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Thursday, October 29, 2026

Révocation d’un testament | Elle s’apprêtait à léguer 1,7 million au salon funéraire

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Une septuagénaire isolée et désemparée après la mort de son mari s’apprêtait à léguer 1,7 million au couple à la tête du salon funéraire qui a organisé les obsèques. Les services sociaux s’en sont mêlés, ce qui a mené à la révocation du testament.

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L’annulation du testament est survenue à la suite de drapeaux rouges levés par des voisins, inquiets de voir que la dame, Nicole Mourgue, a aussi donné le contrôle de ses finances et de sa carte de débit au couple exploitant le salon funéraire montréalais.

Nicole Mourgue est morte en février 2026 à l’âge de 76 ans et n’a jamais elle-même porté plainte aux autorités contre le couple.

La vice-présidente de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, Stéphanie Gareau, responsable du mandat de prévention de l’exploitation envers les aînés, affirme, sans se prononcer sur le dossier de Mme Mourgue, que les évènements décrits par La Presse ont toutes les apparences d’un processus d’intervention concerté, ou PIC.

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

Nicole Mourgue est morte en février 2026 à l’âge de 76 ans et a été enterrée au cimetière Notre-Dame-Des-Neiges.

Ce mécanisme prévu dans la Loi visant à lutter contre la maltraitance envers les aînés et toute autre personne majeure en situation de vulnérabilité permet aux intervenants de différents organismes de créer un « filet de sécurité et de protection sociale autour de la personne vulnérable » en se transmettant des informations confidentielles, explique-t-elle.

« C’est tout l’inverse de travailler en silo », résume Mme Gareau.

Angelo Guilbault, copropriétaire du salon J. A. Guilbault, et sa conjointe et employée, Nathalie Bélanger, se défendent vigoureusement d’avoir abusé de l’aînée pendant les dernières années de sa vie.

Nathalie Bélanger indique que Mme Mourgue s’est présentée à son bureau le jour des funérailles de son mari et lui a demandé de l’aide pour gérer ses affaires. Elle assure avoir agi par compassion, après avoir constaté l’état délabré de sa maison, pour empêcher qu’elle vive dans des conditions insalubres, dans un immeuble susceptible de prendre feu à tout moment et qui avait des problèmes structuraux importants. « Je lui ai fait une maison sécuritaire », se défend-elle.

« Moi, j’allais souper avec elle, on jouait au Scrabble et je l’appelais tous les soirs que le bon Dieu apporte. »

Elle leur lègue tous ses avoirs

Des actes notariés obtenus par La Presse montrent qu’en octobre 2022, le jour où elle a hérité de l’ensemble des biens successoraux de son mari, Nicole Mourgue a signé devant notaire une procuration spécifique autorisant Nathalie Bélanger à « faire toute réparation, amélioration et reconstruction jugée opportune » à sa propriété.

Trois mois plus tard, elle a rédigé un nouveau testament devant notaire, dans lequel elle léguait l’« universalité de tous [ses] biens meubles et immeubles à [son] amie Nathalie Bélanger » et, en cas d’incapacité, à « [son] ami Angelo Guilbault », qu’elle nommait liquidateurs de sa succession. Le même jour, elle signait également un mandat de protection accordant au couple la pleine administration de ses biens, y compris le pouvoir de conclure un contrat de location pour sa maison, en cas d’inaptitude.

Mme Mourgue est entrée en convalescence dans une résidence privée pour aînés (RPA) dans les semaines qui ont suivi la signature de la procuration.

Le relevé d’un des comptes bancaires de Nicole Mourgue montre qu’un total de 65 000 $ a été retiré en une cinquantaine de retraits de 5000 $, 1000 $, 750 $ et 500 $, entre le 31 décembre 2022 et le 9 mai 2024.

S’ajoutent des dépenses de 16 990 $ dans des magasins de matériaux de rénovation et d’ameublement, ainsi que 2180 $ en essence et 1967 $ en épicerie.

Nathalie Bélanger et Angelo Guilbault ont fourni à La Presse des photos montrant que la maison dont a hérité Mme Mourgue était encombrée et avait des accumulations de moisissure. Ils ont cependant refusé de présenter des preuves documentaires détaillant les travaux qu’ils ont effectués. « Si j’en avais voulu à son argent, ses comptes auraient été à zéro. Puis ses comptes n’étaient pas à zéro », affirme Mme Bélanger.

