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Thursday, October 15, 2026

«C’était ça ou mourir» restera en librairie

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Les Éditions du Boréal persistent et signent. Le roman C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien, suspecté d’avoir été écrit à l’aide de l’intelligence artificielle (IA), demeurera sur les tablettes en librairie. Et ce, malgré l’impossibilité, pour les éditeurs, de démontrer la fausseté de ces allégations.

Dans un communiqué publié mercredi, la maison d’édition indique que, hormis la parole de l’auteur, elle ne détient pas, « à ce jour, d’éléments [lui] permettant de retracer avec précision l’historique du manuscrit avant le 12 septembre 2025, date à laquelle il a été reçu par [son] équipe ».

La veille, Thélyson Orélien a nié s’être servi d’un outil d’IA pour raconter une histoire qui vient, dit-il, « de [s]es blessures et de celles des autres migrants. Cette blessure de l’exil dont on ne guérit pas ». Il a toutefois reconnu avoir plagié par le passé.

Cette absence de preuves contraste avec une déclaration de l’auteur, qui affirmait le 22 septembre, au journal français Libération, qu’il était « en train de constituer un dossier avec [ses] éditeurs en France et au Québec » pour rétablir la vérité.

« On l’a effectivement accompagné en ce sens, soutient Renaud Roussel, codirecteur général des Éditions du Boréal, en entrevue avec Le Devoir. Il nous a livré différents éléments au fil des trois dernières semaines. Or, aucun de ces éléments ne nous permet de parvenir à une conclusion. Ce processus d’accompagnement est donc aujourd’hui terminé. » L’éditeur a refusé de divulguer la nature des preuves fournies par Thélyson Orélien.

Alors que ce dernier affirmait dans sa défense avoir livré son premier manuscrit en 2019, Renaud Roussel indique que la première version reçue par Boréal a plutôt atterri sur sa table en septembre 2025. Le document aurait toutefois circulé dans d’autres maisons d’édition, notamment chez Leméac, qui avait entamé des discussions avec l’auteur.

Travail éditorial

Avant d’être lancé en librairie, en mars 2026, le manuscrit de C’était ça ou mourir a bénéficié de cinq mois de travail éditorial, y compris la révision linguistique et la mise en page — un délai extrêmement court pour une grande maison d’édition. « On a vu dès les premières pages qu’une voix très particulière s’en dégageait, déclare M. Roussel. Le livre traitait également d’un sujet au cœur de l’actualité, avec tout ce qui se passait avec ICE [la police américaine de l’immigration] aux États-Unis. Le texte se tenait aussi sur le plan de la structure, et on s’est dit qu’on pouvait se permettre de le publier pour la rentrée hivernale. »

Finalement, le travail éditorial a été plus important qu’escompté, et s’est poursuivi jusqu’à la toute fin du mois de janvier. « L’exercice a surtout consisté à déplacer et à couper certaines scènes, à faire des demandes de précision ou d’étoffement. Il n’y a pas eu énormément de réécriture, parce que c’était important pour nous, en tant que maison d’édition, de préserver cette voix unique et de ne pas [nous] substituer à l’auteur. »

En choisissant de poursuivre la commercialisation du livre, les Éditions du Boréal réitèrent qu’elles n’ont pas à « exiger des preuves » de leurs écrivains. « Les allégations d’utilisation de l’IA ne justifient pas que nous adoptions un rôle de surveillance avec nos auteurs et autrices », indiquent-elles par voie de communiqué.

Les accusations de plagiat qui pèsent sur l’auteur — qui a avoué avoir repiqué des passages d’un roman de Louis Pauwels et Jacques Bergier, en plus d’autres publications de journalistes et d’écrivains étrangers — doivent être jugées séparément du livre, selon Renaud Roussel.

« Ce plagiat nous heurte profondément, car c’est le devoir de l’éditeur de faire respecter le droit d’auteur. Ces actions passées ajoutent une zone d’ombre sur la trajectoire artistique de Thélyson Orélien. Je pense toutefois que nous avons également le devoir moral de faire la distinction entre un plagiat démontrable et des allégations provenant d’un outil de détection dont la fiabilité est remise en cause par certains experts. Elles ne constituent pas une preuve irréfutable, et c’est pour ça que nous continuons de soutenir le livre. »

Renforcer les balises

Renaud Roussel consent toutefois à dire que les balises devront être esquissées et renforcées pour l’avenir, « afin que Boréal ne se retrouve plus jamais dans cette situation ». Un travail précédant les allégations a par ailleurs déjà été entamé avec l’Association des éditeurs de livres (ANEL).

« Il va falloir qu’on revoie la manière dont on aborde les textes, et qu’on ait des discussions de fond avec les auteurs. Le grand principe qui nous guide, c’est la transparence. On va demander aux écrivains de nous dire s’ils ont utilisé l’IA, et de quelle façon, et proposer des utilisations très limitées qu’on juge acceptables, comme de s’en servir comme outil de recherche, par exemple. Or, le style, la structure et le langage doivent demeurer la chasse gardée de l’artiste. »

L’éditeur indique aussi devoir faire un meilleur travail de prévention afin que les auteurs soient conscients des conséquences qu’un recours à l’IA — même une simple reformulation — peut avoir sur le texte et sur leurs droits relativement à ce dernier. Renaud Roussel n’envisage pas pour l’instant d’avoir recours à un outil de détection en cas de doutes sérieux, comme c’est le cas présentement dans d’autres maisons d’édition, notamment dans le monde anglo-saxon.

Les Éditions du Boréal sont également en dialogue constant avec les vingt-six maisons d’édition ayant acquis les droits de C’était ça ou mourir à l’étranger. « On les tient informés du moindre développement. Certaines choisissent de mettre le travail sur pause, de réfléchir et de voir comment les choses évoluent. Pour l’instant, les discussions sont sereines, mais je ne peux me prononcer sur les décisions finales qui seront prises en fonction des contrats signés. »

Actuellement, la commercialisation du livre, tant ici qu’à l’étranger, demeure une décision payante. À la fin de la semaine dernière, C’était ça ou mourir, dans son édition chez Grasset, se trouvait au deuxième rang des ventes en France, atteignant les 73 683 exemplaires vendus en sept semaines. Au Québec, il occupe la quatrième place du palmarès des meilleures ventes dans les librairies du réseau Les libraires, et dans celui de Renaud-Bray.

Le roman est également en lice pour les prix Renaudot et Médicis en France. Le Médicis dévoilera sa deuxième sélection le jeudi 15 octobre.

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