la résidence officielle du Président du gouvernement espagnol, NDLR), comme le prédisent les sondages, il rejoindrait le cercle des dirigeants de droite traditionnelle déjà en poste en Europe : Luís Montenegro au Portugal, Friedrich Merz en Allemagne, Donald Tusk en Pologne ou Kyriakos Mitsotakis en Grèce. Tous appartiennent au Parti populaire européen (PPE), première force politique au Parlement européen.

L'annonce d'élections anticipées en Espagne a donc donné le coup d'envoi d'une série de scrutins nationaux qui détermineront l'orientation que prendra l'Europe dans les années à venir : en 2027, les électeurs seront notamment appelés aux urnes en France, en Grèce, en Pologne et en Italie. En France, la candidate d'extrême droite Marine Le Pen pourrait devenir la nouvelle Présidente de la république de l'un des pays fondateurs de l'Union européenne. 

La victoire électorale de Feijóo pourrait s'accompagner, quant à elle, de l'entrée du parti d'extrême droite Vox au gouvernement. L'Espagne deviendrait alors le quatrième État européen à être gouverné par une coalition réunissant partis conservateurs et d'extrême droite, à l'image de l'Italie de Giorgia Meloni, de la Finlande de Petteri Orpo et de la Croatie d'Andrej Plenkovic. 

L'Espagne, la note discordante.

Bien qu'une série de scandales de corruption ait ébranlé les deux mandats de Pedro Sánchez, le rôle de ce dernier à l'échelle européenne et son rayonnement international ont été tout autres. À Bruxelles, le dirigeant du PSOE s'est imposé comme un acteur de premier plan dans des dossiers tels que la reconnaissance de l'État palestinien ou la lutte contre les "oligarques de la tech".

Son refus de céder aux exigences des États-Unis, qui réclament une augmentation des dépenses de défense à hauteur de 5 % du PIB, ses bonnes relations avec la Chine et ses critiques à l'égard du gouvernement israélien de Benjamín Netanyahou — allant jusqu'à dénoncer un génocide — lui ont valu à plusieurs reprises le courroux du président Donald Trump. "L'Espagne est un problème", a affirmé le locataire de la Maison Blanche à l'issue du sommet de l'OTAN à Ankara. C'est en se démarquant ainsi du président américain que Sánchez a consolidé son leadership en Europe. 

Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, arrive au sommet de l'UE, au siège de l'Union européenne à Bruxelles. © NICOLAS TUCAT / AFP

Sous sa présidence, l'Espagne a fait figure d'exception en matière de politique migratoire sur le continent. Au début du mois, le Conseil des ministres de l'Intérieur de l'UE a voté en faveur du règlement relatif aux retours, qui permettra la création de centres pour migrants dans des pays tiers et l'accélération des expulsions. Le ministre de l'Intérieur espagnol, Fernando Grande-Marlaska, a été le seul parmi les représentants des Vingt-Sept à voter contre ce texte. 

Chute de la social-démocratie européenne

Actuellement, sur les 27 chefs d'État et de gouvernement qui composent le Conseil Européen, dix font partie du Parti populaire européen (PPE). Seuls Sánchez, la Première ministre danoise Mette Frederiksen et le Maltais Robert Abela sont membres du groupe de l'Alliance progressiste des Socialistes et Démocrates (APSD). Les autres dirigeants appartiennent soit au groupe des Conservateurs et Réformistes européens, auquel est affiliée la dirigeante d'extrême droite italienne Giorgia Meloni, soit au groupe centriste et socio-libéral Renew Europe, dont fait partie le Président français Emmanuel Macron.

En cas de défaite électorale de Sánchez, Frederiksen et Abela deviendraient les deux seuls dirigeants sociaux-démocrates parmi les Vingt-Sept, ce qui confirmerait la prédominance de la droite démocrate-chrétienne au sein du Conseil européen et le recul des courants de centre-gauche. Sur la question migratoire, Frederiksen est toutefois plus proche de Meloni que de Sánchez : elle fustige régulièrement l'"immigration incontrôlée" et réclame la création de centres de rapatriement dans des pays tiers.

Le Parti Social-démocrate Suédois (SAP) est arrivé en tête des suffrages dans le pays en septembre, mais ce résultat n'est qu'un leurre et ne fait que confirmer le déclin de la social-démocratie européenne. Le SAP a enregistré son pire résultat depuis un siècle et, à ce jour, n'est pas parvenu à former une coalition avec les autres forces politiques. 

Marine Le Pen, dirigeante du Rassemblement National, à l'issue d'un débat sur les élections présidentielles françaises de 2027. © Telmo Pinto / Getty

Nouvelles élections à l'horizon

En avril 2027, les Français seront donc appelés aux urnes pour élire leur nouveau Président de la République. Emmanuel Macron ne pouvant pas briguer un nouveau mandat, les sondages placent la dirigeante du Rassemblement National Marine Le Pen en position favorable. Celle-ci pourrait finalement se présenter à l'élection présidentielle, malgré sa condamnation pour détournement de fonds du Parlement européen. Face à elle, au second tour, son adversaire potentiel pourrait être le candidat de gauche Jean-Luc Mélenchon, du parti La France Insoumise. Ce duel entre l'extrême droite et la gauche radicale illustrerait la perte de crédibilité des partis traditionnels dans les démocraties européennes. 

À la fin de l'année 2027, les électeurs italiens seront également appelés à voter, et Giorgia Meloni défendra son poste, qu'elle occupe depuis cinq ans. Les sondages la placent pour l'heure en tête des intentions de vote, avec près de 27 % des suffrages. Une nouvelle force politique a toutefois émergé dans le pays : encore plus radicale que Fratelli d'Italia, le parti de la Première ministre, elle pourrait perturber la campagne électorale et contraindre le gouvernement à durcir son discours sur l'immigration afin d'éviter une fuite des voix. Futuro Nazionale, dirigé par l'ex-général Roberto Vannacci, frôle déjà les 8 % d'intentions de vote.

En Grèce, où les élections auront lieu en été, le parti de centre-droit Nouvelle Démocratie, dirigé par le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis, reste aujourd'hui en tête des intentions de vote. Il serait cependant loin d'obtenir la majorité absolue et aurait besoin du soutien d'autres partis pour former un gouvernement. En 2023, Mitsotakis avait catégoriquement exclu toute alliance avec une formation située à la droite de Nouvelle Démocratie, écartant ainsi d'emblée les ultranationalistes et les orthodoxes du parti Solution grecque. 

La Slovaquie, la Slovénie et la Pologne organiseront aussi des élections législatives à l'automne prochain. Les partis de gauche auraient peu de chances de les remporter. En Pologne, le gouvernement du libéral-conservateur Donald Tusk affrontera les conservateurs euro-sceptiques de Droit et Justice (PiS), qui s'opposent aux décisions de Bruxelles.

Bien qu'aucune élection législative fédérale ne soit prévue en Allemagne, plusieurs scrutins cruciaux auront lieu dans différents Länder, où l'extrême droite de l'AFD ne cesse de gagner du terrain. La progression de ce parti, qui a remporté de manière écrasante les élections en Saxe-Anhalt en septembre dernier, fragilise encore plus le gouvernement de Friedrich Merz, issu de la CDU. En Allemagne, les Länder disposent de pouvoirs importants, et leurs dirigeants peuvent participer aux réunions au niveau fédéral.

Un article rédigé par Alex Mateos (RTVE), publié initialement le 6 octobre 2026, à 07h13. 

Sur le même sujet : crise du logement en Espagne et décès du visage de la contestation (JT)

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