Croissance à 0%, inflation, faillites record, chômage en hausse : les chiffres de l’Arizona avancés par Paul Magnette sont-ils corrects ?

Le taux de création de PME représente le nombre de créations de PME "rapportées au nombre de PME assujetties à la TVE actives au 31 décembre de la précédente année", rapporte le SPF Economie sur son site. Autrement dit, s’il y a eu 110 PME créées cette année contre 100 au 31 décembre de l’année dernière, le taux de création est de 10%.
Le SPF calcule ce taux sur base des chiffres absolus de Statbel et indique pour la dernière année disponible (2024) un taux de 9,7% de création de PME. Depuis 2014, c’est le deuxième taux le plus faible après 2015 (9,5%). Toutes les autres années, ce taux était entre 10% et 11,6%.
En conclusion, le dernier chiffre disponible (2024) n’est pas forcément assez récent pour pouvoir donner une vue précise de la situation actuelle. Ce chiffre n’est pas non plus imputable à l’Arizona puisque le gouvernement De Wever a prêté serment en février 2025. Enfin, la période de 10 ans proposée par le SPF Economie est un peu courte pour conclure que ce taux n’a "jamais été aussi bas".
Les données disponibles ne permettent donc pas de confirmer complètement l’affirmation de Paul Magnette selon laquelle ce "taux de création de PME n’a jamais été aussi bas", et si c’est le cas, cela ne peut pas être imputé au gouvernement fédéral actuel comme le sont toutes les autres affirmations.
Invité à réagir, le PS indique que même si "les chiffres les plus récents datent effectivement de 2024, […] on constate une tendance qui s’accentue ces derniers mois. Le rapport annuel PME de GraydonCreditSafe-UCM-Unizo publié en mars 2026 montre que le taux de création nette d’entreprises est toujours en diminution. Si les données ne permettent pas encore de le vérifier avec certitude, on ne peut pas affirmer que cette déclaration est fausse étant donné le contexte de récession décrit (tel que le nombre de faillites qui augmente, la baisse de la consommation des ménages qui s’aggrave avec les mesures prises telles que les sauts d’index). Tout au plus, on peut dire qu’il s’agit d’une tendance qui n’est pas encore documentée."
Cette méthode pose cependant deux problèmes.
D’une part, le chômage est cyclique, il augmente à peu près chaque année à la même période (en juillet, lorsque les jeunes sortent de l’école ou de formation et s’inscrivent au Forem) pour baisser à peu près chaque année à la même période (souvent au mois de novembre). En conséquence, on ne peut pas comparer une année complète (2024) avec une année incomplète (2026). On ne peut pas non plus comparer deux mois différents de deux années différentes, par exemple février 2025, mois d’arrivée de l’Arizona et juillet 2026, chiffres les plus récents.
Pour contourner cet écueil, il faudrait comparer le dernier chiffre disponible (juillet 2026 : 260.484 demandeurs d’emploi) avec le même mois de 2024 (242.079 demandeurs d’emploi). La différence n’est plus que de 18.405 demandeurs d’emploi.
D’autre part, les chiffres du Forem ont subi un changement de méthodologie suite à une décision du gouvernement wallon précédent, dans lequel figurait le PS et dont la ministre de l’Emploi était Christie Morreale (PS). À travers le décret relatif à l’accompagnement orienté coaching et solutions des chercheurs d’emploi du 12 novembre 2021, tous les demandeurs d’emploi doivent désormais être inscrits au Forem, ce qui n’était pas forcément le cas avant. L’objectif de cette réforme était d’avoir une vue plus réaliste, fidèle et complète de la population à la recherche d’un emploi.
Cela concerne par exemple des jeunes qui ne touchent pas le chômage, des exclus du chômage repris au CPAS, des personnes migrantes qui arrivent dans le pays et qui n’ont pas droit au chômage. Toutes ces personnes, par le passé, n’étaient pas obligées d’être inscrites au Forem, et étaient parfois automatiquement retirées des décomptes après trois mois. Aujourd’hui, elles sont inscrites et reprises dans la catégorie "Demandeurs d’emploi libres inoccupés" sans pour autant qu’on puisse en déduire qu’il y a plus de demandeurs d’emploi qu’avant.
Ce décret est entré en vigueur en décembre 2021. Et depuis lors, c’est bien cette catégorie de demandeurs d’emploi libres qui a explosé : 12.273 personnes en janvier 2022, 112.787 aujourd’hui, en partie avant les vagues d’exclusion du chômage qui sont venues grossir ce groupe, en partie après.
Car à cette réforme s’est ajoutée la réforme du chômage du gouvernement fédéral excluant les demandeurs d’emploi de plus de deux ans et les jeunes en stage d’insertion, ce qui a drastiquement fait baisser deux catégories (les demandeurs d’emplois demandeurs d’allocation, et les jeunes demandeurs d’emploi en stage d’insertion) mais qui a continué à alimenter la catégorie des demandeurs d’emploi libres inoccupés.
Autrement dit, en raison de ces deux réformes, les comparaisons statistiques sont impossibles.
La comparaison la plus pertinente, car elle évite l’effet de ceux des réformes, et la plus récente, consistera à comparer le dernier mois avant les premiers effets de la réforme du chômage (février 2026) avec d’autres mois de février, et sans tenir compte du nombre de demandeurs d’emploi sans les libres inoccupés.
- Février 2024 : 170.758
- Février 2025 : 172.719
- Février 2026 : 171.215
Cette comparaison donne alors des chiffres tout à fait stables, avec moins de 500 demandeurs d’emploi en plus en deux ans.
Paul Magnette a donc tort lorsqu’il indique qu’il y a 35.000 demandeurs d’emploi en plus en Wallonie. Et si le chiffre existe bel et bien sur le site du Forem, il ne tient pas compte des ruptures statistiques provoquées par la réforme de l’inscription au Forem et l’exclusion du chômage après deux ans.
Contacté, le PS conteste cette analyse et indique que "si l’on compare la moyenne des sept premiers mois de 2024 et la moyenne des sept premiers mois de 2026, on constate qu’il y avait 227.583 demandeurs d’emploi en 2024 contre 267.221 en 2026, soit une progression de 39.638 demandeurs d’emploi".
Or ce calcul est à nouveau influencé par l’obligation d’inscription de tous les demandeurs d’emploi qui fausse les comparaisons. "Nous prenons en compte le nombre total de demandeurs d’emploi pour évaluer la situation sur le marché du travail car cela permet de neutraliser les changements réglementaires qui maquillent les chiffres du chômage sans que ces personnes ne soient réellement retournées à l’emploi", conteste le PS pour qui "On ne peut pas dire que le chiffre est faux. On peut tout au plus dire qu’il n’est pas possible de vérifier si, sans la réforme du chômage, il y aurait eu davantage ou moins de chômeurs indemnisés."
Le PS maintient donc sa présentation des chiffres du chômage en Wallonie, malgré les ruptures statistiques expliquées.
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