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Tuesday, October 20, 2026

Présidentielle au Brésil: «Le vote en faveur de Flavio Bolsonaro est davantage un vote anti-Lula qu'un vote d'adhésion»

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À quelques jours du second tour de l'élection présidentielle brésilienne, prévu dimanche 25 octobre, la campagne est marquée par l'effort du président Lula de Silva pour rattraper son retard par rapport à son rival, le sénateur Flavio Bolsonaro qui, lui, tente de conserver son avantage. Les deux candidats enchaînent les meetings de campagne. Pour le politologue et spécialiste des élections Lucas Gelape, la mobilisation des militants dans la rue et sur les réseaux sociaux pourrait peser sur le résultat. Mais Lula doit encore convaincre un électorat qui s'interroge davantage sur son avenir que sur le bilan de son gouvernement.

RFI : La dernière semaine de campagne est lancée. Que peuvent encore faire les deux candidats pour convaincre les électeurs ?

Lucas Gelape : C'est une semaine absolument décisive pour le résultat final. Il reste très peu d'électeurs susceptibles de changer leur vote. Il y a ceux qui ne sont pas allés voter au premier tour, ceux qui ont voté blanc ou nul et qui pourraient cette fois choisir un candidat, ainsi que, dans une moindre mesure, ceux qui pourraient modifier leur choix. C'est le grand mystère de cette élection, pour les analystes comme pour les équipes de campagne : qu'est-ce qui pourrait encore faire changer d'avis ces électeurs, alors que la compétition est si serrée et que les opinions semblent déjà largement consolidées ?

Flavio Bolsonaro mise sur trois thèmes. D'abord, la sécurité publique, une préoccupation de plus en plus importante pour les Brésiliens dans de nombreuses régions du pays. Il cherche à apparaître comme l'homme à poigne capable de résoudre ce problème, à l'image de certains dirigeants d'Amérique latine.

Le deuxième thème est le coût de la vie. Flavio Bolsonaro en parle beaucoup et tente d'en faire un axe central de sa campagne. Enfin, il se présente plus généralement comme le candidat du changement. Il répète que les Brésiliens sont lassés de voir toujours les mêmes dirigeants au pouvoir. Lors du débat du 18 octobre, il a dit que le PT (Parti des travailleurs) gouvernait pendant 20 ans. Bon, cela ne correspond pas exactement à la réalité, mais Flavio Bolsonaro cherche à exploiter cette idée.

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Et face à Flavio Bolsonaro, quelle est la stratégie de Lula ?

L'équipe de Lula, elle, tente avant tout de susciter la crainte d'un retour de la famille Bolsonaro au pouvoir. Elle insiste notamment sur la corruption, ce qui est assez surprenant puisque le camp adverse utilise lui aussi cet argument. Lula met également en avant la protection sociale. Son gouvernement a fait adopter une réforme constitutionnelle qui améliore les droits des travailleurs, en réduisant le temps de travail. Il affirme qu'un nouveau gouvernement Bolsonaro risquerait de réduire les droits sociaux.

Tout l'enjeu est donc de savoir ce qui pèsera le plus dans l'esprit des électeurs : l'envie de changement incarnée par les Bolsonaro ou la crainte d'un retour de cette famille au pouvoir, sur laquelle mise Lula. Personne ne sait quel argument l'emportera. Je pense que les deux forces sont à peu près équivalentes. C'est pourquoi cette élection s'annonce aussi serrée que le laissent entendre les sondages.

Il reste donc très peu d'électeurs indécis ?

Oui. Je ne connais pas le chiffre exact, mais les votes sont très solidement ancrés. Presque tous ceux qui déclarent vouloir voter pour Flavio Bolsonaro semblent avoir arrêté leur choix, et il en va de même pour les électeurs de Lula. Il reste quelques personnes qui pourraient changer d'avis, ainsi que des électeurs qui pourraient se rendre aux urnes alors qu'ils ne l'avaient pas fait au premier tour. La question est de savoir s'ils iront effectivement voter.

