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Tuesday, October 6, 2026

Contestation des élèves en Belgique : quels responsables politiques apporteront des réponses aux jeunes ?

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Aux abords des écoles et dans les rues, des jeunes que nos équipes de reportage ont rencontrés font état de leurs préoccupations et exposent leurs revendications. "On a de moins en moins de profs pour des classes de plus en plus grandes et ça va affecter notre apprentissage. Donc, nous, on aimerait que ça change", explique un élève interrogé lundi à Liège.

Les élèves pointent ainsi souvent les conséquences de la réforme qui impose aux professeurs du secondaire supérieur de prester 22 heures plutôt que 20 en classe. "On est beaucoup de classes à ne pas avoir assez de profs. Du coup, ça nous empêche de voir certaines matières et c’est embêtant", explique Délia, une élève liégeoise. "Les profs ont maintenant 22 heures et doivent se partager entre plusieurs écoles. On se retrouve des fois avec deux ou trois profs pour un seul cours. C’est pas des conditions pour bien travailler", critique Félicie, une autre élève.

On sent que les profs ont beaucoup moins de temps à nous accorder

 "On perd nos remédiations, on sent que les profs ont beaucoup moins de temps à nous accorder et on nous annonce que pour les épreuves de CESS, le seuil est monté à 60%, donc on doit donner plus, mais en même temps, on n’a pas ces moyens, on ne nous donne rien en plus pour nous aider à y arriver, on nous demande d’être plus performants, donc c’est un peu compliqué pour nous", épingle Mohammed, élève de rhéto à Bruxelles.

D’autres élèves pointent l’état des bâtiments scolaires ou encore des mesures qui toucheront le portefeuille. "La hausse du minerval à 1200 euros, je ne trouve pas ça normal. Aussi pour Letec, 384 euros, c’est pas normal. Il y en qui n’en ont pas les moyens", explique Jefferson, élève liégeois.

Alors, résume Justin, élève de sixième secondaire, "on aimerait une réponse directe et claire des politiques qui nous disent ok, on a entendu vos revendications", avec, ajoute-t-il, "une liste complète de ce qu’ils vont mettre en place directement, du budget qu’ils vont allouer éventuellement, mais une réponse claire avec des dates des actions qui vont être mises en classe".

Les revendications de ces jeunes font-elles écho à celles des étudiants français qui manifestent depuis plusieurs jours ? "On a tous les deux en commun de vouloir plus de représentation, plus d’écoute et plus de tremplin pour pouvoir nous exprimer, pour pouvoir formuler des demandes claires", répond Guillaume Goossens, l’un des administrateurs du CEF, le Comité des élèves francophones, interrogé sur La Première, mardi matin. "Ce qui nous différencie, c’est que nous, on a en plus les réformes récentes de la ministre pour lesquelles on n’a toujours aucune réponse et toujours autant de frustration que l’année passée", poursuit-il. "Les réformes qui touchent les professeurs nous touchent directement, elles touchent la qualité de notre enseignement et notre avenir directement", ajoute-t-il.

Que réclame-t-on du côté du CEF ? "De meilleurs bâtiments, de meilleures conditions de travail, des horaires plus adaptés, on en a déjà souvent parlé, mais il y a aussi surtout des professeurs disponibles, des professeurs qui ont des emplois du temps qui permettent de nous consacrer du temps, de développer des sorties pédagogiques, d’investir dans la culture pour les jeunes, surtout ceux qui ont moins accès, et donc vraiment une meilleure éducation dans l’ensemble", explique Guillaume Goossens. Celui-ci relaye aussi des inquiétudes d’élèves de rhéto à propos de l’augmentation du minerval dans le supérieur.

On est trop peu écoutés

Selon cet administrateur du CEF, il y a aussi la santé mentale des jeunes, "généralement sous-estimée". En plus, on n’a pas de moment pour en parler réellement, pour en discuter, pour essayer de trouver des solutions. On est trop peu écoutés", explique Guillaume Goossens.

