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Saturday, August 15, 2026

5 ans après leur retour en Afghanistan, les Talibans sont maîtres et la résistance se cache

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A Hérat, dans l’ouest de l’Afghanistan, des affiches placardées sur les murs d’une université et de la cité universitaire lancent un avertissement. "Toute personne trouvée avec un smartphone sera passible de poursuites." Cette règle est l’une des dernières inventions du régime taliban. Officiellement, l’objectif est d’améliorer la concentration des étudiants. Mais c’est aussi un moyen d’empêcher les étudiants de communiquer, de s’organiser, d’échanger des contenus jugés subversifs et d’avancer dans un agenda anti-technologies.

"Quand certains cours n’étaient pas clairs, nous prenions des photos ou des vidéos avec nos téléphones de ce qui était écrit au tableau ou des slides, pour revoir le tout plus tard", explique un étudiant de 21 ans. "On ne peut pas étudier convenablement sans smartphone."

Mélanie Sadozaï est enseignante-chercheuse à l’université de Ratisbonne en Allemagne, spécialiste de l’Asie centrale et de l’Afghanistan. Elle observe un durcissement, encore, des règles. "Les Talibans sont maintenant complètement libres d’imposer leurs lois religieuses et d’imposer un contrôle total sur la population."

Des étudiants afghans doivent sortir du site universitaire pour utiliser leur smartphone © AFP – Candida NG

"Maintenant, la charia est complètement institutionnalisée", poursuit Mélanie Sadozaï. "Les droits des femmes s’aggravent de jour en jour. Les décrets se renforcent. Les Talibans ont maintenant la liberté de faire ce qu’ils veulent. On touche de plus en plus à l’intime. On précise qu’il faut des vêtements amples qui ne doivent pas toucher la peau. Les hommes doivent porter la barbe mais le plus dur, c’est pour les femmes qui ont connu l’émancipation entre 2001 et 2021. Il y a eu 20 ans d’accès à l’éducation et au travail et cette génération se retrouve enfermée à la maison. C’est un retour en arrière."

La sécurité et la surveillance partout © AFP – Prateek Kumar

2,4 millions de jeunes Afghanes privées d’éducation

L’école reste un des points noirs pour les jeunes filles en Afghanistan. Elles peuvent suivre des cours jusqu’à leurs 12 ans et ensuite, elles doivent rester à la maison. Dans certaines provinces, des lois locales plus sévères interdisent même l’école aux plus jeunes. Quand, par exemple, une jeune fille a l’air trop grande, elle doit rentrer chez elle. Même si elle n’a que 10 ans.

Pour Mélanie Sadozaï,"Les Afghans ne soutiennent pas ces interdits. Les limites concernant l’éducation des filles sont probablement ce que la population rejette le plus. Mais personne ne s’oppose frontalement aux Talibans. Après 40 ans de guerres, il semble y avoir un pragmatisme qui s’est installé. Comme pour dire que si on ne veut pas de guerre, il faut accepter la domination talibane."

© AFP – Candida NG

Sous couvert d’anonymat, certains pères osent s’exprimer. "Vous ne trouverez jamais dans le Coran que l’éducation est réservée aux hommes." Cet ingénieur, marié à une professeure de mathématiques qui a perdu son emploi dans le secondaire, n’aurait jamais imaginé que ses filles "finissent illettrées. Au XXIe siècle, terminer juste l’école primaire, c’est comme être illettré".

Avec sa femme, ils veulent s’exiler. En vain. Si les pays européens dénoncent les restrictions imposées aux femmes, ils ne délivrent que très peu de visas aux Afghans. Les filles "ne savent pas que nous perdons espoir. Tous les jours, elles nous demandent : quand est-ce qu’on part ?".

Le plus important c’est de continuer à apprendre

Alors l’éducation peut trouver deux autres chemins. Soit les écoles religieuses où les Talibans inculquent leurs principes rigoristes. Soit l’enseignement clandestin. À leurs risques et périls, certains Afghans donnent des cours en cachette, à l’abri des regards.

