Fin prêt pour le départ de Trump
À force de les répéter, ceux qui répandent des faussetés finissent par les tenir pour vraies. Ils s’étonnent même qu’on ne les croie pas.
À l’exception de Québec solidaire, tous les partis tentent de convaincre les électeurs que des hausses de dépenses inférieures à l’inflation ne se traduiront pas par une diminution des services. Sauf, évidemment, celles que prévoient leurs adversaires. La question devient en quelque sorte de savoir qui dit le plus gros mensonge.
Le vocabulaire évolue à l’avenant. Les cadres financiers de quatre des cinq partis prévoient des hausses de dépenses annuelles inférieures à celles qui avaient provoqué la formation de chaînes humaines autour des écoles durant les années Couillard. On ne parle cependant plus d’austérité, mais d’efficience. Il reste que l’ancien président du Conseil du trésor dans le gouvernement Couillard, Martin Coiteux, qui avait été cloué au pilori, serait presque accusé de dilapider les fonds publics.
Le Parti québécois (PQ) a été le dernier à présenter son cadre financier, dans les heures qui ont précédé le Face-à-face de mardi dernier à TVA. Il est non seulement celui qui prévoit la plus faible augmentation des dépenses, si on excepte la tronçonneuse conservatrice, avec une moyenne annuelle de 1,9 %, selon les calculs de la Chaire en finances publiques et en fiscalité de l’Université de Sherbrooke, mais aussi le retour à l’équilibre budgétaire le plus précoce, soit dès 2028-2029.
Non seulement Paul St-Pierre Plamondon rejette toute comparaison avec les années Couillard, mais il soutient que son parti propose en réalité une « bonification de l’offre de services en enlevant la bureaucratie que la CAQ nous a ajoutée pendant huit ans ». Le PQ refuse toutefois de s’engager à couvrir la hausse des « coûts de système » en santé et en éducation, autrement dit de s’assurer que les budgets seront augmentés suffisamment pour que les services demeurent à leur niveau actuel.
Le chef péquiste estime qu’une « contraction importante » des employés qui font des « contrôles bureaucratiques » ou des gestionnaires aura pour effet d’augmenter la part des budgets consacrés à ceux qui donnent des services. On connaît le refrain.
Le PQ entend réduire de 2,5 % la masse salariale des employés de l’État, tout en refusant de préciser combien de postes cela représente. Quand Martin Coiteux avait annoncé qu’il réduirait 2 % des effectifs, l’ancien député péquiste de Sanguinet, Alain Therrien, qui fait aujourd’hui partie de l’équipe économique dont M. St-Pierre Plamondon se dit si fier, s’était répandu en lamentations.
« À la seconde où on coupe dans… probablement la meilleure fonction publique au Canada, on va faire en sorte d’avoir un impact sur les services offerts à la population. C’est automatique », avait déclaré M. Therrien, qui ne comprenait pas qu’on puisse vouloir se priver d’« employés qui sont extrêmement performants ». Ils ont apparemment bien changé.
On a aujourd’hui du mal à s’expliquer une telle hâte à atteindre le déficit zéro, que même Éric Duhaime ne semble pas trouver aussi urgent, si ce n’est pour préparer le terrain pour le référendum, si les électeurs accordent au PQ la majorité qui lui permettrait de le tenir avant la fin d’un premier mandat.
La fin de l’exercice financier 2028-2029 coïncidera avec le départ de Donald Trump et l’arrivée d’un nouveau locataire à la Maison-Blanche, c’est-à-dire avec l’ouverture de la fenêtre que M. St-Pierre Plamondon a évoquée. Les électeurs inquiets de la solidité financière d’un Québec indépendant seraient peut-être plus rassurés si l’ardoise du déficit avait été préalablement effacée. Rien ne doit être négligé pour réunir les « conditions gagnantes ».
Dans son document intitulé Un Québec libre de ses choix, daté d’octobre 2023, qui présentait le budget de l’an 1 du nouveau pays, le PQ prévoyait que les finances publiques auraient retrouvé leur équilibre en 2027-2028, tel que cela apparaissait alors dans les documents budgétaires du gouvernement.
Dans le rapport préélectoral publié en août dernier, validé par la vérificatrice générale du Québec, le ministère des Finances prévoit plutôt un déficit de 5,6 milliards de dollars pour l’année 2027-2028. Cela change passablement le portrait et l’effort budgétaire qui devra être fait d’ici un éventuel référendum.
Le PQ ne peut évidemment pas porter la responsabilité de la détérioration de la situation des finances publiques au cours des dernières années, mais les Québécois devront se serrer la ceinture, peu importe le parti qui sera appelé à former le gouvernement le 5 octobre. Si c’est le PQ, la cure minceur qui leur sera imposée risque toutefois d’être plus sévère. On dit que le chemin du paradis est parsemé d’épreuves.
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