Il faut savoir qu'au Brésil, le vote est obligatoire, mais les conséquences d'une abstention sont limitées. Il faut payer une petite amende. Pour quelqu'un qui est fatigué ou qui travaille le jour du scrutin, ne pas voter n'est donc pas nécessairement un problème majeur. Le caractère obligatoire du vote ne change pas grand-chose pour ceux qui n'ont déjà pas envie de se déplacer.

En nombre absolu, cela représente tout de même plusieurs millions de personnes, car l'électorat brésilien est immense. Mais cela reste une minorité, et ces électeurs constituent le Saint Graal de cette élection : que veulent-ils, et vers quel candidat vont-ils se tourner ?

On observe une mobilisation impressionnante du côté du PT. Des manifestations ont eu lieu dans de nombreuses villes ce week-end. On a l'impression que les militants se sont réveillés et se sont dit : « Allons-y, il faut se mobiliser ! » Cela peut-il faire une différence ?

Oui, je pense que cela peut jouer un rôle. En science politique, on considère que la mobilisation est importante pour deux raisons principales. La première consiste à montrer sa force, montrer que l'on dispose d'une base militante importante. C'est essentiel, surtout à ce stade de la campagne. Et ce n'est pas un hasard si, face aux rassemblements du PT, Flavio Bolsonaro mobilise lui aussi ses soutiens pour montrer qu'il reste puissant. Une grande manifestation a eu lieu dimanche à São Paulo.

La deuxième fonction de la mobilisation est de renforcer l'engagement des personnes qui vous soutiennent déjà. Lorsqu'elles sont motivées, elles peuvent convaincre d'autres électeurs.

Il y a enfin un troisième élément, qui me semble particulièrement nouveau du côté du PT cette année : la mobilisation sur les réseaux sociaux. C'est traditionnellement un terrain sur lequel le camp bolsonariste est beaucoup plus à l'aise et exerce une influence importante.

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Comment expliquer les difficultés de Lula face à Flavio Bolsonaro ? C'est parce qu'il fait face à un vote de rejet massif ?

Il faut distinguer deux choses. Plusieurs sondages réalisés pendant le premier tour ont montré que le vote pour Flavio Bolsonaro était davantage un vote anti-Lula qu'un vote d'adhésion à Flavio Bolsonaro. Ce dernier n'est pas un candidat qui suscite un enthousiasme particulier chez les électeurs de droite. Il est le fils de son père, ce qui n'est pas forcément un avantage. Il a également été associé à plusieurs soupçons de corruption au fil des années. Il n'est donc pas, à l'origine, le candidat qui mobilise le plus naturellement l'électorat de droite. Le vote en sa faveur relève davantage du rejet de Lula et du PT que d'un véritable soutien à sa personne.

Bien sûr, au cours de la campagne, Flavio Bolsonaro a réussi à construire progressivement sa propre identité politique auprès des électeurs. Cela a peut-être fait évoluer la situation par rapport aux sondages du premier tour. Mais les difficultés de Lula ne s'expliquent pas uniquement par l'antipétisme, c'est-à-dire le rejet du PT. Elles tiennent aussi à certains choix stratégiques de Lula et de son équipe de campagne, qui, à mon sens, ont parfois fait de mauvais paris.

Lula a notamment choisi de miser sur son bilan. Son raisonnement était le suivant : regarder tout ce que j'ai fait pour le Brésil et considérer que je mérite, pour cette raison, un quatrième mandat. Mais les électeurs lui ont envoyé un message assez clair : son bilan est certes important, mais ils se préoccupent davantage de leur avenir que de son passé.

La sécurité et le coût de la vie, sur lesquels Flavio Bolsonaro insiste beaucoup, sont des préoccupations réelles pour les Brésiliens. Le coût de la vie a fortement augmenté ces dernières années.

Oui, ce sont deux préoccupations très concrètes. Sur le plan économique, les politologues et les économistes débattent d'un phénomène que l'on observe dans plusieurs pays du monde. Le Brésil affiche pourtant de bons indicateurs macroéconomiques : le chômage est à son niveau le plus bas depuis le début des séries statistiques, et l'économie a renoué avec la croissance, même si celle-ci reste modérée. Elle progresse davantage que durant les 10 ou 15 dernières années.

