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Saturday, September 19, 2026

Passer de l’indignation à l’action

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Le premier ministre du Canada, Mark Carney, vient de formuler sa plus vive critique à l’encontre des géants du Web, dans la foulée d’un rapprochement envisagé avec l’Union européenne (UE). Ces grandes plateformes étrangères veulent « voler l’enfance », a-t-il dit.

Dans son discours au Parlement européen, M. Carney a reproché aux plateformes technologiques leur volonté de dicter les lois et règlements, voire de les contourner. Contrôle des données, propagation de la désinformation, torts à la jeunesse : il n’a pas ménagé ses mots pour dénoncer l’éthique capitaliste des plateformes numériques.

Sur la question des torts causés à la jeunesse, une nouvelle recherche vient lui donner raison. Une étude commanditée par la Coalition pour des espaces en ligne sécuritaires (La sécurité en ligne au Canada) chiffre à entre 2 et 4,8 milliards de dollars l’impact des dommages associés à la consommation en ligne par les enfants et les jeunes adultes canadiens.

Les ados passent en moyenne cinq heures par jour sur les réseaux sociaux. Ces pièges à publicité sont mis en cause pour l’intimidation en ligne, l’automutilation, le jeu pathologique, les troubles alimentaires, la dépendance aux réseaux sociaux, les discours haineux en ligne et l’exploitation sexuelle.

Voilà le sinistre portrait de notre époque. Il ne s’agit pas d’un accident de parcours. La lanceuse d’alerte Frances Haugen, une ex-ingénieure de Meta, a déjà dénoncé l’empire de Mark Zuckerberg pour sa propension à privilégier les profits au détriment de la santé mentale des jeunes. Ses révélations ont incité une cinquantaine d’États américains à poursuivre Meta, qui a finalement conçu une entente hors cour, sans reconnaissance de responsabilité, pour une somme qui pourrait atteindre 17 milliards $US.

Malgré les discours à l’emporte-pièce du premier ministre Carney, on ne sent pas un réel empressement au Canada pour imiter les États américains. Le Québec n’est pas si différent, malgré ses affirmations de souveraineté culturelle dans les univers numériques.

Profitant du prétexte de la campagne électorale, Le Devoir a sondé les porte-parole des partis politiques sur leurs intentions. Ils ne semblaient pas pressés de suivre l’exemple des États-Unis, se contentant de discours creux sur l’importance qu’ils accordent à la santé mentale des jeunes. En début de campagne, la directrice générale de Tel-jeunes, Annie Papageorgiou, a pourtant sonné l’alarme sur ce vague à l’âme, en exprimant l’espoir que les partis en fassent un enjeu prioritaire.

Toutefois, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, et le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard, se sont montrés beaucoup plus catégoriques lors du grand débat des chefs de Noovo/Crave, en se disant prêts à explorer les possibilités de poursuites judiciaires comme aux États-Unis. M. St-Pierre Plamondon a notamment réitéré qu’il assumerait la responsabilité du dossier jeunesse s’il devenait premier ministre, ce qui constitue un signal fort. M. Milliard a indiqué pour sa part qu’il aborderait aussi la question de manière plus large dans le cadre d’états généraux sur l’éducation. Il y est cependant allé d’une attaque futile en associant l’anxiété de la jeunesse québécoise à la crainte d’un référendum sur l’indépendance.

L’heure n’est plus à la timidité et aux demi-mesures contre les plateformes. Malgré le laxisme du gouvernement Trump et les décisions maladroites de la justice américaine dans les poursuites antitrust contre Google, les signes de ras-le-bol s’accumulent dans les démocraties occidentales. En Australie, le gouvernement songe à prélever 2,75 % des revenus de publicité numérique des plateformes, au-delà du seuil de 250 millions de dollars australiens (249,2 millions de dollars canadiens), afin de financer les médias, et ce, que les plateformes numériques diffusent des contenus de nouvelles ou pas. Pour leur part, les tribunaux de l’UE ont renforcé le principe selon lequel les services en ligne sont légalement responsables des contenus qu’ils génèrent, même ceux faits par l’intelligence artificielle (IA).

Le Canada est à la remorque de ces mouvements depuis l’élection de Mark Carney, qui a surtout mis en avant des stratégies d’apaisement de la colère trumpiste, en reculant notamment sur la taxation des services numériques et sur l’application de la Loi sur la diffusion continue en ligne aux géants du Web. Il vante le modèle de régulation européen, et pour cause ! C’est le cadre le plus élaboré et le plus agressif pour imposer un sens de responsabilité sociale à des plateformes qui en sont dépourvues.

Le Canada n’a pas besoin d’attendre une invitation comme membre honorifique de l’UE pour agir. Il se doit de présenter un programme législatif pour l’encadrement des médias sociaux et de l’IA. À défaut, les grands discours seront dépourvus de portée, pour le plus grand drame de la santé collective des jeunes, de la souveraineté culturelle du Canada et de la vitalité de nos débats démocratiques.

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