"La ruée vers les abysses" : le nouveau Sciences et Avenir est sorti

Toujours pas de code minier. Fin juillet, à Kingston (Jamaïque), l’Autorité internationale des fonds marins s’est une nouvelle fois séparée sans parvenir à s’entendre sur les règles d’exploitation des grands fonds. Pourtant, leur adoption était attendue depuis des années et plusieurs échéances avaient déjà été repoussées. Il faudra désormais patienter au moins jusqu’en 2027.
Ce nouveau délai prend une autre dimension : pendant que la communauté internationale cherche un accord, les États-Unis accélèrent. Le 19 août, l’administration américaine a ouvert l’examen d’une demande de The Metals Company, entreprise minière canadienne, pour explorer et récupérer commercialement des nodules polymétalliques dans le Pacifique.
L’absence de code minier constitue peut-être une chance
Aucun feu vert n’a encore été donné. Mais une voie nationale s’ouvre en marge du cadre multilatéral. Le paradoxe est saisissant : jamais les technologies n’ont autant permis d’atteindre les abysses alors que cet environnement reste si mal connu. Moins de 0,001 % des fonds océaniques profonds ont été observés visuellement, selon une étude publiée dans Science Advances. Et seul un quart environ du plancher océanique mondial est cartographié à haute résolution.
Comment mesurer, dans ces conditions, ce que nous risquerions de perdre ? C’est au nom de cette incertitude que 46 États réclament au minimum une pause de précaution. La France en est l’un des piliers, rejointe cette année par Maurice, le Mozambique et la République du Congo. Car les profondeurs recèlent bien davantage que des métaux. Notre dossier révèle un monde où la vie produit sa propre lumière, où des molécules pourraient inspirer les médicaments de demain, où les câbles deviennent des instruments scientifiques. L’absence de code constitue peut-être une chance : celle de laisser à la science le temps de comprendre avant que l’industrie ne transforme.
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