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Friday, October 23, 2026

Où en est le mouvement de révolte en France avec un autre week-end sous tension?

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Naviguant entre incrédulité et condamnations, la France se remet difficilement des pillages qui ont secoué le pays samedi dernier. Aux côtés des cortèges pacifiques rassemblant des centaines de milliers de personnes, des casseurs ont incendié deux bâtiments historiques (l’hôtel de ville de Limoges et l’office de tourisme de Lyon) et pillé jusqu’à 3000 commerces. Une nouvelle journée de mobilisation nationale se tiendra samedi contre la hausse du coût de la vie. Le gouvernement promet, cette fois, d’être mieux préparé. La colère citoyenne, de son côté, ne semble pas faiblir. Le Devoir fait le point avec un sociologue et une étudiante.

Le mouvement de révolte pourrait-il perdre des appuis s’il se radicalise ?

« C’est certain que c’est un risque », répond Michel Kokoreff, professeur de sociologie à l’Université Paris 8 et auteur de plusieurs livres sur les mouvements sociaux en France.

Les scènes de pillage qui ont roulé en boucle à la télévision et sur les réseaux sociaux depuis samedi dernier ont certainement fait perdre des appuis au mouvement de protestation, qui a pris naissance à la mi-septembre dans des lycées de la banlieue parisienne.

« Certains vont jusqu’à considérer que ce qui s’est passé le 17 octobre, c’est un échec de ce mouvement », rapporte le sociologue, ajoutant qu’une frange de la population « n’attend qu’une chose, c’est l’ordre, l’ordre, l’ordre ».

À l’opposé, nombre de protestataires estiment « qu’on leur a volé leur mouvement social, par images virales de pillage interposées », ajoute-t-il. C’est le cas de Kyra Braze, étudiante à Nancy et présidente de l’Association nationale des étudiantes et étudiants sages-femmes.

« On déplore que les médias français se soient emparés de ce sujet en ne montrant que les scènes de violence qui ont représenté une infime partie des mobilisations », mentionne-t-elle, en dénonçant les actes de pillage et de vandalisme qui ont été posés.

La jeunesse française ne se radicalise pas, croit-elle. « C’est plutôt une jeunesse qui a volonté de se faire entendre depuis des années et qui arrive à un point de non-retour où on remarque que le dialogue social n’est plus en place et que le seul moyen de se faire entendre, c’est d’aller dans les rues et de se mobiliser. »

Qu’est-ce qui a fait monter la colère ?

« La journée du 17 octobre, c’était une sorte d’apothéose, mais qui a été déclenchée par ce qui précédait », analyse Michel Kokoreff. Il y a eu le manque d’écoute du gouvernement et le traitement médiatique des manifestations, comme l’a mentionné Kyra Braze. Et aussi la forte répression policière qui sévit depuis plusieurs semaines.

« Plutôt que de tétaniser les gens ou de les dissuader, [ces éléments les ont] mis encore un peu plus en colère », estime Michel Kokoreff. Même s’il a été choqué par certaines images de casse et de pillage, « sociologiquement, ce n’est pas complètement étonnant », dit-il.

La crise n’aurait pas atteint son niveau actuel si le gouvernement avait répondu aux revendications des lycéens — remplacement des professeurs absents, rénovation des écoles délabrées, horaires moins chargés et suppression de la plateforme Parcoursup — plutôt que de miser sur la répression et l’essoufflement du mouvement, croit le sociologue.

Au final, « ce qu’on voit, c’est le résultat de dix ans de Macronie », résume-t-il. Dans la dernière décennie, plusieurs mouvements sociaux se sont butés « à l’incapacité du pouvoir exécutif et législatif à les entendre », ce qui ne fait qu’attiser la colère populaire.

À quoi faut-il s’attendre samedi ?

La nouvelle journée de mobilisation contre la hausse du coût de la vie prévue samedi rassemblera des lycéens, des étudiants, des professeurs, des gilets jaunes et des travailleurs soutenus par certains syndicats.

Le président Emmanuel Macron a indiqué jeudi que seules les manifestations organisées par des organisations syndicales seront autorisées. Dans plusieurs villes, dont Lyon et Marseille, les manifestations seront interdites.

Kyra Braze prendra part à un cortège dont le parcours a été validé par les autorités. « On s’attend à une ambiance comme on a pu la connaître depuis le début de la mobilisation : avec de la bonne humeur et dans un esprit qui nous permet de porter nos revendications, de manière pacifique et dans un esprit de fête. »

Critiqué pour son manque de préparation samedi dernier, le gouvernement a cette fois prévu 20 % d’effectifs policiers et militaires supplémentaires à travers le pays. Des couvre-feux demeurent en vigueur dans plusieurs villes.

Le pillage et le vandalisme commis samedi dernier étaient l’œuvre à la fois de militants de l’ultragauche qui s’en sont pris à des symboles de l’État (bâtiments publics) et du capitalisme (banques, enseignes de luxe comme Louis Vuitton) et de pilleurs, décortique Michel Kokoreff.

Sans but politique, ces derniers sont plutôt « des enfants du capitalisme qui adhèrent à la société de consommation et qui voient les biens matériels comme des signes de réussite, mais ils en sont privés et donc ont trouvé ce moyen pour s’en accaparer ».

La crise actuelle pourrait-elle polariser encore davantage la société française ?

Le clivage en France est déjà grand et il pourrait s’accentuer.

Deux formations politiques radicales fédèrent l’insatisfaction populaire : à l’extrême droite, le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen qui récolte environ 34 % des appuis populaires, et à l’extrême gauche, la France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon qui obtient 16 % de la faveur populaire. Les partis de centre gauche et de centre droit sont, pour l’instant, en grande partie hors jeu.

Le RN, qui réclame un rétablissement ferme de l’ordre, pourrait grossir ses appuis. Jeudi, le président Emmanuel Macron a accusé des groupes d’ultragauche d’avoir cherché à « faire tomber la République » samedi dernier. Des paroles « qui ne profitent pas à ses amis de la droite classique, mais qui profite plutôt au RN », croit Michel Kokoreff.

La crise actuelle rythmera fort probablement la campagne qui mènera à l’élection présidentielle du printemps. Les jeunes, qui sont à un point de non-retour, ne laisseront pas le mouvement tomber, croit Kyra Braze. « Les candidats [à la présidentielle] ne pourront plus délaisser la jeunesse comme ils ont pu le faire jusqu’à maintenant. »

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