Les partis presque muets à propos des éoliennes
Le Québec s’affaire actuellement à tripler la production d’énergie éolienne en investissant plus de 30 milliards de dollars en une décennie. Et pourtant, cet enjeu brille par son absence dans la campagne électorale.
Les cinq principaux partis ont très peu parlé de leurs intentions quant à la filière éolienne, sinon pas du tout. Même si ce gigantesque chantier de 10 000 mégawatts est en train de transformer le Québec.
Le Parti québécois (PQ), par exemple, n’emploie pas une seule fois le mot « éolien » dans son plan en environnement de 60 pages, publié en août, qui traite pourtant abondamment d’énergie et de décarbonation.
L’enjeu éolien est divisif. Dans certaines régions, la population et les élus soutiennent vivement l’ajout d’éoliennes. Et des analystes disent que cette énergie est essentielle pour remplacer le pétrole. Mais on observe aussi de l’opposition aux turbines, notamment de la part d’agriculteurs et de défenseurs de la nature, qui veulent protéger l’intégrité du territoire.
Pour y voir plus clair, Le Devoir a interrogé les principaux partis. Si vous formez le gouvernement, allez-vous changer des aspects de la stratégie éolienne d’Hydro-Québec ? Si oui, lesquels ?
La Coalition avenir Québec (CAQ) ne prévoit pas de changement de cap. « Le Québec a besoin de plus d’électricité pour répondre à la demande, décarboner son économie et renforcer son autonomie énergétique », répond le parti.
Sous la gouverne caquiste, Hydro-Québec a été saisie des grands projets éoliens de 1000 mégawatts et plus. Des ententes ont été signées avec des Premières Nations. Et des travaux ont débuté dans des « zones structurantes » où on bâtira des centaines de turbines.
Le Parti libéral se dit « favorable » à la stratégie éolienne. « Contrairement à la CAQ, nuance-t-il, nous serons présents sur le terrain, aux côtés d’Hydro-Québec, pour écouter les communautés, mieux comprendre leurs préoccupations et adapter les projets aux réalités locales afin d’en assurer l’acceptabilité sociale. »
De son côté, le Parti conservateur priorise l’hydroélectricité et le gaz naturel pour que le Québec devienne « une superpuissance énergétique ». « L’éolien a sa place, mais les projets doivent respecter l’acceptabilité sociale locale », précise le parti.
Chez Québec solidaire (QS), on confirmait vendredi dernier, dans le plan énergétique de la formation, la promesse de confier un mandat générique sur le secteur éolien au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).
Dans un courriel au Devoir, QS explique que « nous devons absolument revoir les besoins en énergie avant de développer de nouvelles capacités de production ». Le parti précise qu’il suspendrait les projets éoliens « à l’étude » et « en planification » le temps de réaliser la révision des besoins énergétiques.
Le PQ, pour sa part, a décidé de ne pas donner suite à nos questions. Une attachée de presse l’a confirmé au Devoir mercredi.
Notons que le parti de Paul St-Pierre Plamondon, qui mène dans les intentions de vote, indique dans sa plateforme environnementale que le Québec devra « produire plus d’énergie ».
Il met toutefois davantage l’accent sur la sobriété et l’efficacité énergétiques. Le Québec doit faire de l’économie d’énergie sa « prochaine Baie-James », dit le PQ.
Pas de « vision de l’avenir »
Si les partis sont aussi avares de promesses sur les éoliennes, c’est notamment parce que ce chantier colossal et multirégional est entre les mains d’Hydro-Québec.
Cela dit, il est « désolant » que les partis n’aient rien de plus à proposer pour la transition énergétique, croit Normand Mousseau, le directeur scientifique de l’Institut de l’énergie Trottier à Polytechnique Montréal.
« Le problème, dit-il, c’est qu’à part sur la question de la souveraineté, aucun parti ne nous présente une vision de l’avenir du Québec. Comment on va se transformer ? Comment on va avancer dans un monde qui s’électrifie rapidement ? »
Quant à la révision des besoins en énergie proposée par les solidaires, M. Mousseau — qui a été coprésident de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec de 2013-2014 — rappelle que « cela a déjà été fait ».
« Ces besoins sont réels. On le voit bien : Hydro-Québec doit refuser d’accorder de nouveaux accès électriques sur une base quotidienne. Et on a des enjeux avec la sécheresse [et les réservoirs hydroélectriques] aussi. On a besoin d’avoir une source d’énergie plus diversifiée », dit M. Mousseau.
Pour piloter la transition énergétique des 25 prochaines années, le gouvernement de François Legault avait amorcé, en 2025, l’élaboration d’un premier Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques du Québec (PGIRE).
Ce plan, publié le 30 juin dernier, ne jouit toutefois pas d’une grande estime parmi les gens du secteur de l’énergie. Plusieurs trouvent l’exercice bâclé. Tant le PQ que QS en promettent une révision substantielle.
Soulignons que la grande majorité des projets éoliens élaborés au Québec serviront à alimenter le réseau national. En théorie, ils bénéficient donc à toute la population québécoise.
Deux projets sur la table servent toutefois des intérêts privés : celui de TES Canada, en Mauricie, destiné à alimenter une usine d’hydrogène, et celui de Kino Aski (Marinvest), voué à liquéfier du gaz naturel sur la Côte-Nord. Ces projets sont davantage critiqués.
Contrairement aux éoliennes, l’entente sur le complexe hydroélectrique de Churchill Falls, conclue en août, est au cœur de la joute électorale. Christine Fréchette prétend que l’avenir de cet accord dépend de sa réélection.
Rappelons que, même si le Québec dispose de riches atouts hydroélectriques, 52 % de l’énergie qu’il consomme provient des combustibles fossiles, notamment à cause des transports.
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