Alors que l’Europe rêve d’IA souveraine, l’Allemagne signe avec un géant américain

Deux semaines après le divorce entre Ecosia et Mistral, Berlin déroule le tapis rouge à Nvidia. Milliards en vitrine, start-up financées, et un mot d’ordre du chancelier : ouvrez vos données.
Début octobre, le moteur de recherche allemand Ecosia claquait la porte de Mistral après cinq mois de partenariat, troquant le champion français de l’IA contre des modèles ouverts, chinois pour partie. Le 19 octobre, le chancelier Friedrich Merz scellait sur scène, à Berlin, une coopération stratégique avec l’américain Nvidia. En deux semaines, le récit d’une IA européenne autosuffisante a sérieusement vacillé.
À Berlin, des puces, des start-up et une déclaration d’intention
L’annonce a ouvert le sommet Invest in Germany, qui réunit depuis lundi près de 200 dirigeants d’entreprises dans la capitale allemande. Aux côtés de Jensen Huang, le patron de Nvidia, Friedrich Merz a officialisé une coopération entre son gouvernement, le fabricant de puces et un groupe d’industriels. Une déclaration d’intention porterait notamment sur des modèles d’IA taillés pour l’industrie. Le rendez-vous se poursuit ce mardi, avec la moitié du cabinet allemand autour du chancelier.
Nvidia a aussi annoncé des prises de participation dans quatre start-up allemandes : Agile Robots dans la robotique, Avelios Medical dans la santé, Mirelo dans les médias et Reflex Aerospace dans le spatial. Les montants restent confidentiels. Le tout pioche dans une enveloppe de près de 10 milliards de dollars promise par le groupe aux entreprises, universités et laboratoires européens.
« Ouvrez vos portes à l’IA pour qu’elle exploite vos données », a lancé le chancelier aux entreprises du pays, PME en tête, en citant l’industrie manufacturière, la construction mécanique et l’automobile. Berlin mettrait de son côté plusieurs centaines de millions d’euros sur la table, notamment pour louer de la puissance de calcul chez Deutsche Telekom. Le dispositif s’articulerait autour de SOOFI, le programme allemand de modèles ouverts dits souverains, avec les robots et les véhicules autonomes en ligne de mire. Huang a salué en retour l’expertise industrielle et mathématique du pays, promettant une IA qui renforcera ces capacités au lieu de les remplacer.
Une souveraineté à géométrie variable
Christian Kroll, le fondateur d’Ecosia, juge les modèles de Mistral en retard d’environ un an sur la concurrence et pointe des serveurs régulièrement saturés. Il reproche aussi à la start-up son électricité d’origine nucléaire, incompatible selon lui avec les engagements climatiques de son moteur, et la présence d’investisseurs non européens à son capital. Parmi eux figure… Nvidia.
Pour le remplacer, le moteur de recherche s’est tourné vers des modèles ouverts, dont les chinois Qwen, GLM et Kimi, à l’heure où Mistral dévoilait son nouveau grand modèle, Large 4. L’entreprise allemande invoque la qualité et les coûts, quitte à écorner au passage son propre discours sur l’indépendance européenne.
En novembre 2025, Deutsche Telekom et Nvidia lançaient déjà à Munich un centre de calcul à 1 milliard d’euros, fort de 10 000 GPU. Google a pour sa part promis 5,5 milliards d’euros d’investissements en Allemagne d’ici 2029. Jensen Huang enfoncera le clou dès mercredi, lors de sa conférence GTC organisée cette semaine dans la capitale allemande.
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