Toronto | Des munitions volées à l’armée retrouvées lors d’une enquête sur un enlèvement

(Toronto) Trois militaires ont été arrêtés pour leur implication présumée dans l’enlèvement du propriétaire d’une plateforme d’échange de cryptomonnaies, a annoncé mercredi la police de Toronto. Ce coup de filet a eu lieu dans le cadre d’une enquête qui aurait permis de mettre au jour des centaines de cartouches qui auraient été volées aux Forces armées canadiennes (FAC).
Publié à
Jordan Omstead La Presse Canadienne
Les trois militaires arrêtés font partie des sept personnes mises en cause dans une enquête qui se poursuit, selon la police. Ce qui avait commencé comme une enquête sur un enlèvement a finalement « pris une ampleur bien plus grande », a commenté le chef du Service de police de Toronto, Myron Demkiw.
La police affirme que 2500 cartouches, dont environ la moitié sont à blanc, ainsi que 5 chargeurs de capacité supérieure à la normale, ont été volées à l’armée. Le vol de ces munitions n’avait pas été signalé aux Forces armées avant leur saisie dans le cadre de l’enquête, a précisé la police.
« Que vous soyez militaire, policier ou fonctionnaire, personne n’est au-dessus des lois », a rappelé M. Demkiw, qui gère actuellement les retombées du scandale de corruption « Project South » au sein des forces de l’ordre.
Les trois individus arrêtés ont été relevés de leurs fonctions et leur accès a été « restreint », mais ils restent membres des Forces armées en attendant les conclusions d’un examen officiel, a indiqué mercredi le ministère de la Défense nationale dans une déclaration. La police militaire mène également une enquête et coopère avec la police de Toronto, a-t-il précisé.
La déclaration insiste sur le fait que les Canadiens s’attendent, à juste titre, à ce que les Forces armées canadiennes gèrent les munitions et les explosifs de manière sûre, sécurisée et responsable.
Le document nuance cependant en expliquant que, bien que les FAC disposent de contrôles et de mécanismes de surveillance étendus pour les munitions et les explosifs, elles reconnaissent la nécessité de mettre en place davantage de mesures de sécurité et restent déterminées à remédier à toute lacune identifiée de manière rapide et décisive.
Le ministère de la Défense nationale a confirmé en début de mois que deux membres des Forces armées canadiennes, Talarambage Sachintha Fernando, 22 ans, et James Moreau, 29 ans, avaient été arrêtés en août pour des faits liés à un enlèvement, au crime organisé et au vol d’armes à feu.
Jack Miley, 24 ans, est le troisième membre arrêté le 24 septembre, a indiqué la police mercredi.
« Il s’agit d’individus hautement entraînés ayant accès à des armes à feu, ce qui suscite de vives inquiétudes non seulement au sein de notre communauté, mais aussi parmi nos agents », a déclaré Joe Matthews, du service des enquêtes criminelles.
Aucun lien n’a encore été établi entre les accusés et un groupe criminel organisé plus important, bien que les enquêteurs continuent d’examiner minutieusement les téléphones portables, a précisé M. Matthews.
82 chefs d’accusation
Le communiqué initial de la Défense, publié au début du mois, suggérait que les chefs d’accusation étaient liés au crime organisé.
L’enquête a commencé le 25 juillet, lorsque des agents sont intervenus à la suite d’un signalement d’enlèvement près de l’avenue Finch Est et de l’avenue Bayview, a rapporté la police de Toronto.
Les forces de l’ordre ont affirmé que la victime, qui avait été prise pour cible en raison de ses cryptomonnaies, a été enlevée sous la menace d’une arme, menottée et agressée avant que les suspects ne tentent d’accéder à ses cryptomonnaies. Les suspects auraient tenté d’accéder à ses « actifs en cryptomonnaies et à ses systèmes de sécurité liés à son activité », selon un communiqué de presse.
La police a indiqué que la victime avait ensuite été libérée et avait fait l’objet de menaces pour la dissuader de contacter les autorités. Elle présentait des blessures légères, a précisé la police, qui a refusé de donner plus de détails sur l’enlèvement, invoquant les procédures judiciaires en cours.
En moins de 24 heures, la police a indiqué qu’un véhicule suspect avait été identifié et que deux suspects avaient été arrêtés.
Plusieurs mandats de perquisition dans la région du Grand Toronto ont permis de découvrir deux armes de poing imprimées en 3D, un fusil de chasse, deux silencieux et des stupéfiants, a indiqué la police. Tous les accusés, sauf un, sont poursuivis pour enlèvement avec demande de rançon.
Parmi les 82 chefs d’accusation retenus dans le cadre de l’enquête, c’est Talarambage Sachintha Fernando qui fait l’objet du plus grand nombre, avec 20 infractions liées pour la plupart aux armes à feu. James Moreau est le seul des trois militaires arrêtés à faire l’objet d’une accusation liée à la drogue : deux chefs de possession en vue du trafic.
La police a indiqué qu’elle s’efforçait de déterminer comment les militaires auraient pu connaître les autres prévenus.
Les trois militaires mis en cause appartiennent tous au 7e régiment de Toronto, une unité de réserve, selon le communiqué du ministère de la Défense. Talarambage Sachintha Fernando et James Moreau sont bombardiers, un grade utilisé dans les régiments d’artillerie équivalent à celui de caporal, tandis que Jack Miley est maître-bombardier.
James Moreau s’est engagé dans l’armée en tant que réserviste en 2018 et a été déployé en 2020 dans le cadre de l’opération « Laser », destinée à lutter contre la pandémie. Jack Miley s’est engagé comme réserviste en 2025 et a été déployé dans le cadre de l’opération « Reassurance », la plus grande mission internationale du Canada visant à dissuader l’agression russe en Europe. Talarambage Sachintha Fernando a pris le rôle de réserviste en 2020, mais n’a pas connu de déploiement.
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