"La terreur" : l’écrivain américain Gabriel Tallent alerte sur la fracture irrémédiable de son pays, les États-Unis

Ce qui frappe dans vos livres, c’est votre attachement à l’enfance et à la fin de l’adolescence, ce moment charnière avant le passage à l’âge adulte. Pourquoi choisir ces personnages-là ?
Gabriel Tallent : C’est l’âge du précipice, le carrefour où l’on doit décider de ce que l’on va faire de sa vie. C’est l’instant où tout le monde vous dicte une voie, tandis que vous essayez d’écouter votre cœur pour comprendre qui vous souhaitez réellement devenir. Poursuivre une vocation ou y renoncer, s’accrocher à un rêve ou non : beaucoup de ces choix déterminants se jouent à ce carrefour précis de l’entrée dans l’âge adulte. Le monde s’ouvre alors devant nous, plein de périls et d’opportunités.
Quels sont les sujets majeurs auxquels l’Amérique doit s’attaquer immédiatement selon vous ?
Gabriel Tallent : Le changement climatique. Tout le reste est préoccupant — je m’inquiète bien sûr de l’économie —, mais le dérèglement climatique est une menace existentielle absolue. J’ai des enfants et je ne veux pas voir ce monde brûler vif.
Comment expliquez-vous à un public européen qu’un homme comme Donald Trump ait pu être élu par deux fois ?
Gabriel Tallent : Notre pays a traversé une période où la pensée progressiste a imposé ses normes, en définissant ce qu’il était permis ou non d’exprimer. Il est devenu très courant d’entendre : "Vous ne pouvez pas dire cela". Dans le même temps, notre société souffrait de dysfonctionnements profonds. Les progressistes, aux commandes des réseaux sociaux, y ont promu des idées de plus en plus radicales. Or, il était interdit de contester ces idées sans être accusé de racisme ou de préjugés.
Le dialogue s’est donc effondré. Les personnes ayant des opinions divergentes n’ont plus réussi à échanger. Chacun est parti de son côté, l’amertume s’est installée, et beaucoup de gens, désabusés par le progressisme, ont fini par voter contre. Pour moi, il s’agit avant tout d’un échec du débat d’idées. Quand la discussion devient hostile ou impossible, le balancier politique bascule brutalement d’un extrême à l’autre. Ce dont notre pays a besoin, c’est que les deux camps réapprennent à se parler.
Vous vous définissez vous-même comme progressiste…
Gabriel Tallent : Oui, je suis progressiste. Mais nous nous trompons parfois. Nous avons besoin d’un contrepoids politique capable de nous rappeler à l’ordre et de vérifier nos déclarations, car nous n’avons pas toujours raison. Or, nous n’avons plus d’alternative crédible : la droite politique s’effondre et nous n’avons plus de dialogue possible. Nous sommes incapables de débattre avec nos propres voisins. Et sans débat contradictoire, il ne peut plus y avoir de politique fonctionnelle.
Si vous deviez qualifier l’Amérique d’aujourd’hui en un seul mot ?
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.