La passion pour le VHS, 50 ans après son lancement

Le sous-sol de Stéphane Surprenant est un véritable temple de la cassette VHS. Le quarantenaire les collectionne depuis près de 30 ans. Il en possède plus de 1000, dont des centaines sont soigneusement exposées sur des étagères.
J’ai commencé avec le VHS à 12 ans. Je ne sais pas [pourquoi] j’ai eu la piqûre. J’ai acheté deux cassettes que j'ai ici, et après, je ne me suis jamais arrêté
, dit-il en parcourant ses étagères.
La majorité de ses cassettes VHS sont des enregistrements de films d’horreur. Certaines valent plusieurs centaines de dollars.
Celui qui va être très convoité parmi les collectionneurs, c'est The Texas Chainsaw Massacre (Massacre à la tronçonneuse). [...] C'est un morceau que tout le monde recherche parce que c’est un classique
, explique-t-il.
Stéphane Surprenant possède plus de 1000 cassettes VHS.
Photo : Radio-Canada / Andréane Williams
Le VHS, ou Video Home System, a été commercialisé en 1976 par l’entreprise JVC et fête ses 50 ans cette année.
En faisant entrer le cinéma dans les foyers, la technologie du magnétoscope a révolutionné le divertissement familial. Et le VHS allait s’imposer comme le standard de la vidéo domestique.
C'est sûr que ça démocratise l'accès au cinéma. Auparavant, pour pouvoir voir un film, il fallait aller dans une salle de cinéma ou avoir un projecteur super 8 ou 16 millimètres. [...] Et surtout, ça permettait le visionnement en différé. Donc, par exemple, vous pouviez enregistrer à la télévision votre émission, votre film, copier d’une cassette à l’autre
, explique André Habib, professeur de cinéma à l’Université de Montréal.
Le VHS a également bouleversé l’industrie du cinéma et favorisé l’émergence d’un autre phénomène culturel : les clubs vidéo.
C'est vraiment une culture des années 80 [...] qui coïncide aussi avec l’émergence d’un nouveau type de blockbusters : les séries, les "Star Wars", les gros films populaires des années 80.
Ça a eu l’effet parfois d’encourager des reboots ou des films en série. Tu peux voir Vendredi 13. Tu peux voir les épisodes 1, 2 et 3 alors que le 4 est sorti en salle. Là, tu peux aller revoir les premiers en VHS
, poursuit-il.

Les étagères du Cinoche Club vidéo, à Montréal, sont toujours remplies de cassettes VHS.
Photo : Radio-Canada / Andréane Williams
Plusieurs de ces films cultes se sont d’ailleurs retrouvés sur les étagères du Cinoche Club vidéo.
Pendant plus de 25 ans, l’endroit situé sur l’avenue du Mont-Royal, à Montréal, était une boutique de location de films.
Comme la plupart des clubs vidéo, il a cessé ses activités avec l’arrivée des plateformes de diffusion en continu. Depuis 2023, il se consacre plutôt à la vente de films et organise des soirées cinéma.

Le Cinoche Club Vidéo a été la dernière boutique de location de films à Montréal, selon le responsable du cinéma communautaire Cinéma au Cinoche, Sam Meech.
Photo : Radio-Canada / Andréane Williams
Quand j'étais enfant, chaque samedi, j'allais au club vidéo en Angleterre avec ma mère. Et pour moi, c'était comme ma première galerie d’art, parce que je voyais des boîtes de VHS, des images très folles, spécialement de films d’horreur
, se souvient Sam Meech, le responsable du Cinéma au Cinoche, un cinéma communautaire ouvert dans les locaux du Cinoche Club Vidéo.
Entrer au Cinoche Club Vidéo est d’ailleurs un peu comme faire un saut dans le temps. Ses murs sont toujours recouverts de films, dont de nombreux VHS qui sont maintenant à vendre.
Selon Sam Meech, beaucoup de cinéphiles les apprécient encore pour la texture de leurs images, beaucoup moins nettes que celles produites par les technologies numériques.
C’est une texture [unique], spécialement avec les écrans cathodiques. [...] C’est une expérience très rétro pour moi
, dit-il.

