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Sunday, October 4, 2026

Prisons | Le plan de sécurisation connaît des ratés

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Le nouvel arsenal de sécurité des prisons, annoncé en grande pompe par Québec, a du plomb dans l’aile, a appris La Presse. Les agents carcéraux manquent de formation pour opérer les nouveaux scanneurs corporels et les systèmes anti-drone connaissent « des ratés ».

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La situation est telle que des inspecteurs du travail s’inquiètent pour l’intégrité physique du personnel carcéral, qui pourrait être victime d’armes infiltrées en prison. Des employés ont confié être incapables de lire adéquatement les résultats des nouveaux scanneurs corporels.

Le ministère de la Sécurité publique admet l’existence d’une courbe d’apprentissage, mais se fait rassurant.

« Malgré la formation offerte, les travailleurs expriment de la difficulté à lire les images générées par l’appareil. [Un agent correctionnel] indique qu’il est arrivé que des [collèges] ont vu des personnes incarcérées s’introduire des objets ou des substances alors qu’il était impossible à la lecture des images du Body Scan de ces personnes incarcérées de détecter ces objets prohibés », rapporte le rapport d’un inspecteur du travail à l’Établissement de détention de Québec, datant de l’été 2025.

Cet été, l’inspecteur indiquait que « la problématique observée est toujours la même » en raison d’un manque de formation pratique sur les appareils. Il a émis un « avis de correction » officiel, constatant que le centre de détention déroge à la Loi sur la santé et sécurité au travail parce qu’il « n’assure pas la formation, l’entraînement et la supervision appropriés » du personnel, créant des risques pour leur sécurité.

Québec promet plus de formation

L’Établissement de détention de Québec (surnommé Orsainville) est loin d’être la seule prison québécoise à connaître des ratés avec les nouveaux scanneurs corporels, selon le syndicat qui représente les agents correctionnels.

« Il y a très peu de formation, très peu de pratique pour les utiliser », déplore Mathieu Lavoie, président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec, en entrevue avec La Presse. « Ça fait longtemps qu’on le dit au ministère que ça ne peut pas marcher de nous donner un nouvel outil, puis de penser qu’on est capable de l’utiliser instantanément. »

Alors que les gardiens manquent de formation, les prisonniers, eux, trouvent de « nouvelles façons de faire » pour faire entrer du matériel interdit en prison.

À Québec, on assure que le rythme des formations s’accélère.

« Les technologies dont il est question contribuent de façon bénéfique à la sécurité des établissements de détention de la province et démontrent leur efficacité », a indiqué le ministère de la Sécurité publique, dans une déclaration écrite. Quant aux scanneurs corporels, « des ajouts ont été effectués à la formation depuis son implantation à l’Établissement de détention de Québec, notamment des ateliers d’interprétation d’image et des outils permettant de valider les apprentissages. De plus, il importe de souligner que, comme pour plusieurs autres activités, l’expertise des utilisateurs se développe à l’usage. »

Le ministère a aussi fait valoir qu’un projet-pilote avait été lancé à la prison de Roberval cet été afin d’imposer un uniforme aux détenus. Cette pratique – si elle est élargie à l’ensemble de la province – « devrait faciliter l’interprétation des images » générées par le Body Scan.

IMAGE FOURNIE PAR LE MINISTÈRE DE LA SÉCURITÉ INTÉRIEURE

L’uniforme imposé aux détenus de Roberval dans le cadre d’un projet-pilote

Le système antidrone connaît « encore des ratés »

Le ministre de la Sécurité publique de l’époque, François Bonnardel, avait annoncé en mai 2025 l’arrivée de 17 scanneurs corporels dans les prisons du Québec, dans le cadre d’un programme de sécurisation des prisons de 35 millions sur cinq ans.

« Cette technologie, que certains ont déjà vue en action dans les aéroports, est déjà utilisée dans les milieux carcéraux ailleurs dans le monde et au Canada, mais c’est une première au Québec », avait affirmé le ministre. « C’est un outil plus performant, plus rapide et moins intrusif que les fouilles à nu. »

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Le ministre de la Sécurité publique. François Bonnardel

L’enveloppe budgétaire a aussi servi à acheter de nouveaux systèmes de détection de drones pour les prisons.

Dans au moins un établissement (dont le ministère de la Sécurité publique nous a demandé de taire le nom), ce système connaît « encore des ratés », déplorait la CNESST dans un rapport de juin 2026.

« Il est fonctionnel, mais la performance n’est pas optimale. Cependant, il s’agit du même modèle qui sera déployé » dans un autre établissement, soulignait l’inspecteur.

D’autres rapports notent aussi que la sécurisation des fenêtres pour empêcher les livraisons par drone prend du temps et que plusieurs vitres sont cassées par les détenus pour conserver un accès physique à l’extérieur. « Ils sont tellement précis, les drones, qu’ils vont même livrer aux fenêtres de cellules, qu’ils vont même livrer dans la nuit », a confirmé le syndicaliste Mathieu Lavoie. « On le voit, il y a présentement encore davantage de livraisons par drone, davantage de matériel saisi parce que le crime organisé trouve ça lucratif de faire ce marché-là à l’intérieur » de la prison.

« Il s’agit de technologies de pointe performantes, mais complexes [NDLR : à la fois sur les scanneurs corporels et les systèmes anti-drone] », a réagi le ministère. « Il est donc naturel que leur implantation nécessite certaines adaptations en continu. Soyez assuré que la sécurité du personnel est une priorité et que les équipes du ministère travaillent activement à répondre aux enjeux soulevés dans le rapport. »

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