Ghana: une marche contre la corruption sur fond d'accusations de justice sélective

Une marche s'est tenue à Accra, vendredi 2 octobre, pour soutenir la lutte anticorruption menée par le président ghanéen John Dramani Mahama. À l'initiative du collectif Democracy in Progress, qui se présente comme non partisan, cette mobilisation répond aux accusations de persécution politique formulées par le NPP, l'ancien parti au pouvoir.
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« La loi avant la loyauté », « Le silence protège la corruption », « La démocratie n'appartient à aucun parti » : sur les pancartes, les manifestants ont donné le ton dans les rues d'Accra, ce 2 octobre.. Vêtus de t-shirts blancs aux couleurs du drapeau ghanéen, ils ont réclamé que les responsables publics rendent des comptes.
Interrogé avant la manifestation, Solomon Owusu, l'un des organisateurs, assurait ne pas défendre le parti au pouvoir, mais les intérêts des Ghanéens. « Nous demandons que les responsables rendent des comptes, car les Ghanéens estiment qu'ils se sont appauvris à cause de ces dirigeants qui, une fois en fonction, dilapident les ressources de l'État sans jamais répondre de leurs actes », a-t-il expliqué à RFI.
Les organisateurs ont déposé une pétition auprès de la présidence et de la justice pour soutenir les enquêtes et réclamer des poursuites contre les anciens responsables soupçonnés de détournements.
Un collectif qui se présente comme non partisan
Solomon Owusu réfute les accusations de proximité avec le Congrès national démocratique, le NDC de John Dramani Mahama. Il souligne qu'il exerce lui-même les fonctions de directeur de la communication du United Party. Pour lui, demander des comptes aux anciens dirigeants renforce la démocratie. Mais cette exigence doit aussi s'appliquer au gouvernement actuel. « L'obligation de rendre des comptes ne peut pas être limitée à l'ancienne administration », insiste-t-il.
Cette mobilisation intervient dans le contexte de l'initiative ORAL (Operation Recover All Loot), destinée à identifier des détournements présumés et à favoriser la récupération des ressources publiques. Le comité chargé de recueillir les signalements a remis son rapport au président en février 2025.
Le NPP dénonce une justice sélective
Parmi les personnalités du NPP poursuivies figure Bernard Antwi Boasiako, connu sous le nom de Chairman Wontumi, ancien président régional du parti en Ashanti. Dans une affaire liée à la Ghana EXIM Bank, le parquet a déposé de nouveaux chefs d'accusation en septembre 2026, notamment pour fraude, faux documents, blanchiment et préjudice financier à l'État. La prochaine audience est prévue le 13 octobre.
Le NPP dénonce un traitement différent selon l'appartenance politique des personnes concernées. Kamal Deen Abdulai, directeur adjoint de sa communication, accuse le gouvernement d'épargner ses alliés : « Quand ce gouvernement est arrivé au pouvoir, les membres de son parti qui devaient faire l'objet d'enquêtes ou être jugés pour corruption ont bénéficié d'un abandon des poursuites. Et ça concerne beaucoup d'entre eux. Vous ne pouvez pas, d'un côté, lutter contre la corruption en poursuivant vos adversaires et, en même temps, abandonner les poursuites lorsqu'elles concernent vos alliés. »
Plusieurs procédures visant d'anciens responsables sous administration NDC ont effectivement été interrompues après le retour de John Dramani Mahama au pouvoir. En février 2025, le parquet a abandonné les poursuites contre l'ancien ministre Collins Dauda et ses coaccusés dans l'affaire du logement Saglemi. En janvier, il avait retiré les charges contre Stephen Opuni, ancien directeur du Ghana Cocoa Board, et l'homme d'affaires Seidu Agongo. Le tribunal les avait alors acquittés. Le ministre de la Justice, Dominic Ayine, avait défendu ces décisions en invoquant notamment des faiblesses dans les dossiers.
La promesse de contrôler aussi son propre camp
Democracy in Progress annonce d'autres marches dans les 15 autres régions du Ghana. Au-delà de cette mobilisation, le débat renvoie aux engagements du président.
Pendant la campagne présidentielle de 2024, John Dramani Mahama avait lui-même expliqué que le véritable test de la lutte anticorruption serait la capacité à enquêter sur les responsables de sa propre administration, et pas seulement sur ses adversaires. Il promettait également de laisser travailler le procureur spécial sans ingérence politique.
Pour l'analyste Kobi Annan, cette controverse revient à chaque alternance. « John Mahama a beaucoup insisté sur la nécessité de poursuivre les responsables de tous les partis ayant commis des fautes dans l'exercice de leurs fonctions. Il doit maintenant traduire ces paroles en actes en visant aussi des membres du NDC. Cela ferait rapidement taire les critiques » détaille-t-il à RFI.
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