Les règles se contournent dans les salons, dans des sous-sols, avec des contenus pédagogiques que des étrangers parviennent parfois à faire entrer dans le pays dans des clés USB. "La population utilise aussi la radio", explique Mélanie Sadozaï. "Les Talibans ne sont pas capables d’intercepter ces programmes via les ondes. Des cours sont lus et de petits postes de radio sont utilisés pour les écouter. Les filles peuvent entendre du contenu pédagogique."

© AFP – Candida NG

Le chemin de l’exil devenu presque impossible

En mai dernier, la FIFA accepte d’intégrer, dans les compétitions féminines, une équipe afghane. Le football étant totalement interdit par les Talibans, cette équipe est composée uniquement de joueuses d’origine afghane vivant à l’étranger. Mona, la numéro six de l’équipe explique qu’elles "se sont battues pour cette opportunité depuis 2021. Il a fallu se battre pour convaincre la FIFA. Nous suivons cette règle – no pain, no gain – sans effort, pas de profit. Et nous faisons ça aussi pour toutes les filles qui sont encore là-bas en Afghanistan, pour être leur voix et pour pouvoir les aider. Et nous avons une grande communauté internationale qui nous soutient avec tous les Afghans qui sont éparpillés partout dans le monde."

Cette fuite d’Afghanistan qu’on a connu au début du 21e siècle n’est plus possible aujourd’hui. Donald Trump a interdit tous les visas pour les Afghans vers les États-Unis. L’Europe a tendance à fermer ses portes également et les Talibans ont fermé les frontières. Les sorties par la route sont contrôlées et les voies aériennes ne permettent pas de passer discrètement.

"Et ceux qui sont parvenus à s’enfuir, se voient aujourd’hui renvoyés vers l’Afghanistan par des pays européens qui signent même des accords d’expulsion avec les Talibans", explique Mélanie Sadozaï. La Belgique a notamment rencontré une délégation afghane, il y a quelques semaines, pour signer un accord d’expulsion des demandeurs d’asile déboutés et des sans-papiers.

Une femme passe devant un panneau célébrant les 5 ans du retour des Talibans au pouvoir © AFP – Manan Vatsyayana

Sécurité et malnutrition

Mais si la domination talibane épargne la population des affres de la guerre, elle n’offre pas la protection que devrait assurer une autorité. L’ONU pointe un problème de malnutrition. Le sol est aride et les talibans ne gèrent pas les pertes de céréales, les inondations, tremblements de terre et les récoltes moins abondantes. Dans les campagnes, la faim peut être tenace. Il n’y a pas non plus assez de travail pour tout le monde, pour tous les hommes. "Le régime taliban s’appuie souvent sur l’aide internationale en cas de catastrophe. Donc c’est un État central dysfonctionnel et dépendant", explique Mélanie Sadozaï.

Jeudi dernier, le maire d’une grande ville d’Afghanistan a été tué dans un attentat à la bombe. Habib-ur-Rahman Mansour, maire de Faizabad, a été tué dans sa voiture. L’attaque a été revendiquée par le Front national de résistance, un groupe armé d’opposition dirigé par Ahmad Massoud, fils du commandant Massoud qui avait été tué en 2001 par des membres du mouvement taliban.

Il reste donc une résistance, une instabilité. Mais elle est assez limitée. Le pays a connu aussi des bombardements pakistanais ces derniers mois. Le Pakistan reproche aux Talibans d’abriter des groupes terroristes qui s’infiltrent parfois à travers les frontières montagneuses.

Le changement ne viendra pas de l’extérieur

Mélanie Sadozaï conclut sur une perspective pour l’Afghanistan. Pour elle, "un changement viendra de l’organisation interne du leadership des Talibans avec des luttes de tendances. La pression venant de l’extérieur ne fonctionnera pas. Ce n’est pas un groupe monolithique. Il y a des Talibans plus ouverts et c’est la petite lueur d’espoir. Mais même ouverts, ce sont des hommes qui veulent appliquer la charia avec des exécutions publiques. L’espoir se situe plutôt du côté de l’éducation des femmes. Si ces "modérés" s’imposent, il y aura peut-être une amélioration, au moins partielle, pour les femmes."

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