C’est bientôt l’heure d’un choix décisif, et le mien sera guidé par le bien commun
Dernièrement, dans La Presse, Stéphane Laporte écrivait ceci qui m’a beaucoup touchée : « Le monde est petit. Mais les humains peuvent être grands. Et ils ne le sont jamais autant que lorsqu’ils se tendent la main, s’entraident pour le bien des uns et des autres. »
Ça me touche, car la question du bien commun est, à mes yeux, au cœur de la présente campagne électorale. C’est quoi, le bien commun ? Dit simplement, c’est se donner les moyens d’assurer un bien-être à tout le monde. C’est le contraire du vieux mythe voulant qu’on se fasse seul, par notre simple mérite et notre talent.
Je suis de près la campagne électorale québécoise, intéressée par les propositions phares des uns et des autres. Certaines propositions m’emballent alors que d’autres me heurtent profondément. Des exemples ?
Je constate une volonté commune de faire de la question de l’itinérance un enjeu central, pressant. Ayant signé l’appel de Pauline Marois, je me réjouis donc de voir tous les partis s’engager à prendre à bras-le-corps cet enjeu. Il faudra plus, cependant, que de la bonne volonté et une coordination efficace. Il faudra de l’argent, de « la grosse argent », disions-nous autrefois ! Au moment où la plupart des partis nous proposent des coupes dans le budget de l’État, je me demande bien où ils trouveront les sommes importantes pour construire des logements sociaux et abordables en grande quantité. Soyons réalistes : la recherche de profits étant au cœur de la construction domiciliaire dans le secteur privé, comment imaginer que des milliers de logements réellement accessibles sortiront de terre sans un engagement exemplaire de l’État québécois ?
Mais ce n’est pas tout. L’itinérance est seulement la face la plus visible de la pauvreté. Devant l’itinérance, on réagit parce qu’au fond, on a honte. Or, si plus de 12 000 personnes tentent de survivre dans la rue, ils sont des centaines de milliers d’autres à se débattre pour arriver à manger, à se loger, à se vêtir, à se déplacer. On le voit moins, on le sent moins… d’où une certaine indifférence de la plupart des partis face à la question plus large des inégalités sociales. On promet des baisses d’impôt et de taxes, ce qui met bien peu d’argent additionnel dans les poches des travailleuses et travailleurs à statut précaire ou des personnes carrément pauvres. Et presque tous les partis se refusent à demander un effort additionnel aux plus fortunés.
Québec solidaire est la seule formation à mettre la taxation des plus riches au menu. La millionnaire Claire Trottier nous invitait pourtant à taxer davantage son groupe de contribuables à Tout le monde en parle le 15 mars dernier. Je sais qu’elle n’est pas la seule à vouloir contribuer davantage. Pourquoi s’en priver ? Manquons-nous d’audace ? D’autres osent pourtant : en Californie, par exemple, un référendum sur la taxation des plus riches aura lieu en novembre prochain.
Je m’inquiète aussi pour les services publics. Christine Fréchette rejette l’idée d’états généraux sur l’éducation, réclamés, heureusement, par plusieurs partis. Alors que trop d’enfants, et surtout ceux des milieux plus défavorisés, peinent à terminer leur secondaire en cinq ans. Elle propose de permettre désormais aux médecins de famille de pratiquer au privé. C’est comme ça que l’on renforce les services publics de santé ? Absurde… Le Parti québécois (PQ), quant à lui, propose un réinvestissement de 1,3 milliard dans le soutien à domicile. Intéressant… mais où va-t-il prendre l’argent alors qu’il compte réduire de 4,7 milliards le budget de l’État en quatre ans ? Mon âge et mon expérience me permettent d’affirmer ceci : quand un gouvernement impose des coupes majeures dans les finances de l’État, le Québec se retrouve toujours dans une situation d’austérité.
Un autre enjeu : l’immigration. Il s’est dit tant de bêtises à ce propos ces dernières années ! À entendre certains partis, tout, tout le temps, serait la faute des immigrants. Il aura fallu que la Coalition avenir Québec (CAQ) ferme le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) pour que, partout au Québec, des voix s’élèvent pour clamer : « Ne renvoyez pas Antonio, Maria, Ahmed, Mélanie… On a trop besoin d’eux ! »
J’ai été scandalisée par la sortie récente de Paul St-Pierre Plamondon devant une école de Québec, lors de laquelle il attribuait l’augmentation importante des élèves au Québec au trop grand nombre d’enfants immigrants. Or, la majorité de ces enfants dits « immigrants » sont nés ici ! Et sont donc Québécois à part entière. De la même façon, je dénonce vertement les propos d’Éric Duhaime sur les demandeurs d’asile, dont plus du tiers seraient, selon lui, des « profiteurs ». Sa volonté de diminuer de 25 % la prestation de l’aide sociale aux demandeurs d’asile les condamne à l’itinérance. Bonjour les contradictions !
Le Québec auquel je tiens fait preuve de plus de solidarité, de grandeur d’âme. Oui, il a le droit de planifier, de décider, d’organiser. Mais mon Québec, dans toutes les régions, a le cœur à la bonne place, comme on dit ! Des discours et des pratiques similaires à ceux des républicains américains ou de la droite dure européenne, on n’en veut pas !
En terminant, je tiens à souligner que seuls deux partis politiques, Québec solidaire (QS) et le PQ, ont présenté des plans conséquents — plus complet dans le cas de QS — pour faire face aux changements climatiques. Pourtant, avec l’été que nous venons de vivre, nous devrions être pleinement mobilisés devant l’un des défis les plus importants du XXIe siècle ! J’entends parfois que le sujet n’est pas vendeur électoralement ou que les gens n’ont pas envie de modifier leurs habitudes. Ils détestent qu’on les culpabilise. Ça, je comprends ! Mais un plan sérieux change tout d’abord les habitudes des gouvernements ! Investir dans des énergies vertes et non dans le gaz ou le pétrole. Financer sérieusement le transport en commun. Appuyer les entreprises qui produisent des produits écologiquement viables et notre agriculture qui en arrache. C’est ça, une vision responsable !
Le 5 octobre, je souhaite que nous allions voter en grand nombre. Le prochain gouvernement adoptera des lois et des mesures budgétaires qui auront un impact direct sur nos vies. Sur l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants.
Notre choix est important. Votons donc sur la base de nos valeurs, de nos convictions les plus profondes. Moi, je voterai pour un Québec du bien commun, de la solidarité sociale, de l’égalité. Chaque vote compte. Chacune et chacun d’entre nous peut aider à changer les choses.
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