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Friday, August 28, 2026

Six mois de guerre entre les Etats-Unis et l’Iran : que reste-t-il des objectifs de Donald Trump ?

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Donald Trump évoque alors un objectif concret. Ce régime qui a "armé, entraîné, financé des milices terroristes qui ont trempé la terre de sang et de tripes" veut se doter de l’arme nucléaire, dit-il, et frapper l’Iran vise à empêcher ce scénario.

"Ils ont tenté de relancer leur programme nucléaire et de continuer à développer des missiles à longue portée qui peuvent maintenant menacer nos très bons amis et alliés en Europe, nos troupes stationnées à l’étranger, et qui pourraient bientôt atteindre le territoire américain. […] C’est pour ça que l’armée américaine a lancé une opération massive pour empêcher cette dictature radicale et malfaisante de menacer l’Amérique et nos intérêts fondamentaux de sécurité nationale" dit Donald Trump au jour 1 de la guerre. Et il répète encore, au 6e mois du conflit, cet argument d’empêcher la constitution de l’arme nucléaire.

Dans les faits, l’Iran n’était pas prêt à produire une arme nucléaire au moment des frappes, un an ou deux lui auraient été encore nécessaires pour enrichir suffisamment son uranium et pouvoir se doter des missiles adéquats, cette menace n’était donc pas imminente. Les frappes américaines ont certes encore allongé ce délai, mais sans anéantir le programme nucléaire de l’Iran.

Donald Trump n’a fait que retarder ce programme nucléaire.

Nour Eid, chercheuse spécialisée dans les questions de prolifération nucléaire

"Donald Trump n’a fait que retarder ce programme nucléaire. Et sans garantie que l’Iran soit en incapacité de le reconstruire dans les mois voire années à venir" commente Nour Eid, chercheuse spécialisée dans les questions liées à la prolifération nucléaire et au Moyen-Orient.

Ce programme nucléaire de l’Iran, auparavant suivi par l’AIEA (l’Agence internationale de l’énergie atomique), n’a plus aucune visibilité aujourd’hui.

"La dernière visite que l’AIEA a effectuée remonté à juin 2025. ça fait plus d’un an qu’ils n’ont pas accès aux sites, donc il n’y a plus aucun suivi indépendant sur place" commente encore Nour Eid. "Personne ne sait où sont, en Iran, les 400 kg d’uranium enrichi à 60% qui permettraient à l’Iran d’avoir 10 à 11 bombes nucléaires. Mais il y a en tout cas 200 kilos à Ispahan, et l’autre partie probablement à Natanz ou également à Ispahan. Pour l’instant, les cartes sont encore sur la table côté iranien".

Dans ce même discours, le Président des États-Unis s’est adressé aussi aux Iraniens. L’offensive américaine leur permettra un changement de régime, avançait Donald Trump.

"Au grand et fier peuple iranien, je dis ce soir que l’heure de votre liberté est proche. Restez à l’abri. Ne sortez pas de chez vous. C’est très dangereux dehors. Des bombes vont tomber partout. Lorsque nous aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement. Il ne vous restera plus qu’à le prendre".

Cet objectif-là, présenté comme un cadeau à la population iranienne, n’a pas été rempli non plus. Le régime des mollahs a été affaibli. Le chef suprême iranien, l’ayatollah Ali Hamenei a été tué. La pression économique à l’égard du pays et du régime a encore été durcie. Mais le régime de Téhéran est toujours debout.

Et le vent d’espoir de la diaspora iranienne, qui a guetté une chute du régime, a été douché au fil des semaines. Donald Trump a assez vite cessé d’annoncer ce renversement du régime. L’Iran a rapidement activé un levier majeur, le blocage du détroit d’Ormuz, ce couloir maritime par où transitait initialement 20% du pétrole mondial.

L’impact économique puissant de ce blocage a amené l’administration Trump à négocier avec les autorités de Téhéran, sous médiation du Pakistan, et à conclure en juin un protocole d’accord pour un cessez-le-feu. Les États-Unis n’avaient donc pas fait chuter ce régime initialement qualifié de "sponsor numéro un du terrorisme et meurtrier de dizaines de milliers de ses propres citoyens", mais s’étaient accordés avec lui.

Ce cessez-le-feu non plus n’a pas abouti, rapidement enfreint par les deux camps. Et le détroit d’Ormuz est aujourd’hui toujours en grande partie paralysé.

Après six mois de frappes américaines et de répliques sur des sites d’intérêts américains dans les pays du Golfe, de pertes humaines (peu transparentes), de surenchères autour du blocage du détroit d’Ormuz, de répercussions économiques lourdes, de négociations vaines, le bilan de cette guerre laisse perplexe.

Donald Trump a-t-il cru à un dénouement rapide ? Cette offensive, lancée avec Israël le 28 février, n’a pas permis d’atteindre les objectifs avancés et s’est enlisée, avec un coût important, humain, matériel et économique.

Alors le Président des États-Unis cherche un plan de sortie, nous expliquait la semaine dernière Serge Jaumain, codirecteur d’AmericaS (centre d’étude des Amériques) à l’ULB.

"Donald Trump est en train d’examiner comment on peut passer d’une guerre militaire à une guerre économique. Pour le moment, la guerre coûte très cher et on voit que ça a un impact considérable sur les finances des États-Unis. Le déficit est en train d’exploser. D’autre part, on voit que le ministère de la Défense demande aujourd’hui une forte augmentation de ses dotations. On parle de 1500 milliards de dollars pour l’année prochaine.

"De ce fait, il y a des problèmes sur le plan économique, mais il y a aussi un malaise dans l’opinion publique" ajoutait Serge Jaumain. "On a rarement connu une période où une guerre extérieure était désapprouvée à ce niveau par la population. La seule époque où on a eu des taux de désapprobation similaires, c’était au moment de la guerre du Vietnam."

Tenter d’asphyxier économiquement l’Iran, c’est donc la nouvelle stratégie avancée par l’administration Trump, après à mois de guerre et à quelques semaines des élections de mi-mandat aux États-Unis. Les Républicains veulent éviter que la décision de mener cette guerre en Iran, son enlisement et ses répercussions économiques n’aient un autre coût, un coût électoral.

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