Sam Meech adore les classiques du cinéma en VHS, comme le film Beetlejuice.
Photo : Radio-Canada / Andréane Williams
Concurrence et poursuite
L’histoire de la cassette vidéo n’a pas été un long fleuve tranquille.
Pendant des années, JVC et Sony, qui avait lancé le Betamax dès 1975, se sont fait concurrence pour tenter d’imposer leur format sur le marché mondial. Mieux connu sous le nom de Beta, le Betamax est à ne pas confondre avec le format professionnel Betacam, proposé par Sony à partir de 1982.
Les studios hollywoodiens Disney et Universal ont de plus intenté une poursuite pour violation de droits d’auteur contre Sony. Ils craignaient de perdre le contrôle sur la distribution de leurs œuvres, puisque la cassette vidéo permettait désormais aux consommateurs d’enregistrer gratuitement les émissions diffusées à la télévision et de copier le contenu de cassettes. Ils souhaitaient même interdire la vente de magnétoscopes.
C'est Sony qui était de l’avant dans la cause, mais Sony représentait tous les fabricants d’appareils de lecture et de copie vidéo
, explique Ysolde Gendreau, professeure de droit à l'Université de Montréal et spécialiste de la propriété intellectuelle.
En 1984, la Cour suprême des États-Unis a finalement tranché en faveur de Sony.
C'est une décision très importante. [...] Si la Cour avait tranché en faveur des studios, ça aurait signifié que les studios pouvaient réclamer des redevances de la part des entreprises qui fabriquent les appareils.

Les lecteurs de vidéocassettes, les magnétoscopes, n'ont pas survécu à l'avènement des DVD et du Blu-ray.
Photo : Getty Images / Kazuhiro Nogi
Malgré une qualité d’image inférieure à celle du Betamax, JVC a réussi à imposer le format VHS en partageant sa technologie avec d’autres fabricants, ce qui a fait chuter les prix des magnétoscopes et les a rendus plus accessibles.
De plus, dès son apparition, le VHS permettait deux heures d'enregistrement, contre seulement une heure pour le Beta, initialement.
Un reportage d'Andréane Williams à ce sujet sera présenté à l'émission Tout terrain diffusée sur ICI Première dimanche à 10 h (HE et HA).
À lire aussi :
- ARCHIVES - Les belles années des clubs vidéo
- AUDIO - L’ascension et le déclin des clubs vidéo en 30 ans
- AUDIO - Le plaisir de louer un film dans un club vidéo en 2026
Le reflet d’une époque
Le VHS a commencé à disparaître au profit du DVD au début des années 2000.
Dans un cinéma de Montréal, Milo et Kali, 16 ans, se souviennent de l’objet, même s’ils ne l’ont pas vraiment connu.
[C’est] une boîte noire avec deux rouleaux, avec un tape dedans, et tu mets ça dans une machine pour écouter un film
, dit Milo quand on lui demande s’il sait ce qu’est une cassette VHS.
Son amie Kali, elle, se souvient d’en avoir regardé quelques-unes quand elle était enfant. Ça fait trop longtemps. J’étais vraiment petite
, dit-elle.
Lorsqu’on lui demande si elle aurait aimé connaître l’époque des clubs vidéo et des VHS elle répond : 50-50. C’est moins accessible. Tu veux juste écouter un film et, à la place de juste aller sur la télé, tu dois te déplacer, aller dans l’auto
, dit-elle.
Objet désuet pour certains, la cassette VHS incarne toutefois, pour d’autres, comme Stéphane Surprenant, tout un pan d’histoire. Ça me rappelle une époque qui était cool
, dit-il.

Les cassettes vidéo ont été rangées au sous-sol ou jetées à l'arrivée des DVD au début des années 2000.
Photo : Getty Images
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.