En principe, de tels indicateurs devraient favoriser la réélection du président en exercice. Pourtant, une partie de la population reste insatisfaite. Comment l'expliquer ?

Plusieurs hypothèses existent. L'une concerne la qualité de l'emploi. Au Brésil, on parle de pejotização pour désigner notamment des situations dans lesquelles des travailleurs exercent sous un statut de prestataire indépendant, avec moins de garanties en matière de droits sociaux et de droit du travail. Cela peut se traduire par des rémunérations plus faibles et des emplois de moindre qualité. C'est peut-être l'une des raisons du mécontentement.

Nous subissons aussi encore les conséquences de la pandémie. Les prix alimentaires ont fortement augmenté à cette période et continuent de progresser. Lors du débat de dimanche dernier, Lula a rappelé que l'inflation alimentaire était moins élevée sous son gouvernement que sous celui de Jair Bolsonaro. Mais elle reste élevée : concrètement, les aliments continuent de coûter plus cher. Les salaires n'augmentent pas autant que les prix alimentaires, et cela nourrit l'insatisfaction.

En 2022, l'une des grandes promesses de Lula était de permettre aux Brésiliens de retrouver un niveau de vie meilleur, symbolisé par la bière et la picanha (une pièce de bœuf très appréciée au Brésil, NDLR). Aujourd'hui, certains lui reprochent de ne pas avoir tenu cette promesse : ils disent que la picanha n'est jamais arrivée. Sur le prix de l'alimentation, Lula n'a donc pas réussi à répondre pleinement aux attentes.

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Et sur la sécurité ?

Depuis au moins un an, les électeurs de plusieurs régions du Brésil expriment de fortes inquiétudes à ce sujet. En 2025, le gouvernement Lula avait commencé à regagner en popularité, même si cette progression restait limitée. Puis, une opération policière très meurtrière, menée à Rio de Janeiro à la fin du mois d'octobre ou au début du mois de novembre, a provoqué un choc dans l'opinion. Cette opération a stoppé la remontée de popularité du gouvernement et remis la sécurité au centre du débat public.

C'est un sujet sur lequel les gouvernements du PT n'ont jamais vraiment réussi à convaincre. Plus largement, la sécurité est devenue un enjeu très sensible dans toute l'Amérique latine. Ce n'est pas un hasard si Flavio Bolsonaro cherche à s'associer à l'image de dirigeants qui incarnent une politique sécuritaire de fermeté. Il peut toutefois difficilement appliquer au Brésil certaines mesures mises en œuvre ailleurs, en raison des limites constitutionnelles qui existent dans le pays.

Lors des manifestations des deux camps, on entend beaucoup d'insultes ou de slogans qui visent à discréditer l'adversaire. Dimanche, dans un rassemblement du PT à Belo Horizonte, certains scandaient que Flavio Bolsonaro devait aller en prison. Du côté des bolsonaristes, on entend des slogans similaires contre Lula. Que révèle cette hostilité ? Les deux camps sont-ils devenus incapables de cohabiter au sein de la société brésilienne ?

Pour résumer, ce n'est pas une bonne chose. Il y a ces plaisanteries sur les repas de Noël : soit on évite de parler de politique, soit cela finit en dispute. Malheureusement, ces situations sont de plus en plus fréquentes. C'est, à mon avis, l'un des grands défis du Brésil pour les prochaines décennies, au moins pour les 10 ou 20 prochaines années. Les opinions politiques prennent des contours presque moraux. Si je soutiens un candidat, cela signifierait que je suis une meilleure personne que vous. Or, cette conception va à l'encontre de toute perspective démocratique.

Il manque également, dans une certaine mesure, des gestes d'apaisement de la part des élites politiques. Lors du débat de dimanche, les candidats ont commencé par se saluer poliment, en se disant qu'ils étaient heureux de se retrouver. Mais moins d'une minute plus tard, ils échangeaient déjà des piques. Il n'y a donc plus, au sein des élites politiques, de véritable culture de la coexistence démocratique aussi visible qu'auparavant. Cette attitude finit par se diffuser dans la population, et c'est très préoccupant. Honnêtement, j'ai beaucoup de mal à voir comment le Brésil pourra sortir de cette spirale dans laquelle il s'est enfermé.

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