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Sunday, November 8, 2026

Quatre candidats s’affrontent pour le poste de secrétaire général de l’OIF

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Quatre candidats — trois Africaines et un Européen — s’affrontent pour le prestigieux poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Bien malin qui pourrait prédire l’issue de cette course à la complexité fascinante, qui tire à sa fin cette semaine et où le Québec a un droit de vote.

Le vainqueur sera annoncé le 16 novembre en clôture du 20e Sommet de la Francophonie qui se tiendra à Phnom Penh, au Cambodge. Il aura un mandat de quatre ans.

Pour la première fois, les pays ont assisté à une vraie campagne électorale avec un cadre formalisé : appel de candidatures, critères précis de recevabilité, auditions, etc.

Ils chercheront d’abord à désigner le nouveau titulaire par consensus, mais s’ils n’y parviennent pas, ils auront la possibilité de voter par bulletin secret.

À l’heure des grands défis, le secrétaire général de l’OIF représente les plus importants joueurs francophones de la planète et dispose d’un budget annuel d’environ 116 millions $.

Le Canada a versé 43 millions $ à l’OIF en 2025-2026, ce qui en fait le deuxième plus grand contributeur après la France.

Tensions

La course se déroule cette année sur fond de tensions géopolitiques et militaires entre le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC).

Les deux pays présentent chacun une candidate.

La Rwandaise Louise Mushikiwabo sollicite un troisième mandat à la tête de l’OIF. Or, la Congolaise Juliana Amato Lumumba compte bien lui barrer la route.

Ancienne ministre de la Culture, Mme Lumumba est la fille de Patrice Lumumba, figure de l’indépendance du Congo, assassiné en 1961.

En entrevue avec La Presse canadienne en avril, elle a affirmé vouloir faire de la Francophonie un « espace de production culturelle majeur » en confiant au Québec un rôle « stratégique ».

Lors des auditions à Paris en juin, Mme Mushikiwabo a, quant à elle, défendu son bilan, notamment sa réforme administrative et budgétaire.

Elle a indiqué vouloir poursuivre le travail en amenant la Francophonie « plus loin », même si son propre pays continue d’être critiqué pour son utilisation massive de l’anglais.

Sous sa gouverne, trois nouvelles représentations ont vu le jour, à Beyrouth, à Tunis et à Québec.

L’OIF a également accepté sept nouveaux membres, en même temps qu’elle en a vu partir trois : le Burkina Faso, le Mali et le Niger.

Or, ce duel Mushikiwabo-Lumumba ne laisse rien présager de bon, selon Richard Marcoux, professeur de sociologie et directeur de l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone à l’Université Laval.

En entrevue, il parle même de sa crainte de voir l’OIF « imploser ». « Je ne peux pas croire que la RDC va rester à l’OIF si Mme Mushikiwabo est réélue », affirme-t-il.

Selon lui, le départ de la RDC, additionné à celui du Burkina Faso, du Mali et du Niger, représenterait une « ponction » de 200 millions de personnes pour l’OIF.

« C’est gros, souligne-t-il. Je ne sais pas comment la Francophonie pourrait continuer comme ça si l’une des deux remporte la mise. »

Les 53 membres ayant le droit de vote se tourneront-ils alors vers le candidat européen au profil plus économique, l’ancien premier ministre de la Roumanie Dacian Ciolos ?

« J’ai aussi beaucoup de difficulté à croire que les Africains vont laisser passer la direction de l’OIF », analyse M. Marcoux.

Depuis la création du poste en 1997, tous les secrétaires généraux de l’OIF ont été africains, à l’exception de la Canadienne Michaëlle Jean.

L’autre candidate, la femme politique et médecin Coumba Bâ, vient de la Mauritanie. Plus discrète, elle se pose en figure rassembleuse, elle qui dispose d’un solide réseau en Afrique.

Que fera le Québec ?

La France — qui pèse habituellement lourd dans le choix du secrétaire général — aura-t-elle le même poids cette année, considérant que le pays devra élire un nouveau président en 2027 ?

Richard Marcoux croit que non. Selon lui, Emmanuel Macron « va arriver extrêmement faible » avec « très peu de pouvoir sur les décisions ».

Dans ce contexte, les pays africains seront les maîtres d’œuvre, prédit-il, s’ils parviennent à s’entendre, à moins que le Canada et le Québec ne prennent le leadership.

L’ex-ministre libérale des Relations internationales, Christine St-Pierre, voit les choses différemment. Elle croit que la France imposera à nouveau son candidat.

« Le pays à surveiller, c’est la France. C’est le plus gros bailleur de fonds », a-t-elle souligné en entrevue.

Le nouveau gouvernement péquiste à Québec pourrait aussi vouloir laisser sa marque, Paul St-Pierre Plamondon disant accorder une importance particulière aux relations internationales.

Se rangera-t-il derrière la décision de la France ? Se collera-t-il à Ottawa, comme le Québec l’a toujours fait dans le passé ?

Il faut savoir qu’une victoire signée Dacian Ciolos risque de faire perdre à la Québécoise Caroline St-Hilaire son poste d’administratrice de l’OIF, la règle voulant qu’un secrétaire général du Nord embauche un administrateur du Sud.

« Le Québec n’a pas encore pris position », a indiqué à La Presse canadienne Camille Jobin, relationniste au ministère des Relations internationales, information qui a été confirmée par le bureau du premier ministre.

« Il se concerte activement avec les autres États et gouvernements membres, dont le gouvernement du Canada. »

« Le Québec souhaitera que la personne élue confère un fort pouvoir d’influence et d’unité à la Francophonie et soit réceptive aux priorités et aux intérêts du Québec », a ajouté Mme Jobin.

Rappelons que le Québec est membre à part entière de l’OIF depuis 1971, tout comme le Nouveau-Brunswick, depuis 1977.

L’Ontario et la Nouvelle-Écosse bénéficient quant à eux du statut de membre observateur. Le Manitoba est également intéressé à devenir membre.

L’OIF compte 90 États et gouvernements : 53 membres, 5 membres associés et 32 observateurs.

L’organisation a été créée en 1970 sous l’impulsion notamment du président sénégalais, Léopold Sédar Senghor, et du prince cambodgien, Norodom Sihanouk.

Elle a notamment pour mission de promouvoir la langue française, la diversité, l’éducation, la paix, ainsi que la démocratie et les droits de l’Homme.

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