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Friday, October 16, 2026

Les États-Unis préparent la guerre contre la Chine, au cas où

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HONOLULU, Hawaï - Pendant que Donald Trump multipliait les amabilités envers Xi Jinping, à Washington, les travaux se poursuivaient à la base militaire de Pearl Harbor-Hickam, à plus de 7000 kilomètres à l’ouest, au beau milieu du Pacifique.

C’est dans l’archipel hawaïen que la Marine américaine a entrepris le plus vaste chantier de son histoire. Jusqu’à 200 milliards de dollars américains seront investis sur une période de 50 ans pour moderniser ses principales installations, d’abord à Pearl Harbor, puis ailleurs au pays, dans le cadre de son ambitieux Programme d'optimisation des infrastructures de chantier naval (SIOP).

À Hawaï uniquement, l’investissement pourrait atteindre entre 16 et 21 milliards.

Nous sommes les derniers sur la planète à souhaiter une guerre dans le Pacifique, croyez-moi. Mais s’il doit y en avoir une, nous devons nous assurer de la gagner. Il ne doit pas y avoir le moindre doute, assure un officier de la Marine. Radio-Canada a accepté de protéger son identité, de même que celle de plusieurs sources auxquelles nous avons parlé dans le cadre de ce reportage, puisqu’elles n'étaient pas autorisées à commenter publiquement ce dossier sensible.

L’objectif immédiat de l’armée américaine est de moderniser les quais existants à Pearl Harbor et de construire une nouvelle cale sèche.

Ces travaux permettront à la Marine d’accueillir les sous-marins de classe Virginia, appelés à remplacer ceux de classe Los Angeles. Le corps des nouveaux engins est trop long pour qu’ils puissent être entretenus dans les infrastructures actuelles, conçues à l’époque de la Deuxième Guerre mondiale.

Longs de 140 mètres, les plus récents sous-marins de la classe Virginia peuvent déplacer plus de 10 000 tonnes.

Le vaisseau est amarré au quai.

Le USS Minnesota, photographié en février 2025 à Rockingham, en Australie, est un sous-marin de classe Virginia. Plusieurs des bâtiments de cette classe sont à être rénovés afin de pouvoir accueillir de nouvelles armes hypersoniques.

Photo : Getty Images / Colin Murty

Ils sont équipés de silos verticaux de 2 mètres de diamètre qui permettent de lancer à la fois des missiles classiques, comme les Tomahawk, et des missiles hypersoniques de toute nouvelle génération. Développés par la Défense américaine, ceux-ci sont capables de déjouer les défenses antiaériennes conventionnelles, en volant à des vitesses dépassant les 6000 kilomètres à l’heure.

Ce n’est pas un secret : notre armée doit pouvoir acquérir de nouvelles munitions beaucoup plus rapidement. Nous sommes en train de restructurer nos façons de faire pour être beaucoup plus agiles. Vous allez voir beaucoup de nouveautés apparaître très bientôt.

La base militaire de Pearl Harbor-Hickam pourra également, une fois les rénovations terminées, accueillir des destroyers de classe Zumwalt. L’un de ces bâtiments vient tout juste de faire l’objet d’importants travaux pour pouvoir transporter, lui aussi, des missiles hypersoniques.

Deux autres navires seront bientôt équipés de la même façon.

Plan moyen du vaisseau.

Le USS Zumwalt, vu ici en octobre 2016, dans le port de Jacksonville, en Floride, a donné son nom à une nouvelle classe de destroyers. Ces navires font présentement l’objet d'une mise à niveau dans le cadre du programme de Frappe conventionnelle rapide (CPS).

Photo : US Navy / PO2 Timothy Schumaker

Des investissements attendus depuis longtemps

Toutes ces initiatives s’inscrivent dans le cadre du programme de Frappe conventionnelle rapide (CPS), dont l’un des objectifs est de permettre aux États-Unis d’atteindre n’importe quelle cible sur la planète en moins d’une heure.

La Chine dispose actuellement de l’arsenal hypersonique le plus imposant du monde. L’armée américaine admet elle-même être en rattrapage. C’est sans parler de la croissance phénoménale qu’ont connue la marine et l’aviation chinoises ces dernières années.

Tout juste au nord, la Russie est elle aussi très bien équipée.

En 2018, Vladimir Poutine avait lui-même annoncé l’intégration de missiles hypersoniques à l’arsenal russe. Pareilles munitions ont même été utilisées contre l’Ukraine au cours des dernières années, ce qui a permis à la Russie d’évaluer leur impact réel. Si la Chine se montre plus discrète sur ses intentions, le Financial Times a dévoilé qu’elle avait réussi à tester un planeur hypersonique dès 2021.

Et de l’aveu même des plus hauts gradés de l’armée américaine, le retard des États-Unis ne touche pas seulement les armes hypersoniques.

Des vaisseaux amarrés.

Des vaisseaux amarrés à Pearl Harbor-Hickam.

