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Monday, September 28, 2026

Laïcité de l’État | Quand l’école inclusive exclut

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Comment tolérer que l’école québécoise, qui se veut inclusive, devienne un lieu d’exclusion ?

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Je posais la question dimanche, en faisant écho au cri du cœur de Joanne Codère, cette mère montréalaise qui a réalisé avec colère l’injustice de la loi 94 dans un courriel l’invitant à l’épluchette de blé d’Inde de la rentrée scolaire. Une épluchette où tous les parents bénévoles étaient les bienvenus, sauf ceux qui portent un signe religieux – en l’occurrence des mères portant le hijab.

En cette rentrée scolaire, cette colère n’est pas celle d’une seule mère, à en juger par les nombreuses réactions reçues. À une semaine des élections, un mouvement de résistance dans les écoles s’organise.

Dans la région de l’Outaouais, jeudi dernier, des dizaines de parents opposés à la loi 94 ont tenu à dire haut et fort qu’ils n’entendaient pas tolérer l’intolérable dans l’école de leurs enfants.

Dans une lettre envoyée au centre de services scolaire des Portages-de-l’Outaouais (CSSPO), quelque 75 signataires somment la direction de faire des gestes concrets « pour s’opposer à cette loi injuste, minimiser ses conséquences désastreuses et défendre sans compromis l’inclusion et la dignité de tous les membres de la communauté scolaire ».

À Gatineau comme à Montréal, ce sont surtout des mères portant le hijab qui subissent les conséquences de la loi 94. Portée par Bernard Drainville, cette loi n’est pas sans rappeler l’esprit de la « charte des valeurs » qu’il avait proposée à l’époque où il était ministre péquiste. En principe, elle vise à renforcer la laïcité dans les écoles, en élargissant notamment l’interdiction de porter un signe religieux aux parents bénévoles, sans clause de droits acquis.

Sur le terrain, on constate avec inquiétude que l’un des principaux effets de la loi est plutôt de renforcer la discrimination à l’égard de femmes musulmanes.

« En tant que parent et en tant que femme, je me sens très mal à l’aise devant cette loi. Je ne porte pas le hijab, mais je trouve cela très troublant que le gouvernement me dise que je ne suis pas assez dénudée pour entrer dans un espace public », me dit Natalie Gibb, qui est l’une des instigatrices du mouvement de mobilisation contre la loi 94 à l’école primaire de ses enfants.

La mobilisation a commencé l’an dernier, peu de temps après l’adoption de la loi 94. Au moment des préparatifs des festivités de Noël, les parents ont reçu un courriel les informant que l’on était à la recherche de bénévoles pour décorer le sapin de Noël de l’école. Nouvelle loi oblige, les parents portant un signe religieux étaient toutefois priés de s’abstenir, ajoutait-on.

L’ironie de la situation n’a pas manqué d’allumer des voyants rouges dans la tête de Natalie Gibb et de plusieurs autres parents. Il y avait d’abord ce « deux poids, deux mesures » devant le fait religieux, comme si la laïcité que l’on voulait renforcer était en vérité une catholaïcité.

Il y avait aussi le message troublant que cette toute première communication de l’école concernant la loi 94 envoyait. Un message d’exclusion qui disait essentiellement à des femmes portant le hijab : vous n’êtes pas les bienvenues dans notre communauté scolaire si vous portez un signe religieux.

Est-ce à dire que, dans des écoles multiethniques, il faudra se résigner à fermer la bibliothèque faute de bénévoles ? Annuler des sorties scolaires ? Désinviter des mères médecins ou ingénieures portant le voile qui se portaient volontaires chaque année pour parler de leur profession en classe ? Quel message envoie-t-on à leurs enfants en agissant de la sorte ? Quel message envoie-t-on aux autres élèves ?

Ce bannissement de femmes portant le hijab de l’école a quelque chose de très inquiétant, souligne Natalie Gibb. « Cela signifie qu’une génération d’enfants – dont les miens – va grandir sans avoir l’occasion d’interagir avec des femmes musulmanes portant le hijab dans des situations normales, où ils verraient ces femmes comme étant intelligentes, créatives, serviables et dotées d’un esprit critique. À la place, les seules représentations des femmes musulmanes qu’ils verront sont celles véhiculées par les médias, qui contiennent beaucoup de préjugés. »

L’interdiction de participer à la vie scolaire renforce ces préjugés, ajoute-t-elle. « Cela revient aussi à présenter les femmes musulmanes comme manquant de discernement ou de jugement. Comme si elles étaient incapables de faire la différence entre faire du prosélytisme et accomplir le rôle qu’on leur demande de jouer dans une école. »

Natalie Gibb et les autres signataires de la lettre demandent à la direction de leur centre de services scolaire d’évaluer de façon exhaustive l’impact des lois 21 et 94 sur la communauté scolaire, en organisant par exemple un forum où les élèves, le personnel et les parents pourront s’adresser directement aux décideurs et expliquer comment ces lois les affectent.

Le collectif demande aussi d’obtenir des précisions sur ce que la loi exige réellement et ce qu’elle n’exige pas afin que les balises soient claires et que l’on évite des situations de profilage et d’application inéquitable des règles.

À l’heure actuelle, l’interprétation varie d’une école à l’autre et la confusion règne.

Que répond le CSSPO ? Pour le moment, rien. La direction dit vouloir prendre le temps d’analyser les demandes des signataires avant de les commenter.

Même si les centres de services scolaires sont tenus de respecter une loi qu’ils n’ont pas eux-mêmes créée, cela ne les décharge pas de toute responsabilité, observe Natalie Gibb. « Ils ont le pouvoir de décider avec quelle rigueur et quelle rapidité ils appliquent la loi. Ce que je vois souvent, c’est qu’on agit d’abord et qu’on pose des questions ensuite. »

Comment un centre de services scolaire peut-il, d’un côté, promouvoir l’engagement et la pleine participation des parents à la vie scolaire et, de l’autre, exclure certaines minorités religieuses ? À qui profite une loi qui traite certains parents comme des parias ? Sert-elle vraiment la mission de l’école ? Sert-elle vraiment les élèves ? Sert-elle vraiment la laïcité ? Sert-elle vraiment l’égalité hommes-femmes ? Sert-elle vraiment le vivre-ensemble et les valeurs québécoises ?

Tant de questions fondamentales que l’on a, hélas, oublié de se poser.

Lisez la lettre « Les blés d’Inde de la colère » Lisez la chronique « Blé d’Inde, hijab, colère »

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