Accord sur le diesel entre Trump et Poutine : un coup de poignard dans le dos de l’UE et de l’Ukraine ?

L’Europe à l’épreuve : Trump guidé par ses intérêts électoraux
Une fois de plus, Donald Trump tourne le dos aux Ukrainiens pour servir ses intérêts. C’est un nouveau coup dur pour les Européens, mais sans doute "pas un coup décisif", nuance Federico Santopinto : "Cette initiative n’est pas en mesure de changer véritablement les équilibres du conflit entre la Russie et l’Ukraine". L’impact de cette décision sur les prix et sur le rapport de force militaire devrait rester limité, selon le directeur de recherche à l’IRIS, en charge du Programme Europe, stratégie et sécurité.
L’accord conclu s’inscrit avant tout dans une logique électorale. L’objectif est de permettre au président américain de valoriser son action auprès des électeurs ou dit autrement, de faire ce qu’il fait le mieux : "de la propagande", avance le spécialiste des questions européennes.
Vladimir Poutine et Donald Trump ont conclu un accord sur la livraison de diesel russe aux États-Unis. Un énième coup de propagande pour le président américain, qui avait déjà rencontré son homologue russe en août 2025 en Alaska. © Kremlin Press Office/Anadolu via Getty Images
Voix dissonantes : Washington ne parle pas d’un seul ton
Renseignement, communications : les fragilités de l’autonomie ukrainienne
Depuis plus d’un an, les États-Unis n’aident plus financièrement l’Ukraine. Les Européens apportent aujourd’hui une grande partie de l’aide militaire à Kiev, mais les Ukrainiens restent très dépendants de certaines capacités américaines.
D’abord, les Européens se fournissent en matériel auprès des Américains. "Les Américains sont toujours disposés à vendre des armes à partir du moment où les Européens les achètent".
Plus directement, "ils dépendent encore beaucoup du renseignement qui vient des États-Unis, qui est très important, notamment en matière de ciblage", insiste l’invité du Monde en direct. Il évoque aussi l’intelligence fournie par les systèmes d’ISR américains (renseignement, surveillance et reconnaissance) sur lesquels reposent les opérations militaires.
Autre point de vulnérabilité : le réseau de communication Starlink, géré par Elon Musk, qui constitue également un outil important pour les forces ukrainiennes. Federico Santopinto reconnaît cependant que Musk, sur ce point-là, "doit se montrer fiable, parce que s’il veut que d’autres pays achètent son réseau, on doit avoir la certitude qu’il n’est pas coupé lorsque Donald Trump ou Elon Musk lui-même change d’humeur".
Une Europe affaiblie, mais qui a toujours un rôle à jouer

Prise en étau entre une Amérique versatile et une Russie de plus en plus hostile (ses attaques hybrides sur le sol européen se font de moins en moins discrètes), l’Europe apparaît fragilisée. Le directeur de recherche à l’IRIS ne le nie pas : "Elle n’est certainement pas plus forte qu’il y a quelques mois". Mais sans le soutien européen "l’Ukraine aurait probablement cédé, parce qu’elle n’avait pas les moyens financiers et structurels pour faire face au conflit".
À l’horizon 2027, les élections majeures prévues en France, en Pologne, en Italie et en Espagne vont-elles ébranler l’unité européenne face au conflit en Ukraine ? "Il faudra voir si des partis populistes, qui ont une politique beaucoup plus conciliante avec la Russie, n’auront pas plus d’influence et ne pourront pas infléchir les politiques de l’Union européenne", avertit Federico Santopinto. C’est à cette échéance, selon lui, que se jouera véritablement l’avenir de la position européenne dans le conflit.
Des sanctions "indispensables" envers la Russie
L’Union européenne vient d’adopter un nouveau paquet de sanctions à l’égard de la Russie. Une mesure "indispensable", juge Federico Santopinto, tout en reconnaissant ses limites : "La Russie est capable de vivre avec les sanctions européennes". La puissance économique européenne s’est amoindrie, et ces sanctions ont "un côté symbolique", mais elles n’en demeurent pas moins "très importantes et quelque part inévitables", conclut-il.
► Écoutez ci-dessus l’intégralité de cette interview dans le podcast du Monde en direct.
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