Éoliennes en terres agricoles : Hydro-Québec se heurte à de premiers refus

Le développement éolien d'Hydro-Québec est en péril dans le sud du Québec, mais les bonnes terres cultivables sont protégées. Pour la première fois, la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) vient de s'opposer à deux projets d'éoliennes, en Montérégie. Les conséquences potentielles sont énormes.
Le risque énergétique est réel
, témoigne une source haut placée chez Hydro-Québec. Les récents avis de la CPTAQgénèrent beaucoup d’incertitude
dans la direction de la société d'État, qui compte sur le développement éolien pour répondre aux besoins d'énergie grandissants du Québec.
Le 3 septembre, la CPTAQ a publié une orientation préliminaire contre le projet Monnoir (nouvelle fenêtre) de 15 éoliennes, en raison de la richesse des terres agricoles de la MRC du Haut Richelieu qui seraient détruites.
Cette décision fait suite à un avis semblable, en mai 2026, de refuser le projet Les Jardins (nouvelle fenêtre), de 24 éoliennes, dans la MRC Jardins-de-Napierville.
En perdant ces deux projets, Hydro-Québec devrait renoncer à un potentiel électrique de 247 mégawatts (MW), l'équivalent de la centrale hydroélectrique Romaine-4.

Hydro-Québec veut développer 10 000 mégawatts d'électricité d'origine éolienne d'ici 2035.
Photo : Radio-Canada
Avec l'ambition de tripler la production d'électricité par éoliennes dans la province d'ici 2035, la société d'État a lancé des appels d'offres pour ajouter des milliers de mégawatts. Sauf que les zones visées sont majoritairement en territoire agricole.
Avec les projets à venir, ça devient très préoccupant
, témoigne notre source haut placée.
Hydro-Québec a décliné notre demande d'entrevue. Dans une déclaration transmise par courriel, le porte-parole Marc-Antoine Pouliot indique toutefois que ces orientations de la CPTAQ risquent de compromettre une part significative de la production nécessaire pour répondre aux besoins futurs du Québec et assurer sa sécurité énergétique
.
Kruger Énergie, qui doit développer le projet Les Jardins pour le compte d'Hydro-Québec, a refusé de commenter l'avis de la CPTAQ. Les promoteurs du projet Monnoir, dont fait partie Boralex, n'ont pour leur part pas répondu à Radio-Canada.
Dans ces deux dossiers, les municipalités étaient favorables aux projets, desquels elles allaient tirer des redevances.

Hydro-Québec mise de plus en plus sur l'éolien, en plus de la production hydroélectrique.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Le vent tourne à la CPTAQ
Au Québec, la loi interdit d'utiliser un terrain en zone agricole pour autre chose que l'agriculture. La CPTAQ, un organisme indépendant, peut toutefois accorder des exemptions.
Auparavant, la Commission avait toujours autorisé les projets éoliens qui lui étaient soumis, en totalité ou en partie. Cette fois, elle a mis son pied à terre.
L’agriculture ne semble pas avoir besoin de l’énergie éolienne pour assurer son maintien et son développement.
Le président de l'Union des producteurs agricoles (UPA) de la Montérégie, Jérémie Letellier, salue ce changement d'orientation
de la CPTAQ. Selon lui, elle veut refermer la porte
du développement éolien en zone agricole.

Le président de l'UPA en Montérégie, Jérémie Letellier (photo d'archives).
Photo : Radio-Canada
L'UPA s'oppose catégoriquement au développement d'éoliennes en territoire agricole. En Montérégie, près de 400 éoliennes pourraient pousser dans le cadre de divers projets.
On ne remet pas en question le développement de la filière éolienne, dit M. Letellier, mais les projets [...] doivent être situés dans des sites de moindre impact.
Le Québec est très grand et le territoire agricole est petit en comparaison, surtout quand on prend des terres de qualité, comme on a ici, en Montérégie.