La tante par alliance de Nicole Mourgue, Michelle Mourgue, qui habite en France et qui lui parlait « au moins une fois par mois » au téléphone, affirme que Nicole était « un peu perdue » en raison de la mort de son mari et ne comprenait pas la portée des procurations qu’elle a signées.

« Nicole est partie dans cette résidence pour aînés en pensant qu’elle y serait deux ou trois mois, le temps de donner un coup de peinture et de remettre la maison en état », affirme-t-elle.

« Lorsqu’elle a fini par revenir chez elle, elle ne reconnaissait plus sa maison », affirme Michelle Mourgue. « On ne lui a jamais demandé ce qu’elle voulait comme appareils ménagers, comme couleur de murs. Ce n’était pas adapté à ses besoins. »

« Ils avaient fait place nette dans la maison, pour la vendre ou la louer. Elle ne trouvait plus ses photos » et certains objets personnels, « tout ça avait disparu », ajoute Michelle Mourgue.

Travaux de nuit

Deux voisins immédiats, Pierre St-Amant et Anik de Passillé, affirment avoir porté plainte plusieurs fois entre novembre 2022 et mai 2023 parce qu’Angelo Guilbault faisait des travaux bruyants entre 22 h et 1 h du matin dans la maison de Mme Mourgue.

« Les travaux ont en grande partie été faits par des jobbeurs », soutient M. St-Amant.

En mars 2023, le SPVM a donné une contravention à M. Guilbault pour « bruit émis par des travaux en dehors des heures prescrites », alors qu’il se trouvait tard le soir à l’intérieur de la résidence de Mme Mourgue. Il a tenté en vain de contester la contravention de 459 $ en cour municipale en affirmant que c’est sa femme qui s’occupait des travaux dans cette maison « infestée de champignons », et qu’il ne s’y trouvait que pour faire des travaux d’urgence à la suite d’un dégât d’eau provoqué par des travaux de plomberie mal faits.

C’est à partir de ce moment que les services sociaux ont été alertés, selon une source qui a requis l’anonymat par crainte de représailles.

Selon des témoignages et des captures d’écran consultés par La Presse, les interventions des services sociaux dans ce dossier, entre mars 2023 et juin 2024, ont impliqué la Curatelle publique, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, un organisme communautaire montréalais et une intervenante du CLSC Rosemont. Aucun de ces organismes n’a accepté de répondre à nos questions pour des raisons de confidentialité.

L’intervention d’une travailleuse sociale du CLSC de Rosemont a culminé vers la révocation, en mai 2024, du testament de Mme Mourgue faisant de Mme Bélanger et de M. Guilbault ses légataires universels, selon Benoit Tardif, un voisin immédiat de Mme Mourgue.

Nouveau testament

Mme Mourgue a plutôt légué ses avoirs en parts égales à cinq organismes de charité, à trois membres de sa famille habitant en France (dont Michelle Mourgue), ainsi qu’à M. Tardif, qui a aussi été nommé liquidateur, selon un testament signé l’année suivante, en mai 2025.

« C’est une travailleuse sociale qui l’a amenée chez le notaire pour annuler le testament et en faire un autre », dit M. Tardif.

Nathalie Bélanger affirme que c’est plutôt elle qui a dit à Mme Mourgue, en novembre 2023, qu’elle ne voulait plus s’occuper d’elle à cause des troubles provoqués par les voisins. « Je n’ai rien eu. C’est correct. C’était son argent, ses choses », lance-t-elle.

Le code d’éthique de la Corporation des thanatologues, dont est membre le Complexe funéraire J. A. Guilbault, demande à ses membres de « s’abstenir d’intervenir dans les affaires personnelles de ses clients sur des sujets qui ne relèvent pas de sa compétence à moins d’avoir mis en garde le client de ce fait ».

La Corporation n’a pas voulu commenter l’affaire, affirmant n’avoir reçu aucune plainte de quelque organisme que ce soit.

La maison de Mme Mourgue a été vendue 845 000 $ par sa succession, cinq mois après sa mort, selon l’acte de vente.

M. Tardif soutient que les documents bancaires de Mme Mourgue, qui avait des actifs d’environ 1,7 million à sa mort, font état de sorties d’argent inexpliquées de plusieurs dizaines de milliers de dollars pendant la période des rénovations. « J’ai beaucoup insisté auprès de la travailleuse sociale pour obtenir les factures de rénovation », dit-il, mais aucun document ne lui a été fourni.

