Pop Montréal, gardien de l’esprit montréalais, fête ses 25 ans
Depuis un quart de siècle déjà, le festival Pop Montréal est synonyme de la rentrée musicale métropolitaine. Et pour souligner l’anniversaire, son directeur Daniel Seligman a cédé un peu à la nostalgie, un sentiment qui ne vient pas d’instinct pour l’événement à tête chercheuse des talents de demain.
Entre autres coups d’œil dans le rétroviseur s’y reformeront spécialement pour l’occasion deux groupes emblématiques de la scène indie montréalaise d’alors, Think About Life et Plants and Animals — ces derniers faisant momentanément revivre l’emblématique Divan orange du boulevard Saint-Laurent.
Daniel Seligman ne s’imaginait pas que son festival atteigne cet âge vénérable lorsqu’il était étudiant aux études religieuses de l’Université McGill, il y a 25 ans . Et encore moins que sa propre fille, Johanna, 17 ans, tienne l’affiche ce 26 septembre avec son groupe indie rock Underpass, en première partie de Think About Life.
« Je n’avais même pas de grand plan pour le festival », avoue-t-il en entrevue avec Le Devoir. « À l’époque, mon frère jouait déjà dans un groupe [Stars, présentement en tournée avec Metric et Broken Social Scene], des amis avaient leurs projets musicaux, j’avais juste envie de rassembler tout le monde » autour d’un festival dont la naissance a consolidé l’envol de la scène indie rock montréalaise, qui commençait à faire du bruit hors de nos frontières.
« J’étais étudiant, on aimait la musique et faire la fête dans les loft partys jusqu’au lever du soleil », une tradition qu’a longtemps perpétué le bordélique festival durant les premières années duquel chaque petit groupe et chaque petite salle étaient inclus dans la programmation du festival. Seligman avait visité New York pendant le CMJ Music Marathon, Toronto pour le Canadian Music Week. « Je me disais qu’un événement semblable serait bon pour Montréal. »
Ainsi, à la programmation musicale qui rassemble cette année près de 200 propositions se sont greffés les volets cinéma, art et jeune public, ainsi que le Pop Symposium, où l’on discutera des enjeux préoccupant le milieu musical. Certains des événements signature du festival, comme les spectacles de ruelles ou sur les toits (de l’édifice d’Ubisoft et du théâtre Rialto, devenu le quartier général du festival), sont apparus ces dernières années.
Surtout, Pop Montréal a considérablement évolué au fil de ces vingt-cinq dernières années. Critiqué pour sa faible place accordée aux projets francophone, le festival est devenu beaucoup plus inclusif. « On a accueilli Klô Pelgag, Les Louanges, Karkwa », note Seligman.
Le choix de l’intimité
L’événement a déjà rassemblé près de 400 musiciens ou groupes différents ; cinq, six, sept concerts pouvaient avoir lieu en même temps. « Avant la pandémie, on se remettait en question là-dessus », admet Seligman. « D’une certaine manière, la pause forcée nous a permis de réévaluer certaines choses, notamment l’idée que chercher à grossir n’était peut-être pas la meilleure », dit le directeur en rappelant avoir rempli la place des Festivals et le Métropolis en y présentant Arcade Fire pour son 10e anniversaire.
« On a choisi l’intimité, les petites salles, et la magie qui opère en ces lieux », explique le directeur. Et grâce à cela, entretenir « l’esprit montréalais » au cœur de Pop Montréal.
À quoi le reconnaît-on, cet esprit ? « Une certaine liberté de création, croit Seligman. Une ouverture aux autres — Montréal est une ville très ouverte. Plus spécifiquement à propos de la scène musicale, je sens moins la pression de devenir “commercial”, on cherche avant tout à créer de la musique intéressante. Et malgré la hausse des loyers et du coût de la vie en général par rapport à il y a 25 ans, je crois qu’il est encore possible d’imaginer ainsi la création musicale. »
La 25e affiche de Pop Montréal regorge de découvertes (dont l’Australienne Hana Stretton mercredi soir à la Sala Rossa) et d’événement spéciaux, du retour des vétérans locaux The American Devices (25 septembre au parc Sans Nom) aux célébrations du 20e anniversaire du label Secret City (25 et 26 septembre, Sala Rossa), en passant par le concert Toujours ensemble. Arrangements de chansons contemporaines montréalaises pour orchestre de chambre et chœur (24 septembre, Rialto) et à l’événement de clôture sur le thème de la musique de la populaire série Heated Rivalry, en prolongation le 28 septembre au Rialto, avec Philippe B, Dumas, La Bronze et quelques autres.
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