À quelques heures du vote, les chefs lancent leur dernier plaidoyer
Au terme de 39 jours de campagne, trois débats des chefs et d’innombrables promesses, les électeurs sont appelés à se rendre aux urnes lundi pour choisir qui dirigera le Québec au cours des prochaines années. Dimanche, les chefs des cinq principaux partis ont effectué leurs derniers arrêts de campagne pour lancer leur ultime appel aux indécis.
« Demain, ce sera un mélange de fébrilité, parce que oui, l’histoire se fait, peu importe [le résultat]. C’est certain que ce sera un moment historique », affirmait dimanche le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, se disant à la fois « fébrile » et « serein ».
À quelques heures du jour J, les sondages plaçaient encore le Parti québécois (PQ) en tête des intentions de vote. Le paysage politique reste toutefois si fragmenté entre les cinq partis qu’il était impossible de prédire si le futur gouvernement serait minoritaire ou majoritaire.
Selon le dernier sondage Léger, le PQ domine toujours les intentions de vote avec 29 %, suivi du Parti libéral du Québec (25 %), du Parti conservateur du Québec (20 %), de la CAQ (14 %) et de Québec solidaire (10 %). Les autres firmes de sondage mesuraient à peu près toutes la même tendance globale.
Bien résolu à décrocher une majorité lundi soir, le chef péquiste a consacré ses dernières heures de campagne à Montréal et à Laval. La caravane péquiste s’est arrêtée dans trois circonscriptions montréalaises détenues par Québec solidaire (QS) — Hochelaga-Maisonneuve, Rosemont et Maurice-Richard —, où la lutte s’annonce particulièrement serrée.
À la veille du vote, le PQ était au coude-à-coude avec certains de ses adversaires dans 16 des 18 circonscriptions pivots répertoriées par l’agrégateur Qc125.
PSPP a ainsi lancé son ultime plaidoyer aux indécis dimanche, martelant qu’il ne pourrait pas mener à bien son programme avec les contraintes d’un gouvernement minoritaire. « C’est pas mal la seule certitude : c’est que ça va être serré. Je pense que chaque geste, chaque vote peut faire une différence », a-t-il soutenu.
Même s’il a été au sommet des sondages tout le long de la campagne, le chef péquiste n’a pas voulu faire de post-mortem de sa campagne, contrairement aux autres chefs.
Des reculs et des erreurs
La cheffe caquiste, Christine Fréchette, pour qui les sondages sont particulièrement difficiles, s’est avouée inquiète pour l’avenir de la « troisième voie », qu’elle voit comme un « héritage crucial » de sa formation.
« Je pense qu’on était mûrs pour [sortir du débat souverainiste / fédéraliste] et ça m’inquiète de voir qu’on pourrait revenir à cette situation-là, où on est pris dans ce carcan-là », a-t-elle déclaré dimanche depuis Shawinigan.
En raison du mode de scrutin actuel, la CAQ pourrait être complètement rayée de la carte lundi soir.
Christine Fréchette admet avoir commis quelques erreurs au fil des 39 derniers jours. Elle dit notamment regretter de ne pas avoir parlé plus tôt des impacts immédiats de la promesse référendaire du PQ, et de ne pas avoir suffisamment mis de l’avant l’expérience économique au sein de son équipe.
Elle s’est malgré tout dite « fière » de son bilan, comme première ministre et comme cheffe, et « impatiente » de connaître le sort que lui réserveront les électeurs, lundi.
La CAQ n’est pas la seule formation qui pourrait voir son nombre de sièges reculer. Selon les projections électorales, Québec solidaire (QS) pourrait voir sa députation passer de 11 à 7 ou 8 députés.
La co-porte-parole Ruba Ghazal s’est tout de même dite « très fière » de sa campagne « positive », dimanche. Si le caucus solidaire devait diminuer, il s’agirait du premier recul pour la formation politique depuis l’élection de son tout premier député à l’Assemblée nationale, en 2008.
La menace référendaire jusqu’à la fin
Le chef libéral Charles Milliard aura multiplié les attaques contre le chef du PQ jusqu’au tout dernier jour de la campagne, martelant que le scrutin de lundi constituait une élection référendaire. Paul St-Pierre Plamondon « a beaucoup de qualités, mais il n’a pas d’expérience en économie, ni en santé, ni en éducation », affirmait-il aussi dimanche devant des militants en Beauce.
Les Beaucerons, à l’instar des Québécois, ont besoin de quelqu’un qui sait « gérer » à la tête du gouvernement, a-t-il affirmé.
Bien qu’il ait peu réussi à faire progresser ses appuis auprès de l’électorat francophone durant la campagne, Charles Milliard s’est malgré tout dit serein face au travail accompli, affirmant avoir parlé « avec ses tripes » de ce qu’il souhaite réaliser pour le Québec.
Un vent conservateur
Le chef conservateur, Éric Duhaime, s’est quant à lui dit « serein » et « confiant » au dernier jour de ce « long marathon ». Sa formation, qui recueille environ 20 % des intentions de vote, pourrait faire élire une quinzaine, voire presque une vingtaine de députés, selon les projections électorales actuelles.
Un bilan inespéré pour Éric Duhaime qui rêvait, au départ, d’amener une députation de 12 personnes à l’Assemblée nationale. Lors du scrutin de 2022, il avait lui-même échoué à se faire élire, tout comme l’ensemble de ses candidats.
Éric Duhaime espère maintenant que les projections se matérialiseront. « La seule chose [qu’il reste à faire], c’est de s’assurer que les gens aillent voter », a réitéré le chef conservateur dimanche. « C’est important que les Québécois aillent voter pour une élection extraordinairement importante. Il faut que le taux de participation soit élevé », a-t-il dit depuis Québec.
Les bureaux de vote seront ouverts de 9 h 30 à 20 h ce lundi. Près du quart des électeurs ont déjà fait leur choix lors des deux journées de vote par anticipation, soit un peu plus de 1,5 million de personnes.
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