La zone agricole protégée au Québec (en vert).
Photo : CPTAQ
Plus au nord, d'autres difficultés
Si Hydro-Québec a choisi des secteurs du sud du Québec pour développer l'éolien, c'est pour être plus proche des lieux de consommation et éviter de devoir construire de nouvelles lignes de transport et de nouveaux postes électriques.
Hydro-Québec cible les zones où il existe de la capacité de raccordement avec les infrastructures de transport existantes, explique le porte-parole de la société d'État, ce qui contribue à limiter les impacts environnementaux et l’empreinte des projets.
De vastes projets éoliens sont aussi envisagés hors des zones agricoles, par exemple sur la Côte-Nord, mais l'ampleur des besoins énergétiques du Québec exige également le développement de projets en cohabitation avec les activités agricoles
, soutient Hydro-Québec.

Le plus récent appel d'offres éolien d'Hydro-Québec visait plusieurs secteurs du sud du Québec.
Photo : Hydro-Québec
Dans son avis sur le projet Monnoir, la CPTAQ reconnait que les conséquences d’un refus sont importantes
pour les promoteurs.
Les endroits pour raccorder des projets éoliens sont si peu nombreux que plusieurs années pourraient s’écouler avant qu’Hydro-Québec puisse envisager des lieux de raccordements de rechange.
Le gouvernement peut défaire une décision de la CPTAQ
Les deux orientations préliminaires peuvent être portées en appel, mais Hydro-Québec s'attend à ce que les refus soient maintenus.
Le gouvernement du Québec a toutefois le pouvoir de signer un décret pour passer outre une décision de la Commission. C'est déjà arrivé dans le passé, pour permettre la construction de l'hôpital de Vaudreuil-Soulanges, par exemple, ou encore pour le projet de centre de données de Google à Beauharnois.
Pression populaire
Un peu partout au Québec, des citoyens s'opposent au développement éolien sur des terres agricoles. C'est le cas en Mauricie, avec le projet de TES Canada, mais aussi dans le Centre-du-Québec ou dans Chaudière-Appalaches.
Lundi, une manifestation a eu lieu devant l'Assemblée nationale, à Québec, pour réclamer un moratoire sur le développement éolien dans la province.

Des centaines de personnes ont réclamé un moratoire sur le développement d'éoliennes.
Photo : Radio-Canada / Charlotte Marschall
Les chefs des différents partis en campagne électorale se sont succédé, mercredi et jeudi, dans les locaux de l'UPA. Ils ont affirmé leur volonté de protéger le territoire agricole. Certains ont évoqué les éoliennes, le gaz de schiste et le projet de TGV Québec-Toronto.
Depuis 10 ans, le Québec a perdu plus de 17 000 hectares de terres agricoles, selon les données de la CPTAQ. C’est l’équivalent de plus de 21 000 terrains de football.
Hydro-Québec fait valoir que ses projets éoliens de quelques dizaines d'hectares chacun sont minimes quand on les compare aux impacts du développement urbain et des projets industriels.

Un quartier qui s'est construit sur des terres agricoles.
Photo : Radio-Canada
Deux projets de société conciliables ?
Est-il possible de trouver une voie de passage entre développement énergétique et protection du territoire agricole?
L'expérience démontre qu'il est possible de concilier agriculture et éolien, une cohabitation qui est déjà une réalité au Québec et dans plusieurs régions du monde depuis des décennies
, croit Marc-Antoine Pouliot, d'Hydro-Québec.
Dans les derniers mois, la société d'État et l'UPA ont convenu d'une entente de principe au sujet des lignes électriques et des éoliennes. Selon nos informations, elle devrait être signée prochainement.
Hydro-Québec a accepté de mieux encadrer son développement éolien. Par exemple, lors des appels d'offres, elle donnera moins de points à un promoteur qui propose un projet sur de bonnes terres cultivables, par rapport à celui qui visera des terres de moindre qualité.
Selon nos sources, l'UPA va aussi toucher une redevance de 12 500 $ pour chaque mégawatt développé en zone agricole. Une éolienne moderne produit entre six et sept mégawatts.
Au total, l'UPA recevrait 25 millions $ pour les lignes de transports et 20 millions $ pour les éoliennes.

Le projet Monnoir prévoit l’implantation de 15 éoliennes, d’un mât de mesure de vent, de chemins d’accès, d’un réseau collecteur, de six boîtes de jonction ainsi que d’un poste électrique.
Photo : CPTAQ
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