Photo : Radio-Canada / Hugo Lavallée

De passage devant un comité du Sénat, le printemps dernier, le chef du Commandement des forces du Pacifique (PACOM), l’amiral Samuel Paparo, avait reconnu que l’armée manquait de bâtiments navals.

Je n’ai pas assez de bateaux amphibies, avait-il dit. Nous n’avons pas assez de destroyers de surface. Nous n’avons certainement pas assez de sous-marins d’attaque – et nous allons dans la mauvaise direction.

Or, non seulement la flotte ne compte pas suffisamment de bâtiments, mais entretenir ceux qu’elle possède prend énormément de temps. Les travaux en cours à Pearl Harbor devraient permettre d’accélérer les choses.

Si on peut améliorer la maintenance, rendre le processus plus rapide grâce à de nouvelles techniques avancées, on se retrouvera avec un multiplicateur de force, ajoute une source.

Une nécessaire dissuasion

Pareils investissements ne peuvent-ils pas paraître paradoxaux, alors que Donald Trump n’a de cesse de répéter qu’il s’entend bien avec son homologue Xi Jinping?

Alexander Vuving, professeur au Daniel K. Inouye Asia-Pacific Center for Security Studies – un institut relevant de la Défense américaine situé à Honolulu –, ne le croit pas.

Ces investissements sont aussi nécessaires que le sont les armes nucléaires. Comme pays, vous ne souhaitez utiliser vos armes nucléaires sous aucun prétexte. Mais vous avez tout de même besoin d’en fabriquer – c’est la logique même de la dissuasion.

Vous ne faites pas semblant, poursuit-il. Vous développez ces armes pour pouvoir vous en servir pour vrai, mais vous espérez ne pas avoir à le faire.

Le mât du navire.

Un destroyer de classe Arleigh Burke.

Photo : Radio-Canada / Hugo Lavallée

C’est précisément cette logique que les États-Unis appliquent en investissant massivement dans leurs installations militaires de Pearl Harbor. Ils montrent à la Chine qu’ils sont capables de recourir à la force, par exemple, si la Chine devait attaquer Taïwan, explique Alexander Vuving.

À son avis, toutefois, une stratégie de dissuasion efficace ne doit pas reposer uniquement sur la menace : la structure géopolitique a aussi un rôle primordial à jouer.

Avoir des alliés et des partenaires qui forment une alliance cohérente, c’est aussi un élément central d’une bonne stratégie de dissuasion, ajoute-t-il. Un pays qui veut s’en prendre aux intérêts américains y pensera à deux fois s’il voit qu’il devra aussi faire face à ses alliés, comme le Japon, la Corée du Sud ou les Philippines.

Portrait de Denny Roy.

Denny Roy est chercheur senior au East-West Center, un institut d'éducation, de réflexion et de recherche créée en 1960 par le Congrès des États-Unis pour renforcer les relations entre les nations du Pacifique.

Photo : Radio-Canada / Hugo Lavallée

Pour Denny Roy, chercheur senior au East-West Center, un institut de réflexion politique, tous ces investissements ne règlent toutefois pas le problème de fond. Ces dernières décennies, les États-Unis ont tenu le rôle d’acteur stratégique le plus puissant en Asie-Pacifique, fait-il remarquer. Et cela semble de moins en moins compatible avec les aspirations de la Chine.

Selon lui, l’une des deux puissances devra tôt ou tard finir par céder. C’est comme deux plaques tectoniques qui bougent l’une vers l’autre; la pression continue de monter au fur et à mesure que la Chine devient de plus en plus puissante, jusqu’au jour où les États-Unis commenceront à se demander : "Le prix à payer est-il devenu trop élevé?"

Mais ce jour n’est pas encore arrivé. Donald Trump répète sans cesse que l’armée américaine doit demeurer la plus puissante du monde. Son administration a demandé au Congrès une somme record de 1500 milliards de dollars américains pour la financer l’an prochain.

C’est aussi la raison qu’il met de l’avant pour ne pas réglementer l’intelligence artificielle, sa crainte étant qu’une réglementation ne fasse perdre aux États-Unis l’avance dont ils disposent.

Un jour ou l’autre, une des deux parties devra se retirer de la compétition, prévient toutefois Denny Roy. Et si cela n’arrive pas? Alors, la guerre est une possibilité.

Un navire au loin.

Un vaisseau amarré à Pearl Harbor-Hickam.

Photo : Radio-Canada / Hugo Lavallée

Dans l’archipel hawaïen, l’armée américaine se veut malgré tout rassurante. Notre première mission, c’est la dissuasion. Si nous faisons bien notre travail et que nous sommes capables de démontrer notre force et notre détermination, pas juste aux Américains, mais à tous les acteurs du Pacifique, alors nos adversaires le verront et se diront que [nous défier] serait trop risqué, estime un officier de la Marine.

En somme, pour l’armée américaine, l’objectif ne serait pas d’engager le combat, mais plutôt de le rendre impensable.

À lire et à regarder :

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