La revue de presse : bientôt le temps des questions sur l'incendie dans les Hautes Fagnes


Comme un air de 2004 dans l’édito de La Libre. Après la catastrophe de Ghislenghien, qui avait fait 24 morts, Jean-Marc Nollet, alors député écologiste, interpellait à la Chambre le ministre de l’Intérieur Patrick Dewael. " Après le temps de l’émotion viendra le temps des questions ", avait-il déclaré.
Vingt-deux ans plus tard, les Hautes Fagnes accueillent tristement la formule.
D’abord, évaluer les dégâts. D’abord, saluer la mobilisation des pompiers, des agriculteurs, des services de secours. D’abord, remercier les renforts européens venus prêter main-forte.
Mais après ? Questionner.
Et les éditos le font déjà, avec une certaine frénésie.
Pourquoi se réveille-t-on sous les flammes ?

Dans leur viseur, notamment : nos dirigeants politiques.
Car les avertissements existaient. En 2025 déjà, le centre d’analyse des risques liés au changement climatique alertait sur les limites de notre système : moyens, effectifs, formation, coordination des services d’incendie… La Belgique reste avant tout organisée pour lutter contre les feux urbains, beaucoup moins contre les grands incendies de forêt.
Attention, disait le centre. Attention.
Alors La Libre pose la question : pourquoi faut-il attendre que le pays brûle pour découvrir que nous ne sommes pas prêts ?
Même exaspération dans L’Avenir. Pourquoi les responsables politiques donnent-ils l’impression de découvrir le problème au moment précis où il leur tombe dessus ? Pourquoi continue-t-on à parler des catastrophes climatiques comme s’il s’agissait d’accidents isolés ?
"Derrière chaque incendie, il y a une question climatique. Derrière chaque sécheresse, une question d’eau. Et derrière chaque catastrophe, une question politique."
« Le climat change plus vite que notre organisation collective »

Le Soir pousse le constat un cran plus loin et pointe la faillite de nos dirigeants.
Parce qu’ils savaient. Parce que nous savions tous.
Sommes-nous prêts, pour autant, à affronter ce qui nous attend ? Poser la question, c’est déjà un peu y répondre.
Le quotidien invoque lui aussi les avertissements du centre d’analyse des risques climatiques. Les risques d’incendie augmentent et, avec eux, les interventions des pompiers. Dans le même temps, les effectifs ont tendance à baisser.
" Le climat change plus vite que notre organisation collective ", constate Le Soir. Et, en cela, nos dirigeants ont failli.
Car gouverner, c’est anticiper. " Agir bien avant que les sirènes ne retentissent, et pas seulement lorsqu’elles se mettent à hurler. "
Le climat a changé. Il est temps que notre réponse change aussi.
Un drame que l’on avait vu venir

Sur le terrain, pompiers, agriculteurs et bénévoles se relaient jour et nuit pour lutter contre les flammes. Le terrain est difficile d’accès, les conditions défavorables, le vent changeant infernal. Pour les pompiers, un incendie d’une telle ampleur est une première. Face à lui, la formation et le matériel montrent leurs limites.
Et pourtant, on l’avait vu venir. Mieux encore : on l’avait prédit.
" Nous sommes entrés dans une nouvelle ère climatique ", écrit De Standaard. " Une ère brutale, qui vient de réduire en cendres l’un des paysages les plus grandioses et les plus sauvages de Belgique. "
Un accident tragique, certes. Mais terriblement prévisible.
Quelques mois avant l’incendie, le groupe fédéral d’évaluation des risques climatiques, le Cerac, avait lui aussi tiré la sonnette d’alarme. Les incendies de très grande ampleur allaient devenir de plus en plus probables. La Belgique n’y était pas préparée.
Le rapport envisageait cette évolution à l’échelle des quinze à vingt prochaines années.
" Il aurait fallu écrire : les six prochains mois ", tranche De Standaard.
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