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Saturday, October 3, 2026

Compte à rebours pour sauver les témoignages des anciens pensionnaires

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La journaliste Connie Walker, de la Première Nation Okanese, et l’avocate mohawk Kimberly Murray unissent leurs forces pour alerter les Canadiens sur le fait que, si rien n’est fait, les témoignages de survivants des pensionnats pour Autochtones seront détruits dans moins d’un an.

Au cours d’une conférence de presse à l’institut Yellowhead, à Toronto, elles ont expliqué que cette destruction entraînerait la perte d'archives la plus complète de tels témoignages.

Dans le cadre de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens (CRRPI), quelque 38 000 anciens pensionnaires ont raconté en détail les mauvais traitements, viols et autres abus qu’ils ont subis dans ces institutions afin de recevoir une indemnisation.

L’entente prévoyait que ces documents seraient détruits 15 ans après la fin du processus, soit à partir du 19 septembre 2027.

Le gouvernement fédéral et la Commission de vérité et réconciliation souhaitaient qu’ils soient préservés, mais, au terme d’une saga judiciaire, la Cour suprême a statué que les dossiers devaient être détruits, car la confidentialité avait été promise aux survivants tout au long du processus.

C’est pour tenter de préserver la vérité que Connie Walker et Kimberly Murray ont mis en place le projet Indian Residential School Records (Archives des pensionnats autochtones).

Connie Walker devant un micro

La journaliste Connie Walker participait à la conférence à l'institut Yellowhead, le 30 septembre.

Photo : Capture d'écran

Leur objectif est de créer de nouvelles archives regroupant les poursuites judiciaires intentées par des survivants avant la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens, conclue en 2006, afin de mieux comprendre et documenter l’ampleur des mauvais traitements subis dans des établissements scolaires spécifiques.

Le projet est en quelque sorte une extension du balado pour lequel Connie Walker a remporté un prix Pulitzer en 2024, qui retrace le parcours de son père au pensionnat catholique de St. Michael’s, en Saskatchewan.

Pour comprendre ce qu’il y avait vécu, elle a déposé des demandes d'accès à l'information afin d'obtenir les dossiers des poursuites judiciaires intentées par des survivants avant la conclusion de l’accord de 2006. Ces poursuites contiennent les noms des prêtres, religieuses et employés accusés d’avoir maltraité les enfants.

Elle a ainsi eu accès à 485 poursuites concernant le pensionnat St. Michael’s. Il y avait plus de 200 allégations d'abus sexuels impliquant 16 prêtres, 13 religieuses et 15 membres du personnel de l'établissement. La plupart des allégations concernaient des abus répétés.

Le pensionnat pour Autochtones St. Michael's

Le pensionnat pour Autochtones St. Michael's a accueilli des enfants autochtones de 1929 jusqu'à sa fermeture en 1974.

Photo : David Stanley/Flickr

En tant que journaliste, cela m'a fait prendre conscience à quel point nous comprenons mal ce qui s'est réellement passé dans chaque pensionnat pour Autochtones et ce que les survivants de chacun de ces établissements ont dû endurer, souligne Connie Walker en entrevue.

En tant que fille de survivant touchée par les traumatismes intergénérationnels, cela m'a permis de mieux comprendre comment ma propre vie a été façonnée par les expériences vécues par mes proches dans ces pensionnats.

Elle estime que les anciens pensionnaires et leurs familles ont le droit de vivre cette expérience, eux aussi.

Stephen Kakfwi, ancien premier ministre des Territoires du Nord-Ouest, faisait partie des conférenciers, aux côtés de son épouse, l’ancienne commissaire de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, Marie Wilson. Survivant du pensionnat Grollier Hall à Inuvik, où il a vécu des expériences cauchemardesques, il dit justement vouloir que les archives de son témoignage soient conservées pour ses enfants.

Le projet

Avant la conclusion de l’entente, en 2006, des milliers de survivants avaient intenté des poursuites contre le gouvernement et des Églises en raison des mauvais traitements subis dans les pensionnats.

Un cimetière.

Des sépultures sur le terrain de l'ancien pensionnat de Marieval, en Saskatchewan.

Photo : Radio-Canada

Le projet consiste à récupérer les dossiers judiciaires. Ces dossiers contiennent des actes introductifs d'instance, des mémoires en défense, des transcriptions de témoignages, des déclarations sous serment de survivants, ainsi que des rapports d'experts.

Il s’agit d’informations cruciales pour mettre en lumière l'ampleur des sévices perpétrés dans les pensionnats. Ces dossiers peuvent également renfermer des renseignements permettant d'identifier des enfants portés disparus, plaident les responsables du projet. Ils sont publics et conservés dans les centres d'archives judiciaires.

Notre objectif est de constituer une nouvelle archive à partir de ces poursuites judiciaires, explique Connie Walker.

L’autre partie du projet consiste à alerter les survivants de la destruction des témoignages, notamment à travers un balado.

Quelque 38 000 personnes ont témoigné dans le cadre du processus, qui a duré de 2007 à 2012, mais seulement une centaine d’entre elles ont demandé à recevoir une copie de leur témoignage ou qu’il soit archivé au Centre national de la vérité et de la réconciliation, à Winnipeg.

De nombreux survivants ignorent cette possibilité d'archiver leurs dossiers, ainsi que l'échéance imminente pour le faire, et aucune disposition ne permet aux membres de la famille de conserver les dossiers des personnes décédées.

Le droit à la vérité

Kimberly Murray, qui a été l’interlocutrice spéciale indépendante pour les enfants disparus et les tombes anonymes de 2022 à 2024, estime que les anciens pensionnaires n’ont pas été bien informés.

Kimberly Murray, portant un grand médaillon en perles autour du cou, se tient devant un grand canoë en acier inoxydable orné de motifs autochtones colorés.

Kimberly Murray est professeure à la Faculté de droit de l’Université Queen’s, à Kingston, en Ontario.

Photo : CBC / Sarah Law

Les survivants n'ont pas reçu suffisamment d'informations pour donner un consentement éclairé et valable, résume-t-elle.

Dans le cadre du projet, elles rencontrent des survivants qui tombent des nues en apprenant que leurs témoignages seront détruits. Ils disent ne pas avoir reçu de notification ou ne pas savoir ce qu’ils doivent faire pour conserver le dossier.

Il y a une différence importante entre choisir la destruction et voir sa vérité détruite parce que l'on ne savait pas.

Ces archives contiennent la preuve du génocide et des crimes contre l’humanité qu’un nombre croissant de Canadiens nient aujourd’hui, estime Kimberly Murray.

Elle craint qu’avec leur destruction, on n’efface la vérité sur l’ampleur et la nature des sévices physiques et sexuels infligés aux enfants, l’identité des auteurs de ces actes et des responsables ayant permis que ces abus se produisent, ainsi que, le cas échéant, sur les décès et les inhumations des enfants disparus.

Il pourrait également y avoir des renseignements concernant des expériences médicales pratiquées dans les anciens pensionnaires, ajoute-t-elle.

L’idée est de remettre les documents aux survivants et à leurs familles, qui pourront décider ce qu’ils veulent en faire.

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