Enquête pour méfait

M. Tardif ajoute avoir porté plainte à la police en novembre 2024 après s’être rendu compte que la voiture dont Mme Mourgue a hérité de son mari et dont elle continuait de payer les immatriculations était stationnée au salon funéraire de M. Guilbault. La Chrysler 200LX s’y trouvait depuis novembre 2022, selon un document signé par Mme Mourgue autorisant un employé du CLSC à aller la récupérer. Ce document déchargeait explicitement Angelo Guilbault « de toute responsabilité légale liée à l’utilisation ou à la gestion de ce véhicule ».

M. Tardif affirme que la voiture avait des câbles électriques fraîchement sectionnés « par un cutter » lorsqu’elle a été retournée à Mme Mourgue.

PHOTO FOURNIE PAR BENOÎT TARDIF

Benoît Tardif affirme que la voiture de Nicole Mourgue avait des câbles électriques fraîchement sectionnés « par un cutter » lorsqu’elle lui a été retournée.

Le Service de police de la Ville de Montréal affirme qu’une enquête pour méfait de moins de 5000 $ sur ce véhicule « est toujours en cours ».

Nicole Mourgue n’a elle-même jamais voulu porter plainte à quiconque contre Nathalie Bélanger et Angelo Guilbault, affirment Benoit Tardif, Michelle Mourgue et Pierre St-Amant. « Elle avait peur d’eux », soutient M. St-Amant.

Toutes les apparences d’un « PIC »

Christine Morin, spécialiste du droit successoral et des questions d’inaptitude à l’Université Laval, estime, elle aussi, que l’intervention décrite par La Presse a l’apparence du PIC. « La bonne nouvelle, c’est que les voisins ont été proactifs », souligne-t-elle.

Ce mécanisme élaboré en 2018 permet à toute personne qui a « un motif raisonnable de croire » qu’un aîné est en situation de maltraitance de porter plainte au réseau de la santé, à un corps de police, au Curateur public, à la Commission des droits de la personne ou à l’Autorité des marchés financiers.

En 2024-2025, le ministère de la Santé et des Services sociaux a recensé le déclenchement de 908 PIC au Québec, qui ont mené à 487 interventions. Dans le tiers des cas, la personne concernée n’a pas consenti à l’intervention.

Leur nombre a augmenté de 34 % par rapport à 2023-2024. La maltraitance financière est la plus répertoriée (69 % des cas), suivie des abus psychologiques (52 %), physiques (30 %) et de la négligence (24 %).

Les aînés refusent dans beaucoup de cas de porter eux-mêmes plainte, ce qui empêche le déclenchement d’un recours judiciaire devant des instances comme le Tribunal des droits de la personne, explique Mme Gareau.

« Ces personnes, même si elles sont vulnérables, ont une capacité de décider pour elles-mêmes », estime-t-elle.

« Parfois elles vont dire : “Oui, je suis victime d’exploitation par un proche ou un membre de ma famille qui pige dans mon compte de banque”, illustre Mme Gareau, mais elles ne veulent pas porter plainte parce que c’est la seule personne qui vient les visiter. »

Témoin et liquidateur d’un autre homme

Des documents notariés trouvés par La Presse montrent que Nathalie Bélanger et Angelo Guilbault ont agi à une autre occasion comme témoin et liquidateur du testament d’un homme dont les obsèques ont été célébrées au salon J. A. Guilbault, le 13 septembre 2021.

Dans son testament rédigé en 2014, cet homme léguait tous ses avoirs à un organisme de charité au choix d’Angelo Guilbault, à titre de liquidateur et « ami », et interdisait à ses frères et sœurs d’assister à ses funérailles. Mme Bélanger a signé ce document à titre de témoin.

En février 2025, plus de trois ans après la mort de l’homme, M. Guilbault a démarré en Cour supérieure une démarche pour faire vérifier par une notaire la validité de ce testament au nom de la « Fondation J. A. Guilbault », un organisme « à être constitué ». Cette fondation n’a jamais été créée, selon le Registraire des entreprises.

Selon Christine Morin, spécialiste du droit successoral et des questions d’inaptitude à l’Université Laval, ce type de vérification est une « procédure normale » qui est habituellement faite « immédiatement après le décès » et qui vise à s’assurer que le testament a bien été signé par la personne décédée.

M. Guilbault et Mme Bélanger ont refusé de répondre à nos questions au sujet de ce testament.

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