Du côté du CEF, on souligne aussi un manque d’outils pour faire remonter les préoccupations des élèves dans les écoles vers les autorités. "Surtout, dans les écoles, il n’y a pas réellement ce tremplin d’expression, cette capacité à avoir des structures sécurisantes et sécurisées pour que les élèves puissent donner leur avis et pour ensuite le faire remonter aux politiques. Il n’y a rien d’assez structurel et assez solide", explique Guillaume Goossens. "S’il y avait eu des structures sécurisantes et sécurisées qui avaient été développées, on n’aurait pu ne pas en arriver là", estime-t-il, en référence aux débordements constatés lors des manifestations.

Etre davantage entendus et sentir que les préoccupations des élèves sont prises en compte, c’est aussi l’une des revendications. "On n’a pas vraiment l’impression d’être pris au sérieux au Comité des élèves francophones. On peut avoir des relations avec la ministre, mais elles restent assez légères ou vite décalées. On sent que l’écoute est à deux niveaux et un peu décalée", explique Guillaume Goossens. 

A l’exception de la question des changements de tarifs chez LeTec, à laquelle le ministre de tutelle en Région Wallonne, François Desquenes a déjà réagi, l’essentiel des revendications a trait à l’enseignement et concerne la Fédération Wallonie-Bruxelles. Contacté par la rédaction de la RTBF, ce mardi, le cabinet de Valérie Glatigny (MR), ministre de l’Education, fait savoir que la ministre recevra mercredi une délégation de représentants des élèves. La ministre apportera-t-elle des réponses qui satisferont les jeunes ?

Vendredi, dans un communiqué publié alors que la contestation des élèves avait débouché sur des faits de violence dans plusieurs écoles à Liège, la ministre avait, d’une part, condamné ces actes. Elle s’était inquiétée de voir "certains élèves instrumentalisés par des mouvements radicaux et des personnes extérieures aux établissements" et avait appelé au retour des élèves en classe.

D’autre part, au sujet des inquiétudes exprimées par les élèves, le communiqué précisait que la ministre rappelait "qu’aucune des mesures prises par ce Gouvernement ne vise à diminuer l’encadrement pédagogique des élèves". "Nous avons dégagé 25 millions d’euros supplémentaires pour accompagner les élèves qui en ont le plus besoin et mobilisé 1 milliard d’euros pour les bâtiments scolaires", pouvait-on lire.

Plus de temps face classe, c’est aussi moins d’heures sans cours, et davantage de temps consacré aux apprentissages.

A propos des deux heures supplémentaires face classe demandées aux enseignants du secondaire supérieur, le communiqué de la ministre épinglait "la désinformation " qui circule. "Dire aux élèves qu’elles signifient moins d’encadrement est faux", pouvait-on lire. "Plus de temps face classe, c’est aussi moins d’heures sans cours, et davantage de temps consacré aux apprentissages.", ajoutait-on. La ministre justifiait aussi les mesures d’économies prises, "pour continuer à payer les enseignants, pour pouvoir réinvestir dans nos écoles et pour ne pas transmettre une dette que nos enfants ne pourraient plus assumer".

Alors, quel sera le message de la ministre à la délégation d’élèves qu’elle recevra mercredi ? "Déjà, si elle prenait au sérieux ce qu’on dit, si elle arrêtait de croire qu’on ne fait que de la confusion et si elle arrêtait de croire qu’on est systématiquement instrumentalisé, ce serait déjà un grand pas", réagit Guillaume Goossens. "Si déjà, elle nous prenait au sérieux, même en nous ignorant, ce serait une première chose. Parce que oui, elle nous entend, mais elle ne nous prend toujours pas au sérieux. Et c’est plutôt ça le problème", ajoute l’administrateur du Comité des élèves francophones, parlant toutefois "d’espoir " à propos de cette rencontre.

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